

Auteur : Darich Eyeni Kakindé
Site de publication: https://www.banque-france.fr/fr
Type de publication: rapport
Date de publication: Novembre 2025
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L’intelligence artificielle (IA) représente un moteur de transformation économique et sociale à l’échelle mondiale, avec un potentiel élevé de création de richesse. Le secteur pourrait contribuer à augmenter le produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique de l’ordre de 397 milliards de dollars (14% du PIB africain en 2024) si le continent réussissait à capter 2,5% du marché mondial de l’IA soit la part du PIB africain dans le PIB mondial. L’essor de l’IA répond également à des facteurs de développement propres à l’Afrique. Bénéficier pleinement du développement de l’IA implique de surmonter d’importants obstacles, liés notamment à un déficit d’infrastructures numériques et énergétiques.
Les investissements dans l’intelligence artificielle en Afrique, ainsi que la préparation des pays du continent, doivent être renforcés.
Le développement de l’IA comporte pour l’Afrique d’importants bénéfices économiques. Les investissements en Afrique, mal connus, apparaissent toutefois insuffisants. Les annonces récentes des Gafa sur leurs investissements dans l’IA et les infrastructures de données en Afrique portent sur des montants limités, tandis que les investissements de start‑up africaines dans le domaine se bornaient à environ 108 millions de dollars en 2024.
Afin de favoriser les investissements nécessaires, la préparation du continent africain au développement de l’IA doit être renforcée. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le niveau de préparation à l’IA relève de facteurs tels que l’infrastructure numérique, le capital humain, les politiques relatives au marché du travail, l’ouverture à l’innovation et à l’intégration économique, ainsi que la régulation et l’éthique. Selon l’AI Preparedness Index (AIPI) du FMI, le score AIPI moyen en Afrique se trouve près de 13 points en dessous de la moyenne mondiale (47,6). Le faible niveau moyen de préparation à l’IA de l’Afrique masque d’importantes hétérogénéités. Les Seychelles (53,1), l’Île Maurice (52,5) et l’Afrique du Sud (49,7) sont au-dessus de la moyenne mondiale. La Tunisie, le Kenya, le Rwanda et le Maroc se rapprochent de la moyenne et font partie des huit pays les mieux préparés en Afrique.
Renforcer la préparation à l’intelligence artificielle et l’attractivité des pays africains suppose la mise en œuvre de stratégies de développement spécifiques. Les investissements en recherche et développement (R&D) insuffisants en Afrique subsaharienne entravent le développement des technologies de rupture. En Afrique subsaharienne, les investissements insuffisants dans la R&D, parmi les plus faibles au monde limitent la capacité à innover. Par ailleurs, le capital risque mobilisé sur le continent reste modeste à l’échelle mondiale. En 2024, le capital risque a totalisé 2,6 milliards de dollars sur le continent, soit moins d’un pour cent du volume mondial, dont 30 % étaient orientés vers le secteur financier, principalement à travers des fintech.

Le développement de l’IA requiert une main d’œuvre hautement qualifiée, mais la rareté des formations adaptées et la fuite des talents vers d’autres régions du monde compromettent la constitution d’un écosystème durable. Seulement 10% des Africains occupent des emplois numériques hautement qualifiés, le taux le plus bas au monde. En Afrique subsaharienne, seuls 9% de la population ont accès à l’enseignement supérieur, contre 40% au niveau mondial 14, et moins de 25% des étudiants africains dans l’enseignement supérieur suivent des formations en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM).
L’accès restreint aux infrastructures numériques de base, notamment à internet, constitue également un frein majeur au développement et à l’exploitation des technologies avancées sur le continent africain. L’absence de cadres réglementaires solides freine le développement d’une IA éthique et sécurisée en Afrique. L’Afrique enregistre un score moyen de 8,6 sur le pilier « régulation et éthique », soit un niveau significativement inférieur à la moyenne mondiale, établie à 12,1.
La faiblesse des infrastructures de données en Afrique constitue un frein à l’essor de l’IA sur le continent et à la souveraineté numérique. L’Afrique dispose de 160 centres de données, qui ne représentent que 5,5% des installations dans le monde. Le Maroc dispose de 25 centres, suivi de l’Égypte (22), de l’Afrique du Sud (20) et du Nigéria (16). Les choix de localisation des centres comportent des enjeux de souveraineté numérique : héberger les données sur le territoire national permet d’optimiser les flux de trafic intra‑africains, d’exercer un meilleur contrôle des coûts (arbitrages entre les conditions tarifaires des centres délocalisés et nationaux) et des conditions de collecte et de partage des données collectées (notamment au regard de la protection des données privées).
Toutefois, l’implantation de tels centres engendre également d’importants dilemmes de développement, compte tenu de l’insuffisance de la production et de la distribution d’électricité. Cette insuffisance pourrait conduire à un arbitrage en faveur de centres de données délocalisés, avec pour corollaire une perte de souveraineté numérique et d’opportunités économiques.
L’avènement des stratégies d’IA sur le continent, en cours de généralisation, matérialise un effort des États africains pour bénéficier des effets de cette révolution numérique, mais crée de nouveaux défis financiers. À ce jour, 12 pays africains (l’Île Maurice, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Kenya, le Nigéria, la Zambie, l’Égypte, le Maroc, l’Algérie, le Bénin, le Sénégal et la Côte d’Ivoire) disposent d’une stratégie nationale pour l’IA. Dans la CEMAC, la stratégie du Cameroun est en cours d’élaboration. Les stratégies nationales des pays de l’UEMOA (Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire) comportent de nombreux axes communs, à savoir :
- Renforcer les compétences locales dans le domaine de l’IA;
- Élaborer des cadres réglementaires et éthiques qui encadrent l’activité de l’IA;
- Promouvoir la collaboration des secteurs public et privé et stimuler l’entrepreneuriat dans le domaine;
- Utiliser l’IA pour le développement durable, notamment dans l’agriculture, la santé, l’éducation et l’environnement;
- Renforcer les infrastructures numériques ainsi que leur accessibilité;
- Promouvoir les coopérations régionales et internationales.

