Catégorie : Le Débat

Wathinote: Combler le manque d’enseignants qualifiés, Global Campaign for Education, 2012

Combler le manque d’enseignants qualifiés

Global Campaign for Education, 2012.

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FRANÇAIS

Le Togo : un manque de formation

Le Togo a clairement évolué sur les dépenses de l’éducation et sur le recrutement des enseignants ; mais en termes d’amélioration des niveaux de formation des enseignants, le chemin à parcourir est encore long. Les dernières données sur le financement indiquent que l’éducation est passée à 17,6 % du budget total, ou à plus de 20 % du budget de fonctionnement.

Deux tiers de ce financement est consacré à l’éducation pré-élémentaire, élémentaire et de collège, ce qui représente une priorité bienvenue donnée à l’éducation de base. Les nombres globaux d’enseignants pourraient être améliorés, mais ne sont pas si mauvais : le nombre d’enseignants dans les écoles élémentaires du Togo ont atteint 31 712 en 2010, avec un rapport élèves/enseignant d’un peu plus de 40 pour 1. (Aucune donnée n’est disponible pour le premier cycle de l’enseignement secondaire).

Le programme de formation des enseignants du Togo a été presque éradiqué lors du programme « d’ajustement structurel » imposé de 1983 à 1994 par la Banque mondiale et le FMI, avec le soutien d’autres donateurs, ce qui a entraîné la fermeture ou la suspension des universités de formation des enseignants.

Les établissements de formation ont rouvert en 1995, mais le retrait d’une grande partie de l’aide entre 1994 et 2007 a considérablement réduit les budgets. De 1983 à 2010, les enseignants ont été recrutés sans formation préalable, et avaient souvent un niveau d’études très limité. En même temps, les enseignants qualifiés sont partis en grand nombre, à cause de la rémunération et des conditions médiocres.

L’impact sur les profils des enseignants a été dramatique : en 1990, plus de trois quarts des enseignants togolais avaient bénéficié d’une formation préalable ou avaient un diplôme professionnel ; en 2007, le Togo indiquait que moins de 15 % de ses enseignants d’école élémentaire étaient qualifiés. (Cette proportion a considérablement augmenté depuis ; ceci reflète probablement le nombre d’enseignants ayant bénéficié d’une formation en cours d’emploi, souvent de seulement quelques semaines ou d’un mois).

Plus récemment, certaines universités de formation des enseignants ont rouvert et d’autres ont été construites. En 2010, 510 enseignants ont été formés et déployés, et 1 750 autres ont terminé leur formation en août 2012. Tous les nouveaux enseignants qui prennent des postes au Togo doivent bénéficier d’une formation initiale de bonne qualité, et les enseignants en poste qui n’en disposent pas ont besoin d’un soutien supplémentaire.

Actuellement, les enseignants sont inégalement répartis dans le pays, dans les zones rurales et urbaines, riches et pauvres ; il existe un manque d’incitations pour les enseignants qui vivent et travaillent dans les zones rurales éloignées. Les pénuries d’enseignants en sciences sont particulièrement sévères dans ces régions. Il y a plus d’enseignants hommes que femmes (sauf au niveau pré-élémentaire) et, une fois encore, les écarts sont plus importants en sciences et dans les régions éloignées. L’effet collectif de ces pénuries, ainsi que le manque de formation, est visible dans les faibles résultats d’apprentissage, les niveaux élevés de redoublement et le niveau élevé d’abandons scolaires, en particulier chez les filles.

Le gouvernement a fait un gros effort de financement et bénéficie du soutien de donateurs externes. Il faut s’attacher à renforcer les compétences, la formation et le statut professionnel des enseignants. La Coalition nationale togolaise pour l’Éducation pour tous invite à s’attacher à la qualité des enseignants et de la formation des enseignants, ce qui nécessite également une meilleure rémunération et un emploi plus sécurisé, ainsi qu’à l’équité de la formation et de la répartition des enseignants.

Le Niger: des manques de soutien externes

Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde, et l’un de ceux qui a fait des investissements considérables dans l’éducation ; mais le système fait encore face à d’immenses défis en termes d’accès, de qualité et d’équité. Le Niger a commencé à mettre en place son programme décennal de développement de l’éducation (PDDE), axé sur l’accès, la qualité et la gestion, en 2003.

Le pays investit assez lourdement dans l’éducation : en 2010, par exemple, le gouvernement a consacré 17 % du budget total à l’éducation, dont 80 % (ou 13,4 % du budget total) pour l’éducation de base. Il a largement augmenté le nombre d’enseignants au niveau élémentaire, pour passer de moins de 16 000 enseignants en 2001 à près de 49 000 en 2011, soit un taux d’augmentation annuel impressionnant de 12 % ces cinq dernières années.

La proportion des enseignantes a également augmenté, pour passer à 45 % au niveau élémentaire en 2011. Pourtant, même ces efforts impressionnants ne permettent pas au Niger d’être au niveau nécessaire : les problèmes d’ampleur du défi, la qualité des enseignants et le manque comparatif d’attention portée au niveau secondaire signifient que les manques restants sont énormes. Au niveau élémentaire, l’ISU estime que le Niger aurait besoin de 85 100 enseignants afin de fournir une éducation primaire universelle, avec un enseignant pour 40 élèves.

Ceci voudrait dire augmenter le nombre d’enseignants de 15 % par an entre 2012 et 2015. De plus, les normes professionnelles de l’enseignement ont été régulièrement érodées. Depuis les années 1990, il y a eu une explosion du recrutement d’enseignants en contrats à durée limitée, souvent sans aucune formation, avec peu de sécurité de l’emploi et payés à seulement 125 $ par mois (même si ceci représente une amélioration par rapport aux 70 $ précédents). En 2010, ces enseignants sous contrat représentaient 82 % du personnel enseignant. Les enseignants sont souvent incapables de subvenir à leurs besoins, sont insuffisamment formés et sous-motivés.

 En outre, il y a de grandes disparités, à l’image de celles en termes de disponibilité et de niveaux de formation des enseignants : il y a un écart de presque 30 points entre les zones rurales et urbaines en ce qui concerne le suivi d’études élémentaires. Au niveau secondaire, les problèmes sont sans doute encore plus importants, et aggravés par un manque de soutien des donateurs. La Coalition Nigérienne des Associations, Syndicats et ONG de Campagne pour L’Education pour Tous au Niger (ASO-EPT Niger) dénonce des problèmes de classes surpeuplées, de violence, de suivi médiocre, de mauvais taux de réussite aux examens et le manque de formation en notions de vie pratique pour les jeunes.

En 2010, le Niger ne comptait que 1 059 enseignants qualifiés (notamment via une formation accélérée) au niveau du collège, malgré un nombre supérieur à 1,4 million d’enfants en âge d’aller au collège. Selon les derniers chiffres, un tiers seulement des jeunes au Niger (entre 15 et 24 ans) savent lire et écrire, et moins d’un quart des jeunes filles.

Le soutien des donateurs pour l’éducation au Niger contredit la promesse stipulant qu’aucun pays ne manquerait d’atteindre les objectifs de l’Éducation pour tous à cause d’un manque de financement. Le Niger a des besoins considérables, un programme décennal et un engagement prouvé à utiliser les finances nationales ; pourtant, il n’a jamais bénéficié d’un soutien adéquat des donateurs. Une étude de l’ASO-EPT en 2010 a indiqué que, malgré la pauvreté et le manque de ressources du Niger, les donateurs ont contribué à hauteur d’environ 11 à 13 % seulement du budget de l’éducation par rapport à la décennie précédente. Un soutien beaucoup plus agressif est nécessaire pour que le Niger relève ses défis de fournir des enseignants qualifiés de qualité pour tous.

 

ENGLISH

Togo: a training gap

Togo has made clear progress on education spending, and on the recruitment of teachers – but in terms of improving teachers’ training levels, it still has a long way to go. The latest financing data show education has grown to 17.6 percent of the total budget – or more than 20 percent of the recurrent budget.

Two thirds of this goes to pre-primary, primary and lower secondary education, representing a welcome focus on basic education. Overall teacher numbers could be improved, but are not very bad: the number of teachers in Togo’s primary schools reached 31,712 in 2010, with a Pupil-Teacher Ratio of just over 40:1. (Data are not available for lower secondary.)

Togo’s teacher training programme was almost wiped out during the programme of “structural adjustment” imposed from 1983 to 1994 by the World Bank and IMF, with the support of other donors, which led to the closure or suspension of teacher training colleges.

Training institutions reopened in 1995, but the withdrawal of much donor aid from 1994 to 2007 meant that budgets were extremely constrained. From 1983 until 2010, teachers were recruited without any pre-service training, and often with very limited academic backgrounds. At the same time, qualified teachers left in huge numbers in response to poor pay and conditions.

The impact on teacher profiles was dramatic: in 1990, more than three quarters of Togolese teachers had received pre-service training or had a professional diploma; by 2007, Togo reported that less than 15 percent of its primary school teachers were trained. (This proportion has increased considerably since; this is likely to be a reflection of the number of teachers who have received in-service training, often of just a couple of weeks or a month).

More recently, some teacher training colleges have reopened and others are being built. In 2010, 510 teachers were trained and deployed, and a further 1750 completed training in August 2012. All new teachers taking up posts in Togo must benefit from good quality initial training, and more support is required for those teachers in post who did not benefit from this.

 Currently, teachers are unequally distributed throughout the country – in rural and urban areas, in rich and poor areas – and there is a lack of incentives for teachers to live and work in remote, rural areas. The shortages of science teachers are particularly acute in these areas. There are more male than female teachers (except in pre-primary), and again, the disparities are greater in the sciences and in remote areas. The collective effect of these shortages, and the lack of training, can be seen in low learning outcomes, high levels of repetition of grades, and the high level of school drop-outs, particularly among girls.

The government has made a strong effort with financing, and has some support from external donors. Much more focus is needed on reinforcing the skills, training and professional status of teachers. The Togolese National Coalition for Education For All is calling for a focus on the quality of teachers and teacher training, which also requires better pay and more secure employment, and a focus on equity in training and distribution of teachers.

Niger : gaps in external support

Niger is one of the poorest countries in the world, one that has made considerable investments in education, but the system still faces huge challenges in terms of access, quality and equity. Niger began implementing its 10-year Education Development Plan (PDDE), focused on access, quality and management, in 2003.

It has been investing fairly heavily in education: in 2010, for example the government allocated 17 percent of the total budget to education, of which 80 percent (or 13.4 percent of the total budget) went to basic education. It has hugely scaled up the number of teachers at primary level, from fewer than 16,000 in 2001 to nearly 49,000 in 2011, which represents an impressive annual rate of expansion of 12 percent in the last five years.

There has also been a growth in the proportion of female teachers, up to 45 percent at primary level in 2011. Yet even these impressive efforts do not put Niger where it needs to be: problems with the scale of the challenge, the quality of teachers and the comparative lack of focus at secondary level mean that the remaining gaps are enormous. At primary level, UIS estimates that Niger would need 86,100 teachers in order to provide universal primary education, with one teacher for every 40 pupils.

This would mean expanding the teacher workforce by 15 percent a year from 2012 to 2015. Moreover, the professional standards for teaching have been steadily eroded. Since the 1990s, there has been an explosion in the recruitment of teachers on limited-term contracts, often without any training, who have little job security and are paid just $125 a month (although even this is an improvement on the $70 a month previously offered). By 2010, these contract teachers made up 82 percent of the teacher workforce. Teachers are often unable to support themselves, are under-trained and under-motivated. There is a clear impact on quality: of 1,000 children starting primary school (noting that many other children do not have access to school), just 429 obtain their primary diploma, of whom only 311 do so without repeating a year.

Moreover, there are stark disparities, mirroring the disparities in availability and training levels of teachers: there is a gap of almost 30 points in primary completion rates between rural and urban areas. At secondary level, problems are arguably even greater, and are aggravated by a lack of donor support. The Coalition of Union Associations and NGOs for Education For All in Niger (ASO-EPT Niger) points to problems with large class sizes, violence, poor completion and exam success rates and the lack of training in life-skills for young people.

In 2010, Niger had just 1,059 trained teachers (including through accelerated training), at lower secondary level, despite having more than 1.4 million children of lower secondary school age. According to the latest figures, only just over one third of young people in Niger (aged 15 to 24) can read and write, and fewer than a quarter of young women.

Donor support to education in Niger belies the promise that no country will fail to achieve Education For All goals because of a lack of funding. Niger has huge needs, a 10-year plan and a demonstrated commitment to use of domestic finances, yet has never had adequate donor support. A study by ASO-EPT in 2010 showed that, despite Niger’s poverty and lack of resources, donors had contributed only around 11 to 13 percent of the education budget over the previous decade. Much more aggressive support is needed for Niger to meet its challenge of providing high quality trained teachers for all.

Les Wathinotes sont soit des résumés de publications sélectionnées par WATHI, conformes aux résumés originaux, soit des versions modifiées des résumés originaux, soit des extraits choisis par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au thème du Débat du mois. Lorsque les publications et leurs résumés ne sont disponibles qu’en français ou en anglais, WATHI se charge de la traduction des extraits choisis dans l’autre langue. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

The Wathinotes are either original abstracts of publications selected by WATHI, modified original summaries or publication quotes selected for their relevance for the theme of the Debate of the Month. When publications and abstracts are only available either in French or in English, the translation is done by WATHI. All the Wathinotes link to the original and integral publications that are not hosted on the WATHI website. WATHI participates to the promotion of these documents that have been written by university professors and experts.

Wathinote: L’école primaire au Sénégal : éducation pour tous, qualité pour certains, Fatou Niang, 2014

L’école primaire au Sénégal : éducation pour tous, qualité pour certains

Fatou Niang, Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, 2014.

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FRANÇAIS

Quantité dans le public, qualité dans le privé ?

Le développement du secteur privé a été encouragé dans le cadre de la massification, et la part des effectifs scolarisés dans le privé a régulièrement progressé, passant de 10,9 % en 2003 à 14,4 % en 2011 (MEN, 2011b : 59). Cependant, le privé est principalement présent en zone urbaine, où il scolarise 24,8 % des effectifs, alors qu’il ne représente que 5,7 % en milieu rural. Dans la région de Dakar en particulier, le secteur privé scolarise 39,9 % des effectifs (MEN, 2011b : 59). L’école privée présente des figures très disparates entre le privé laïc, le privé catholique, les établissements franco-arabes et le secteur associatif.

Il existe aussi une grande différence entre les établissements privés d’élite, une poignée d’écoles reconnues et qui ont de très bons résultats aux examens nationaux, par rapport aux autres écoles privées, plus dispersées dans leurs résultats. Le coût de la scolarisation dans le privé varie selon la situation de l’école (centre-ville, banlieue) et son prestige ; il peut aller de 3 500 FCFA/par mois dans une école privée de banlieue à 25 000 FCFA et plus à Dakar centre, la moyenne étant située autour de 10 000 FCFA. Les frais de transport, de cantine, les blouses, tenues de sport, etc., peuvent s’ajouter à ces frais de base.

Malgré ces coûts élevés, les familles qui le peuvent y envoient leurs enfants. Les raisons de ce choix tiennent d’abord à la stabilité du privé, qui ne connait pas de grèves et dont les absences d’enseignants sont rares et suppléées. La seconde raison du choix du privé par les familles est qu’il obtient généralement de meilleurs résultats aux examens que les écoles publiques, constat fait également dans les résultats des enquêtes du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (Pasec), qui montrent que les performances du privé dépassent généralement celles du public (Pasec, 2007 : 76-82).

Cela est lié, selon les directeurs des écoles privées, à une obligation de résultat pour pouvoir continuer à attirer les élèves. Le privé offre aussi souvent un meilleur environnement de travail. Pourtant, dans la majorité des cas, à l’exception du privé confessionnel, les enseignants du privé gagnent en moyenne 100 000 FCFA, une rémunération plus faible que dans le public, et ne bénéficient d’aucune indemnité. Ils ne bénéficient pas non plus de la formation de quelques mois dispensée par les écoles de formation des instituteurs.

C’est ce qu’explique ce directeur d’école :

« Pour les maîtres du public, on a une école de formation, mais le privé est formé sur le tas. Il appartient au maître de suivre des cours pour obtenir les diplômes professionnels. Nous avons juste une autorisation d’enseigner, qui est un papier administratif. On nous le délivre si on n’a pas de casier judiciaire et qu’on a le brevet. Une fois dans les classes, on a l’aide d’un conseiller pédagogique » (M. V., directeur-adjoint d’une école privée laïque, avril 2009).

Les écoles privées bénéficient d’une meilleure gestion des personnels, d’un temps de travail des élèves maximisé et d’intrants pédagogiques grâce au financement des parents. Le Sénégal a ainsi une école à deux vitesses, les familles socialement favorisées se tournant vers l’enseignement privé. Les résultats du privé sont cependant à nuancer, car certaines écoles privées ne sont pas autorisées par l’État et fonctionnent en dehors de tout cadre officiel.

Pour un inspecteur, « les écoles privées poussent comme des champignons » (M. S., inspecteur, octobre 2011) ; des entrepreneurs créent des écoles avec quelques salles de classe qui n’obéissent pas aux normes et reçoivent les paiements des parents. Ces cas exceptionnels n’atteignent pas l’aura du secteur privé, qui bénéficie de la perte de confiance dans le secteur public.

Un acteur de collectivité locale résume la situation ainsi :

« Vous savez, au Sénégal, vous comme moi, aujourd’hui, nous avons perdu espoir en l’école publique ; nous sommes tous des produits de l’école publique, tous nos enfants sont dans le privé. Les gens se décarcassent, se serrent la ceinture pour économiser le maximum pour amener les enfants au privé » (M. A., secrétaire général d’une collectivité locale urbaine, mai 2012).

 

ENGLISH

Quantity in public schools, quality in private ones?

The development of the private education sector has been encouraged within the massification framework, and the amount of students enrolled in private schools has steadily increased, from 10.9% in 2003 to 14.4% in 2011 (MEN, 2011b: 59). However, private schools are mainly found in urban areas, where they educate 24.8% of students, as opposed to only 5.7% in rural areas. Particularly in the region of Dakar, private schools educate 39.9% of students (MEN, 2011b: 59). There are disparate numbers between secular private schools, catholic private schools, French-Arabic institutions and the voluntary sector.

There is also a big difference between the elite private schools, a handful of recognized schools that score very well in the national exams, compared to the other private schools which have more scattered results. The cost of education in private schools varies according to the school location (downtown, suburbs) and prestige; it can range from 3500 FCFA per month in a suburban private school to 25000 FCFA or more in downtown Dakar, with the average cost being around 10000 FCFA. Fees for transportation, cafeteria, uniforms, including those for sport, can be added to these basic fees.

Despite the high cost, families who can do it send their children to these schools. This choice is firstly motivated by the stability of private schools, as they do not experience strikes, and teachers are rarely absent and are replaced if need be. The second reason for this choice is that private schools score better than public ones in exams. This was observed in the results of the investigations conducted by the Analysis of Educational Systems Program (Pasec), which show that the performances of private schools generally exceed those of public schools (Pasec, 2007: 76-82).

According to private schools principals, this is related to a performance obligation in order to continue to attract students. Usually, private schools also provide a better working environment. Yet in most cases, except for confessional private schools, teachers earn an average of 100,000 FCFA, which is lower than the earnings in public schools, and they do not receive any allowance. Neither do they benefit from the few weeks training provided by teachers training schools.

This is what this principal explains:

“There is a training school for public school teachers, but private school teachers are trained on the job. It is the teacher’s responsibility to take courses for professional qualifications. We just have a teaching license, which is an administrative paper. We receive it if we have a clean police record and the brevet (middle school certificate). Once in the classroom, we are assisted by an educational adviser” (Mr. V., assistant principal of a secular private school, April 2009).

Private schools enjoy a better staff management, a maximized students’ study time and educational inputs thanks to funding from parents. Senegal has a two-tier school, where socially advantaged families turn to private education. However, the results of private schools must be qualified, because some of them are not allowed by the State and operate outside of any official framework.

According to a school inspector, “private schools are sprouting like mushrooms” (Mr. S., Inspector, October 2011); entrepreneurs create schools with few classrooms that do not conform to standards and they receive payments from parents. These exceptional cases do not undermine the popularity of private schools, which benefit from the loss of confidence in public ones.

A local authority actor summarizes the situation:

“You know, today in Senegal, both you and I have lost hope in public schools; we are all products of public schools, yet all our children are in private ones. People go to a lot of trouble and tighten their belts to save up the best they can to send their children to a private school (Mr. A., Secretary General of an urban local authority, May 2012).

 

Les Wathinotes sont soit des résumés de publications sélectionnées par WATHI, conformes aux résumés originaux, soit des versions modifiées des résumés originaux, soit des extraits choisis par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au thème du Débat du mois. Lorsque les publications et leurs résumés ne sont disponibles qu’en français ou en anglais, WATHI se charge de la traduction des extraits choisis dans l’autre langue. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

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Wathinote: Mapping transparency and integrity deficits in primary education in Cameroon, Transparency International, 2011

Mapping transparency and integrity deficits in primary education in Cameroon

Transparency International, 2011.

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FRANÇAIS

Principaux résultats

Les principaux résultats montrent que le manque de gouvernance peut avoir des conséquences importantes pour les élèves et les enseignants.

  • Un important manque de transparence et de respect des délais dans l’attribution et la distribution des budgets scolaires.
  • Au Cameroun, 72 pour cent des personnes interrogées ont déclaré que les détournements de fonds de l’éducation est l’un des principaux problèmes dans l’enseignement primaire.
  • Au Cameroun, la moitié des écoles primaires publiques de l’échantillon ont déclaré des défaillances au niveau de leurs bâtiments. Seules 19 pour cent des écoles ont des toilettes fonctionnelles, 30 pour cent ont accès à un robinet d’eau, et à peine 30 pour cent ont assez de tables et de bancs pour les élèves.
  • L’absentéisme des enseignants contribue au faible niveau d’éducation.
  • La règlementation en vigueur est mal appliquée.

Recommandations

Les principales recommandations mettent l’accent sur une meilleure formation en gestion financière, des allocations budgétaires en temps opportun et la nécessité d’accroître la participation des parents dans les écoles. La fourniture d’une éducation de qualité requiert les éléments suivants :

  • Des allocations budgétaires en temps opportun et gérées de manière transparente, ainsi qu’une formation en gestion financière pour les organes directeurs des écoles et du personnel.
  • Des normes claires et simples en matière d’éthique, de gestion financière, de supervision et d’évaluation pour améliorer la mise en œuvre des règles et procédures concernant le personnel, les politiques d’approvisionnement et les exigences d’audit.
  • La fourniture d’informations claires et accessibles sur les allocations budgétaires de l’école et les responsabilités administratives régissant ces allocations.
  • Des efforts plus accrus pour encourager et maintenir la participation des parents dans les écoles.
  • Une formation qui permettra aux directeurs d’école, aux enseignants, aux parents et aux élèves de se familiariser avec les politiques officielles concernant les frais et les fournitures scolaires.

ENGLISH

Key Findings

The key findings show that lack of governance can have profound effects for pupils and teachers alike.

  • Cameroon reported a significant lack of transparency and timeliness in how school budgets are allocated and distributed.
  • In Cameroon, 72 per cent of those questioned said embezzlement of education funds ranks at the forefront of the problems in primary education.
  • In Cameroon half of the state primary schools in the sample reported problems with their buildings. Only 19 per cent of schools have working toilets, 30 per cent have access to a water tap, and barely 30 per cent have enough tables and benches for students.
  • Absenteeism of teachers was cited as a reason contributing to a poor level of education.
  • There is poor implementation and enforcement of rules and regulations

Recommendations

The key recommendations focus on greater financial management training, timely budget allocations and the need to increase parent involvement in schools. The delivery of quality education requires:

  • Timely and transparent budget allocations as well as financial management training for school governing bodies and staff.
  • Clear and simple standards of ethics, financial management, supervision and evaluation to improve the implementation of rules and procedures regarding staff, procurement policies and audit requirements.
  • The provision of accessible and clear information on school budget allocations and the administrative responsibilities governing these allocations.
  • Greater efforts to encourage and maintain participation of parents in the schools.
  • Training to ensure headmasters, teachers, parents and students are familiar with official policies regarding school fees and supplies.

 

Les Wathinotes sont soit des résumés de publications sélectionnées par WATHI, conformes aux résumés originaux, soit des versions modifiées des résumés originaux, soit des extraits choisis par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au thème du Débat du mois. Lorsque les publications et leurs résumés ne sont disponibles qu’en français ou en anglais, WATHI se charge de la traduction des extraits choisis dans l’autre langue. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

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Wathinote: Liberia, Global Initiative on Out-of-School Children, UNICEF, 2012

Global Initiative on Out-of-School Children

UNICEF, 2012.

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FRANÇAIS

Conclusions

Beaucoup trop d’enfants ne sont pas scolarisés au Libéria, en particulier au niveau de l’éducation de base. Avec autant d’enfants hors de l’école, il est peu probable que le Libéria atteigne les OMD en matière d’éducation primaire universelle d’ici à 2015. Le Liberia ne peut avoir comme excuse son statut de pays en situation post conflit et les défis importants qui y sont liés. D’autres pays post-conflit (RD Congo et Soudan) enregistrent de meilleurs résultats.

La pauvreté et les longues distances pour se rendre à l’école sont deux des nombreux facteurs qui minent les efforts du gouvernement pour ce qui est de la fourniture d’une éducation à tous les enfants. Mais, plus important encore, la situation donne à penser que le système d’éducation primaire gratuite et obligatoire du Libéria ne fonctionne pas encore aussi efficacement qu’il le devrait. La loi (en particulier son mécanisme de mise en œuvre) doit être réexaminée afin de renforcer le suivi de la conformité et du mécanisme d’application.

Recommandations

  • Le Gouvernement du Liberia devrait instaurer un programme permanent pour une sensibilisation durable des parents à l’importance d’envoyer leurs enfants à l’école.
  • Une enquête plus approfondie devrait être menée pour comprendre pourquoi les enfants refusent d’aller à l’école.
  • Le Ministère de l’information devrait réglementer les cinémas vidéo afin qu’ils n’admettent pas les enfants en âge d’aller à l’école pendant la semaine, sous peine d’une lourde amende.
  • Le Gouvernement devrait également étendre les programmes de protection sociale existants avec des incitations pour les ménages bénéficiaires en fonction de la présence des enfants à l’école, leur santé et leur nutrition.
  • Le Gouvernement devrait également élargir la portée de la couverture géographique des programmes de protection sociale et des travaux publics existants.
  • Encourager les systèmes de soutien familiaux et communautaires traditionnels pour les orphelins et les enfants abandonnés
  • Le Gouvernement devrait améliorer la qualité des écoles; le Ministère de l’Education devrait veiller à ce que les écoles répondent aux normes minimales établies.
  • Le Ministère de l’Education et l’Association nationale des enseignants devraient établir un programme de certification des enseignants qu’ils devraient suivre avant de pouvoir enseigner. Ils devraient également établir des normes pour l’enseignement aux différents niveaux du système éducatif.
  • Le Ministère de l’Education devrait établir des mécanismes de rapports et enquêter sur les cas de harcèlement sexuel à une peine claire pour les coupables.
  • Un programme de sensibilisation devrait être créé pour les élèves, les parents, les enseignants, etc., afin de les informer sur la disponibilité de ces mécanismes et les conséquences pour les coupables.
  • Le Ministère de l’Education devrait déterminer pourquoi la mise en œuvre de l’enseignement primaire gratuit et obligatoire n’a pas fonctionné.
  • Sensibiliser les parties prenantes sur l’existence de politiques et de lois sur l’éducation.
  • Formuler clairement la définition de gratuité dans l’enseignement gratuit et déterminer le coût total de la scolarité pour établir la proportion réelle de la subvention du gouvernement.
  • Fournir au Ministère de l’Education les ressources nécessaires au suivi des activités d’éducation.
  • Le gouvernement devrait augmenter les dépenses en matière d’éducation.
  • Les partenaires doivent également fournir davantage de soutien au secteur de l’éducation.

ENGLISH

Conclusions

Too many children are out of school in Liberia, especially at the Basic Education levels. With so many primary school children being out of school, it is unlikely that Liberia will meet the MDG of universal primary education by the year 2015. Liberia’s excuse cannot be her post conflict status and the enormous challenges that come with it. Other post conflict countries (DR Congo and Sudan) are doing better than Liberia.

Poverty, long school distances, among many other factors, continue to undermine the government’s efforts to provide education to all children. But more importantly, the situation suggests that Liberia’s cherished free and compulsory primary and now basic education Law is not yet working as effectively as it should. The Law, particularly its implementation mechanism, needs to be revisited with the view of strengthening its compliance monitoring and enforcement mechanism.

Recommendations

  • The GOL should institute a permanent program to create and maintain awareness among parents about the importance of sending their children to school.
  • Further investigation should be conducted to understand why children are refusing to go to school.
  • The Ministry of Information should regulate video cinemas so that they do not admit school age children during the school week with possible heavy fines for violators.
  • The government should also expand existing social protection programs with incentives for beneficiary households based on school attendance, child health and nutrition.
  • The government should also expand the scope and geographic coverage of existing social protection and public works programs.
  • Encourage traditional family and community support systems for orphans, and abandoned children
  • GOL should increase the quality of schools; the MOE should ensure that schools meet minimum established standards.
  • The MOE and the National Teachers Association should establish a program for certifying teachers before they can be allowed to teach, and should establish standards for teaching at the various levels of the education system.
  • The MOE should establish mechanisms for reporting and investigating cases of sexual harassment with clear punishment for culprits.
  • Awareness should be created among students, parents, teachers, etc. on the availability of these mechanisms and consequences for perpetrators.
  • The MOE should determine why the implementation of the free and compulsory primary education has not worked.
  • Create awareness among stakeholders about the existence of educational policies and laws.
  • Clearly formulate a definition of “free” in free education and determine the total cost of schooling to establish the actual proportion that cost that government is bearing.
  • Furnish the MOE with the requisite resources needed for monitoring education activities.
  • The government should increase it expenditure in education.
  • Partners should also increase their support to the education sector.

Les Wathinotes sont soit des résumés de publications sélectionnées par WATHI, conformes aux résumés originaux, soit des versions modifiées des résumés originaux, soit des extraits choisis par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au thème du Débat du mois. Lorsque les publications et leurs résumés ne sont disponibles qu’en français ou en anglais, WATHI se charge de la traduction des extraits choisis dans l’autre langue. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

The Wathinotes are either original abstracts of publications selected by WATHI, modified original summaries or publication quotes selected for their relevance for the theme of the Debate of the Month. When publications and abstracts are only available either in French or in English, the translation is done by WATHI. All the Wathinotes link to the original and integral publications that are not hosted on the WATHI website. WATHI participates to the promotion of these documents that have been written by university professors and experts.

Pourquoi il faut revaloriser le patrimoine culturel colonial

Massar Sarr

Le XV siècle marque le début du contact entre l’Afrique de l’Ouest et le continent européen via l’océan Atlantique. Mais c’est au XVII siècle, avec la colonisation que les premières installations prirent forme sur l’île de Saint-Louis. Ainsi commence l’édification d’infrastructures de type européen sur le territoire de la colonie du Sénégal qui donna naissance à des villes comme Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar. Ces dernières seront plus tard pour des raisons administratives les quatre communes de plein exercice et leurs habitants obtinrent la citoyenneté française.

Cette installation a donné naissance à une culture issue du métissage entre les Européens en général et les populations locales. Dans certaines villes, les populations locales et les colons habitaient dans le même espace et il y eut de nombreux mariages. Alors que dans d’autres villes, les populations locales habitaient à proximité de « la ville européenne », mais cela ne gênait en rien le brassage culturel.

Les villes européennes (Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque) de la colonie du Sénégal eurent une architecture et une culture qui leur sont propres avec quelques différences selon le rôle qu’elles jouaient dans le dispositif colonial par rapport aux autres villes africaines.

Ces caractéristiques reflétant leurs identités ont été mis à l’épreuve à la suite du départ des colonisateurs. Dans les années 1960, après l’indépendance du Sénégal, la majorité des Français est appelée à quitter l’ancienne colonie. Ils laissent alors derrière eux un patrimoine à la fois matériel et immatériel.

Aujourd’hui, le patrimoine matériel, immatériel et naturel africain est de plus en plus menacé. Comme le montre le nombre de biens inscrits sur la liste en péril du patrimoine mondial. 17 sites africains sont sur cette liste et certains courent le risque d’être déclassés pour des problèmes liés à leur conservation. Alors que ces sites sont souvent millénaires ou centenaires, ils ont pendant longtemps échappé à la destruction causée par les facteurs naturels et anthropologiques.

Face à la modernité et à la montée du nationalisme, les villes ayant un passé colonial, jadis importantes et belles, sont de plus en plus considérées par certains Africains comme dépassées. D’autres les rejettent, pensant qu’elles symbolisent la domination européenne. Certes ces positions sont justifiées. Nous devons cependant d’une part assumer notre histoire, et d’autre part nous rendre compte que ces villes sont aujourd’hui sénégalaises et que la plupart des bâtiments anciens appartiennent soit à l’Etat du Sénégal, soit à des Sénégalais (descendants européens, métisses ou autochtones).

La valorisation des villes dites coloniales comme Gorée, Saint-Louis, Dakar et Rufisque peut être pour le Sénégal un moyen de diversifier son offre touristique. 

En plus, l’inscription de l’île de Gorée et l’île de Saint-Louis sur la liste du patrimoine mondial leur confère une valeur universelle. Autrement dit, ces deux villes appartiennent à l’humanité. Avec leurs architectures européennes, elles sont aujourd’hui sénégalaises et nous devons nous efforcer de mieux les valoriser à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays.

La valorisation des villes dites coloniales comme Gorée, Saint-Louis, Dakar et Rufisque peut être pour le Sénégal un moyen de diversifier son offre touristique. Depuis quelques années, le tourisme connait une crise sans précédent selon les professionnels du secteur, alors qu’il représente le deuxième pourvoyeur de devises du pays, après la pêche. Le secteur touristique a contribué à hauteur de 300 milliards de francs CFA entre 2013 et 2014 à l’économie sénégalaise (Rapport de Jovago 2015, la plateforme de réservation d’hôtels en ligne).

Le tourisme balnéaire occupe la première position dans la stratégie marketing des autorités avec des sociétés étatiques comme la Société d’aménagement et de promotion des côtes et zones touristiques du Sénégal (SAPCO). Selon le chercheur Mamadou Diombéra, 80% des touristes qui ont visité le Sénégal en 2006 ont séjourné sur le littoral. Certes, Saint-Louis, Gorée, Rufisque, et Dakar sont côtières. Cependant, après Dakar avec un taux de 51%, c’est la petite côte qui attire le plus de touristes avec la station balnéaire et touristique de Saly qui enregistre 22% de l’ensemble des touristes en visite au Sénégal (Dehoorne, Diagne : 2008).

Il serait important de mettre en exergue les autres facettes de ce pays, avec le potentiel culturel que renferment ces sites coloniaux, comme une alternative au tourisme balnéaire qui est actuellement confronté à des difficultés.

Il serait important de mettre en exergue les autres facettes de ce pays, avec le potentiel culturel que renferment ces sites coloniaux, comme une alternative au tourisme balnéaire qui est actuellement confronté à des difficultés. En fait, le tourisme n’est plus uniquement une question de loisir avec le balnéaire, mais peut être aussi une question de découverte avec le tourisme culturel, auquel s’ajoute le tourisme d’affaires.

L’île de Gorée a compris cette tendance et reçoit des millions de visiteurs sénégalais et étrangers par an, grâce à la Maison des esclaves et à l’organisation d’un festival Gorée Cinéma. Saint-Louis fait de même avec le pont Faidherbe, le festival Saint-Louis Jazz ou le fanal tente de par des événements d’être plus attractif. Dakar mise sur sa biennale d’art contemporain Dak’art, le futur musée des civilisations noires et quelques structures coloniales comme le building administratif pour diversifier son offre. Quant à Rufisque, elle lutte pour avoir une place dans l’événementiel culturel au Sénégal et sur le plan international.

Pour attirer plus de touristes, il faudrait mettre l’accent sur l’architecture coloniale et les expressions culturelles. Pour ce faire, une formation adéquate des guides touristiques est à prévoir, ainsi qu’une organisation et une sensibilisation des populations locales sur l’importance de conserver leurs richesses culturelles. Les autorités locales doivent également travailler à restaurer certains bâtiments coloniaux en les revalorisant sous forme de musées, de bibliothèques, de salles de cinéma, de centres culturels, d’hôtels, bâtiments publics,… tout en développant l’artisanat et en facilitant l’organisation d’événements culturels. C’est en ce sens qu’on parle d’industrie culturelle créative qui renvoie à une dimension commerciale de la culture (Institut de Statistique de l’UNESCO, 2009).

Les autorités locales doivent également travailler à restaurer certains bâtiments coloniaux en les revalorisant sous forme de musées, de bibliothèques, de salles de cinéma, de centres culturels, d’hôtels, bâtiments publics

De ce fait, les populations locales peuvent trouver des emplois et capter les ressources financières issues du tourisme, car l’aspect culturel comprend la dimension patrimoniale avec les monuments, mais touche également l’artisanat, la restauration, les musées et les expressions culturelles (traditionnelles et modernes). Le tourisme balnéaire jusque-là dominant, profite surtout aux grandes chaines hôtelières qui proposent le format « tout inclus ».

L’industrie culturelle créative peut être un moyen de lutter contre la pauvreté dans des villes où le taux de chômage des jeunes est très élevé. Il est urgent pour redresser l’économie touristique de faire la promotion des villes en montrant leurs atouts basés sur l’architecture et les expressions culturelles à l’image de ce que fait Cuba avec La Havane, jadis coloniale. Les autorités cubaines ont réussi à tirer des profits économiques et sociaux de l’héritage colonial en mettant sur pied des politiques de conservation intégrées pour répondre à une demande sociale.

Photo: www.gigamegagic.org


Massar Sarr

Massar Sarr a obtenu une licence en Histoire et archéologie médiévale de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il poursuit actuellement ses études en master à l’université Jean Monnet de Saint-Etienne (France), en gestion durable et équitable des paysages culturels et des patrimoines. Il est de nationalité sénégalaise. 

La culture comme moteur de l’intégration africaine, Amadou T. Wone, ancien ministre de la Culture du Sénégal

Amadou Tidiane Wone

Dans le cadre du débat sur la culture de WATHI, M. Amadou Tidiane WONE, ancien ministre de la Culture du Sénégal, a reçu notre équipe pour une entrevue. Au cours de cet entretien, il évoque le rôle et l’importance du patrimoine culturel ouest-africain dans le processus d’intégration de la région. Il déclare en ce sens “Nous avons essayé l’intégration économique, celle politique, mais il me semble que nous passons à côté du sujet. Si nous prenions la culture comme colonne vertébrale de la politique d’intégration, les affinités entre nos ethnies, nos peuples, l’héritage historique que nous partageons faciliterait beaucoup la solution des crises auxquelles nous faisons face”.

Photo: seneweb


Amadou Tidiane Wone

Écrivain, Amadou Tidiane Wone est ancien ministre de la Culture et ancien ambassadeur du Sénégal au Canada. Il est le fondateur des Éditions Madiba.

Revaluing the role of spirit in healing in Africa

Mariama Conteh

There are times when things happen in such an ordered way that it’s nothing short of miraculous. I get excited when I feel such synchronicity. I continue to learn about the way humanity, particularly Africans, are able to survive and deal with the suffering they experience after being affected by violent atrocities. I’ve been engaging with this subject for over 15 years.

I have learned that people’s spiritual beliefs have a central role in their explanations of their healing. This is a belief that there is something greater, that things happen for a reason, and that suffering can be a phase and a learning opportunity. This is something very distant from dominant Western thought about what is and is not scientific. If we take time to look a little deeper, we can see that not only is this effective, but it has its place in science.

The synchronized experience is that while reading on this same topic, I came across a great book by Felwine Sarr called Afrotopia. It’s filled with so much gold, but the nugget that shone the most, that resonated deeply with my preoccupation of healing of suffering, was a point that was made that one of the great values and cultural heritage of Africa is the spirituality of her people. If we don’t internalize this fact, value it, protect it, I believe it will be a deeply regrettable mistake on multiple levels.

I remember November 2002 when the plane touched down in Freetown. Coming timidly down the stairs onto the tarmac, I took my first deep inhalation of that air. That tropical scent that was so familiar to me but so distant. It was just a few months after the official end of the war, and it had been about 11 years since I last visited Sierra Leone, basically the period during the war.

In short, the majority of the world uses healing traditions that integrate body, mind and spirit. Yet, somehow, we have allowed ourselves as Africans, and whole health systems of our nations to follow Western medical traditions that, while definitely valuable, should be selectively applied.

As I spent time during that visit, going around the country, talking to strangers, talking to family, speaking with colleagues, I was deeply struck by how normal people seemed. Of course people were pained when they spoke about the war, and of course there were many tears. But there were jokes and laughter, stories of births, of love, and of marriages…somehow life went on. Since then I’ve been preoccupied with this question of how people were able to carry on with their lives, to move forward.

As I traveled in different conflict and post-conflict contexts around the continent, I found the same phenomena of survival and transcendence of a devastating context. People were finding ways to heal from the atrocities they had experienced or witnessed, from the suffering they had experienced.

I frequently stumbled upon the rapidly multiplying viral fashion of ‘trauma-healing’ projects. These were predominantly based on Western psychological and medical concepts of what constitutes mental suffering and how to address it. Even where they tried to use more community-focused approaches, these projects were clearly not the source of people’s ability to manage the emotional, physical and psychological upheaval they went through.

What people were referring to for their survival and wellbeing was in short their spirituality. What the dominant culture won’t let us believe is that this has a deep value that goes beyond personal opinions and cultural dispositions. This value is found in the healing traditions of the people of Africa, East Asia, South Asia, Latin and South America, and with aboriginal populations in the United States such as the Native Americans and Hawaiians.

We need to know that what science sold to us as the ‘Truth’, as ‘Fact’, is highly debated even in the scientific milieus that sell them to us.

In short, the majority of the world uses healing sciences that value spirit. They use healing traditions that integrate body, mind and spirit. Yet, somehow, we have allowed ourselves as Africans, and whole health systems of our nations to follow Western medical traditions that, while definitely valuable, should be selectively applied.

This is even more pertinent in the field of psychological wellbeing. These psychological traditions are subject to huge debate even in the Western nations from which they originate but the debates are erased when these traditions are exported to Africa. By which logic can we justify condemning whole cultures and populations’ knowledge systems as inferior? There is none.

The root of the undervaluing of African traditions is very deep, and one I won’t attempt to address in this limited space. What we have to realize though, is that it is not everything that is proposed to us that we need to accept. Somehow we are just not internalizing this. We have to realize that what is being sold to us as science is opinion, and a highly political and economic opinion at that. We need to know that what science sold to us as the ‘Truth’, as ‘Fact’, is highly debated even in the scientific milieus that sell them to us.

We have to understand that even in science there are fields such as quantum physics that explain that the distinctions made between space and time or the durability of matter, are all things that are fluid. In this branch of science there is a place for the communicating with ancestors, with spirit, mind controlling matter…a place for psychic abilities.

We have excellent researchers. Without rejecting the value of others, let’s turn our attentions inwards.

In this science, what mainstream likes to consider as ‘Para-normal’ are actually very normal and as explainable as anything else. In this science, they have gone round in circles to understand that many concepts on the makeup of life found in indigenous cultures around the world might well be closer to ‘reality’ that mainstream science wants to accept.

The Indian Ayurvedic healing system has known this for thousands of years. Indeed they also had periods where their tradition was buried. But now they invest in this system, and now, as Western biomedicine that is not holistic, faces challenges, Ayurveda is spreading as a valued health system. It is the same for Chinese medicine, Japanese energetic healing… We have similar healing systems in Africa.

Let’s not continue to make the mistake of losing what not only has great value, but potential to even grow. I’m not talking about negative traditions we do not need to keep, but about what is good. These are the strengths we need to give value and hold on to. We have excellent researchers. Without rejecting the value of others, let’s turn our attentions inwards.

I believe firmly that it is here that the soul of creativity and potential flourishes for us and we have to take advantage of it. It is in understanding and building on these riches we have that we will help our people and continent to bloom. It’s never too late. So let’s start now. I remain eternally hopeful.


Mariama Conteh

Mariama Conteh is a conflict resolution and mediation professional, with 15 years experience working both in West Africa and internationally. She has worked for organizations such as Conciliation Resources, Crisis Management Initiative (CMI) and Catholic Relief Services (CRS). Mariama holds a Masters degree in Development Studies from the School of Oriental and African Studies in London. She is currently studying for a doctorate examining alternatives to trauma healing at the Department of Health Sciences at the University of York in the United Kingdom. She is a member of WATHI.

Au Cameroun, la culture rassemble un peuple divisé

Anne Marie Befoune

Après des décennies sans grand changement, la musique camerounaise est de retour  sur la scène internationale. Les « grands noms » ne sont plus les seuls connus. Le saxophoniste Manu Dibango, le chanteur et bassiste Richard Bona ou encore le bassiste Armand Sabal-Lecco, tous trois issus du Cameroun « francophone », ne sont plus les seules figures de proue de la musique et de la culture camerounaises à l’échelle internationale. Depuis le début des années 2010, la jeunesse prend la relève, une jeunesse « anglophone ». Les rappeurs Jovi et Stanley Enow, les chanteurs Magasco, Reniss, Olgha et bien d’autres encore sont les nouvelles étoiles de la musique camerounaise.

Pour comprendre la portée de cette réalité, il faut se plonger dans l’histoire du Cameroun. Depuis l’unification d’une partie du Cameroun britannique au Cameroun francophone le 20 mai 1972, le peuple anglophone vivant dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest du pays a été victime de marginalisation. La « question anglophone » revient très souvent dans les débats, et les velléités de sécession de cette communauté proche du Nigéria voisin n’ont cessé de se faire entendre.

Après les indépendances, les francophones luttent contre le néo-colonialisme et les anglophones luttent contre une nouvelle forme de colonialisme imposée par leurs propres frères.

L’étude de la littérature camerounaise d’expression française d’un côté et d’expression anglaise de l’autre m’a permis de comprendre ce qui est appelé le combat anglophone : alors qu’après les indépendances les francophones luttent contre le néo-colonialisme et la main mise de la France à tous les niveaux, les anglophones luttent, eux,  contre une nouvelle forme de colonialisme, celle qui leur est imposée par leurs propres frères.

Je ne m’étendrai pas sur ce combat. Je me limiterai à la perception qu’ont (ou qu’avaient) les francophones de leurs compatriotes anglophones. Ces derniers ont longtemps été considérés comme des sous-hommes. La production littéraire d’écrivains  camerounais d’expression anglaise  tels que Bate Besong, l’auteur de « Disgrace: Autobiographical Narcissus and Emanya-nkpe Collected Poems » ou Victor Epie Ngome, auteur de «What God Has Put Asunder», décrit bien la situation d’une communauté dont le peuple utilisait il y a dix ans encore le mot Bamenda (une ville du nord-ouest du Cameroun, mais également le nom d’un des grands groupes anglophones) comme synonyme de l’adjectif bête.

Aujourd’hui, la jeunesse anglophone et la jeunesse francophone se rassemblent autour d’un amour commun, la musique.

Aujourd’hui, la jeunesse anglophone et la jeunesse francophone se rassemblent autour d’un amour commun, la musique. La majorité des jeunes Camerounais se reconnaissent dans les textes de Jovi qui n’hésitent pas à dénoncer les tares sociales et les abus dont le peuple entier est victime. Ils se reconnaissent également dans les sonorités nouvelles créées par ces « nouveaux » artistes : un savant mélange de hip hop venu d’ailleurs et de sonorités camerounaises. Leur talent est reconnu à l’échelle internationale. Il est couronné par de nombreuses nominations, prix et collaborations avec des chanteurs nigérians précédés par leur célébrité, et même des artistes américains. Les jeunes Camerounais, sans distinction, sont fiers de dire tout haut qu’ils sont du même pays.

Outre la réconciliation grâce à  la musique, les artistes musiciens anglophones ont valorisé leur langue à travers le pays. Le « Pidgin English » (une langue créole à base anglaise) était symbole de délinquance et d’absence d’éducation dans la partie francophone du Cameroun.  C’est cette langue que la musique urbaine utilise aujourd’hui. La communauté francophone est unie par le français, mais divisée à cause des nombreux dialectes. Le « Pidgin English » est une langue parlée par tous les anglophones, quelle que soit l’ethnie. Cette langue unificatrice est de plus en plus utilisée par les jeunes francophones qui copient leurs idoles et se mêlent à leur communauté.

Les artistes musiciens anglophones ont valorisé le « Pidgin English » qui était symbole de délinquance et d’absence d’éducation dans la partie francophone du pays.

Le succès de ces artistes a incité l’ensemble des Camerounais à s’intéresser à ce qui se passe de l’autre côté de la rivière Mungo,  la frontière naturelle qu’il faut traverser pour se rendre dans ce qui a longtemps été le Cameroun anglophone. Ils y ont découvert une grande richesse en termes de culture : outre la musique, la littérature y occupe une place de choix, et des jeunes tels que Dzekashu MacViban s’attèlent à la mettre en valeur. Il est l’initiateur et le premier éditeur du magazine en ligne, Bakwa Magazine, spécialisé dans la critique culturelle, et l’auteur de Scions of the Malcontent.

Les grands évènements culturels n’étaient généralement accueillis que par les deux plus grandes villes du pays : Yaoundé, la capitale politique, et Douala, la capitale économique. L’année 2016 a assis la position du Cameroun anglophone dans la sphère événementielle. La région a accueilli en l’espace de deux mois trois nouveaux évènements culturels. Le 16 avril, la ville de Buea a été la scène des Urban Jamz Awards. Du 25 au 30 avril, la première édition de la cérémonie primant l’industrie du cinéma camerounais et d’ailleurs, le Cameroon International Film Festival (CAMIFF) s’y est déroulée. Du 12 au 14 mai, la Buea Fashion Week a vu défiler des mannequins parés de vêtements de designers anglophones, francophones et internationaux.

Le Cameroun reste un pays marqué par de nombreuses rivalités ethniques et tribales. Grâce à la culture, la jeunesse d’aujourd’hui, qui sera l’élite de demain, a su de la manière la plus pacifique qui soit, unir les deux parties d’un tout.

 


Anne Marie Befoune

Camerounaise, Anne Marie Befoune est traductrice, diplômée de l’Advanced School of Translators and Interpreters de l’Université de Buea au Cameroun. Passionnée des questions de gouvernance et de participation citoyenne, elle est membre de l’équipe permanente de WATHI.

Mieux connaître notre culture, un impératif pour les Africains

Oumy Sambou

Grande question et vaste programme. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), il y a plusieurs patrimoines culturels :

  • les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science ;
  • les ensembles : groupes de constructions isolés ou réunis qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science ;
  • les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature, et zones incluant des sites archéologiques, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.

Chaque État dispose de patrimoines culturels classés comme c’est le cas pour le Sénégal. Notre pays a sept sites classés dans le patrimoine mondial de l’Unesco. Les cercles mégalithiques qu’il partage avec la Gambie, les îles de Saint-Louis et de Gorée, le delta du Saloum, le pays Bassari, le parc national des oiseaux du Djoudj et le parc national du Niokolo-Koba. Le Burkina Faso a comme patrimoine mondial dans le classement de l’Unesco, les ruines de Loropeni. Au Bénin, on trouve les palais royaux d’Abomey. On ne pourra pas les citer tous. Ce qui demeure constant, c’est que la plupart de nos patrimoines culturels, qu’ils soient classés ou non, ne sont pas connus des populations. C’est une totale aberration.

Pour mieux valoriser les patrimoines culturels des pays africains, il faudrait commencer par œuvrer à ce que les populations aient conscience de leur existence. Un patrimoine qui leur est propre, qui raconte leur histoire. C’est vrai, parfois, l’impression est là, forte, très présente. Un élément classé dans le patrimoine peut nous révulser, nous rebuter à tel point qu’on ne pense qu’à l’anéantir. Alors qu’en l’anéantissant, on détruit ce qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Prenons l’exemple d’une ville comme Saint-Louis au Sénégal. De jeunes activistes demandent la destruction de la statue de Faidherbe qui trône fièrement sur la place du même nom. Faidherbe ! Un colon sanguinaire, ancien gouverneur du Sénégal, qui a fait beaucoup de mal aux populations locales. Lui rendre hommage, c’est trop ! Oui, leurs arguments tiennent la route. Mais effacer Faidherbe, c’est occulter tout un pan de l’histoire de l’île de Saint-Louis dont on se vante aujourd’hui. Son architecture coloniale qualifiée de métisse, nous vaut un classement sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour mieux valoriser les patrimoines culturels des pays africains, il faudrait commencer par œuvrer à ce que les populations aient conscience de leur existence.

Cette reconnaissance n’intéresse apparemment que très peu de monde. Beaucoup pensent à détruire ces maisons qui ne correspondent plus à la représentation de nos familles africaines. Quelques expatriés tentent de sauver ce patrimoine menacé de toute part par les hommes, par le fleuve et par la mer. On aurait pu étendre la liste en ajoutant le parc naturel Niokolo Koba, patrimoine en péril aujourd’hui. Une autre preuve que sans une sensibilisation de masse, parler de valorisation serait illusoire.

Attardons-nous sur l’adjectif culturel, accolé à patrimoine et production. Quelle est sa signification au fond ? Concerne-t-elle seulement tout ce qui est relatif aux expressions artistiques ? Nous avons été surpris par les résultats d’un célèbre moteur de recherche quant à la définition de « production culturelle ». Le concept d’« industries culturelles » est sorti parmi les premiers résultats avec des références à l’École de Francfort du philosophe allemand Theodore Adorno et du philosophe et sociologue Max Horkheimer. Ensuite apparaissaient les traditionnels débats entre les théoriciens de l’art pour l’art et l’art comme producteur, vecteur de richesses (vaste programme disions-nous !).

Si la culture est ce qui nous distingue de l’animal, lorsqu’on parle de valorisation de la production culturelle, il y a une référence à tout ce qui est lié aux expressions artistiques. La culture n’est pas seulement expressions artistiques ou plutôt si : arts de vivre, arts culinaires, arts décoratifs, arts vestimentaires et on se rend compte que finalement, il est très difficile de délimiter son champ. Il va de la production musicale, audiovisuelle, en passant par le textile avec les tissus « Gagny Lah », « Woodin » et consorts, jusqu’aux calebasses, à l’attiéké de Côte d’Ivoire, au gari du Bénin et du Togo, aux plats à base de mil dans plusieurs pays de la région… Tout cela fait partie de la production culturelle.

Ayons plus confiance en nous, consommons local et montrons au monde ce que nous avons de plus que les autres.

Aujourd’hui, la grande question que pose le think tank WATHI est celle de savoir comment l’Afrique de l’Ouest peut mieux valoriser son patrimoine et sa production culturels. Ce qui est rassurant dans la formulation de la question, ce sont les termes « mieux valoriser ». Cette formulation sous-entend que des actions sont déjà entreprises pour conscientiser les populations sur l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine culturel. Des richesses incommensurables qu’on ne peut absolument pas voir parce qu’on nous a toujours fait croire que ce qui vient d’ailleurs est mieux que ce que nous avons chez nous.

Nous sommes dans une perpétuelle quête de l’eldorado alors que tout ce dont nous avons besoin est autour de nous. La preuve, beaucoup de matières premières de produits que l’on retrouve dans nos supermarchés viennent du continent africain. Cet ici que nous diabolisons par ignorance. Le savoir est la clé ! Il est impératif de réformer nos systèmes éducatifs, de nous sortir de ce cycle qui nous fait nous positionner comme des éternelles victimes.

L’Afrique, et particulièrement l’Afrique de l’ouest, a subi l’esclavage et la colonisation. Mais il est temps que nous prenions les choses en main. Ayons plus confiance en nous, consommons local et montrons au monde ce que nous avons de plus que les autres. Oui, nous avons quand même résisté. Nous avons survécu à tout. Il faut que nous nous reconnections à nous-mêmes. Cela ne veut nullement dire se couper du monde. Nous ne pouvons pas faire comme le Japon de l’ère Meiji qui était isolé du reste du monde. Mais nous pouvons faire plus et mieux en mettant l’accent sur nos savoirs et les savoirs qui nous viennent d’ailleurs pour valoriser nos patrimoines et productions culturels.

Photo : Guide Bénin (Musée d’Abomey)


Oumy Sambou

Journaliste sénégalaise, Oumy Sambou travaille à la radio Sud FM (Dakar) où elle est la responsable du desk Culture. Elle est la présentatrice d’une émission culturelle hebdomadaire intitulée ”Culture en Fête” en français et souvent en wolof, la langue locale la plus parlée au Sénégal. Elle est également critique de cinéma à Africiné et présidente de l’Association de la presse culturelle du Sénégal (APCS).

Les industries culturelles et créatives, sources de création d’emplois.

Ousmane Touré

Le continent africain est significativement atteint par la faible capacité de création d’emploi, la précarité des emplois et le sous-emploi dans le secteur informel. Les données récentes montrent que le taux de chômage est très élevé sur le continent, en particulier chez les jeunes dont le nombre avoisine 200 millions, soit 60% des chômeurs en Afrique. Les jeunes font preuve de beaucoup d’énergie, de créativité et sont dotés de talents qui sont des atouts pour le développement.

Les ressources culturelles et créatives africaines devraient être davantage valorisées car elles représentent un vaste potentiel économique et social qui peut contribuer à réduire le chômage des jeunes en Afrique. À cette fin, il est important de mettre en œuvre des politiques publiques qui prennent en compte le chômage des jeunes en lien avec notamment les secteurs de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et de l’emploi. Cela nécessiterait le développement de l’entrepreneuriat, la valorisation des talents créatifs des jeunes, la reconnaissance et la promotion des savoirs, des savoir-faire et de la culture traditionnelle africaine.

Afin de susciter cette approche intégrée des politiques en faveur de l’emploi des jeunes, il nous faut impérativement redéfinir les orientations de l’entrepreneuriat culturel. Autrement dit, il ne doit plus s’agir de faire de la culture pour le simple plaisir d’en faire mais plutôt pour améliorer le futur et créer des emplois dans ce secteur.

Du 28 au 30 novembre 2013, conjointement avec le gouvernement du Cap-Vert, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a organisé une réunion ministérielle de haut niveau réunissant un certain nombre de pays africains. Lors de cette rencontre, Le Sénégal a partagé ses expériences et ses bonnes pratiques en matière de politiques éducatives, culturelles, de la jeunesse et de l’emploi. L’objectif de la réunion était d’examiner les différents moyens de tirer parti du vaste potentiel de l’économie créative afin de réduire le taux de chômage élevé des jeunes sur le continent.

Les ressources culturelles et créatives africaines devraient être davantage valorisées car elles représentent un vaste potentiel économique et social qui peut contribuer à réduire le chômage des jeunes en Afrique.

Lors de la cérémonie de clôture du 30 novembre 2013, les ministres et responsables politiques présents à la réunion ont adopté la déclaration de Praia avec une feuille de route nationale définissant des interventions prioritaires pour les quatre années suivantes. Les représentants des pays présents ont pris l’engagement de mettre en œuvre ladite déclaration afin de permettre l’éclosion de projets pilotes dans l’économie créative. Ils ont notamment souligné la nécessité de renforcer leur politique culturelle.

Quant à la question de savoir comment améliorer l’employabilité des jeunes dans l’économie créative, l’une des propositions les plus importantes était de soutenir les entreprises inclusives et de veiller à ce que les entrepreneurs puissent maîtriser l’utilisation d’Internet qui est un outil essentiel du 21e siècle.

Beaucoup d’autres suggestions ont été présentées et retenues dans les recommandations de la déclaration de Praia. L’Organisation des Nations unies (ONU) devait soutenir les pays dans la mise en œuvre de leurs plans de travail et projets pilotes. Plusieurs pays ont déjà pris des mesures concrètes visant à mettre en œuvre le manifeste de Praia. Le Nigéria a mis en place un fonds pour faciliter les productions de Nollywood (industrie cinématographique). Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, les fonds d’appui à l’industrie cinématographique ont été également mis en place. Le magazine trimestriel Seneciné magazine a ainsi été lancé au Sénégal fin 2014.

Dans d’autres pays, des efforts sont fournis dans le même sens afin de permettre un essor des économies créatives. Ils contribuent ainsi à la réduction du chômage des jeunes et au développement durable. Le gouvernement du Cap-Vert a créé une banque culturelle innovante qui prend en compte les besoins et les réalités locaux du secteur culturel à travers notamment la mise en place d’un “cluster” d’industries créatives et le lancement de trois réseaux nationaux de diffusion (artisanat, arts et musées).

Dans ce pays, le Fonds Autonome d’Appui à la Culture (FAAC) ou banque de la culture a pour ambition de devenir la plus grande institution d’aide et de financement de projets culturels élaborés par des artistes et opérateurs culturels dans les dix prochaines années. Avec cette stratégie, le fonds autonome d’appui à la culture veut faire de ce secteur un atout au service du développement du Cap-Vert.

La banque culturelle vient justement servir de garantie auprès des banques commerciales pour que les acteurs culturels puissent bénéficier de financements nécessaires pour le démarrage de leurs projets.

Il devra générer des revenus afin de maximiser la création d’emplois, d’améliorer la qualité de vie et de promouvoir l’inclusion sociale et la cohésion des artistes et acteurs culturels nationaux. Il importe peut-être d’indiquer que les sources de financement incluent la mobilisation de ressources auprès des entreprises nationales à travers une loi sur le mécénat, le remboursement des financements accordés à travers les contributions provenant du budget de l’État. Le fonds autonome d’appui à la culture sert également de garantie auprès des banques commerciales pour faciliter l’accès au financement.

Au niveau de l’appui des banques aux projets culturels, on constate de nombreux blocages dus au à la fragilité financière des acteurs culturels, particulièrement des jeunes. Ces blocages les empêchent d’obtenir des prêts car les taux d’intérêt sont trop élevés. La banque culturelle vient justement servir de garantie auprès des banques commerciales pour que les acteurs culturels puissent bénéficier de financements nécessaires pour le démarrage de leurs projets. En cas de difficulté, la banque culturelle se substituera à l’entrepreneur pour le remboursement de l’emprunt.

Ce système devrait permettre à tout jeune ayant un projet sérieux dans le domaine de la culture de pouvoir accéder à une somme minimale pour démarrer. Mieux encore, c’est une façon de dire aux jeunes qu’ils ont des possibilités de faire quelque chose par eux-mêmes. Ce type de démarche peut contribuer à faire renaître chez les jeunes l’espoir de lendemains meilleurs qui ne passent pas par la très dangereuse émigration vers l’Europe par la mer.

Les politiques culturelles en cours de mise en œuvre au Cap-Vert devraient inspirer les autres pays africains. Elles peuvent susciter l’éclosion de projets culturels pertinents qui créeraient des emplois, et contribueraient au développement économique et social.

Photo : Cinémas et Culture d’Afrique


Ousmane Touré

Ousmane Touré est étudiant en Master de Communication à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal. Entrepreneur social, il est le président fondateur de l’Assemblée des générations patriotes et citoyennes (AGEPCI).