Wathinote: Pourquoi avons-nous peur de nos langues nationales ? , Mamadou Ibra Sy
FRANÇAIS
Si vous prenez un enfant Africain qui généralement entre à l’école à l’âge de 7 ans pour commencer l’étape d’acquisition de l’instrument de la connaissance, il lui faudra attendre l’âge de 11 à 13 ans avant qu’il ne soit prêt pour apprendre la réalité de la connaissance. Ces 4 à 6 ans passés à étudier l’anglais, le français ou l’arabe constituent en effet 4 à 6 ans de retard dans la marche vers l’acquisition de la connaissance.
Donc comparé à l’enfant Français, Arabe ou Américain, l’enfant Africain qui amorce l’étape d’acquisition de l’instrument de connaissance traine un déficit énorme, déficit qui pourrait déterminer sa place dans la société de demain, fossiliser son avenir et poser les jalons d’une discrimination certaine dans le futur.
La langue doit être perçue comme le moteur ou véhicule de la connaissance ; elle ne doit jamais constituer un obstacle, un rideau de fer à la connaissance. La langue doit faciliter la marche vers l’acquisition de la connaissance au lieu de l’enfreindre comme tel est le cas dans nos systèmes éducatifs africains.
Les neuroscientifiques américains ont pu démontrer qu’au-delà de 6 ans, ce qu’ils appellent « Window of opportunity », ou intervalle de temps durant lequel l’acquisition d’une langue étrangère est plus facile, commence à se fermer progressivement. Cela veut dire que l’enfant apprend les langues étrangères avec plus de difficultés. Ce qui va surement retarder l’acquisition de la connaissance chez l’enfant africain.
L’enfant africain perd ainsi doublement : il passe un temps énorme à apprendre l’outil de communication et non la connaissance, il le fait au moment où la fenêtre des facultés d’acquisition de cette langue est neurologiquement en train de se fermer.
Ces études neuroscientifiques montrent l’ampleur du mal en Afrique de manière globale. En d’autres termes, pourquoi demander à un enfant qui a déjà les prédispositions pour accéder à la connaissance de faire un détour linguistique de quelques années avant d’arriver à la réalité de la connaissance ? L’enfant maîtrise déjà l’instrument de connaissance et est prêt pour la connaissance. Entendons-nous bien, par langue étrangère, nous faisons allusion à toute langue autre que celle parlée dans l’univers immédiat où évolue l’enfant.
Les Négro-africains de la Mauritanie ne rejettent pas l’Arabe en tant que langue, mais plutôt son usage comme arme politico-culturelle darwinienne. Ici apparaît la discrimination. Il faut comprendre cette logique pour comprendre les dangers de la politique d’arabisation initiée par les autorités. Elle est une réponse calibrée et sélective pour seulement une portion de la jeunesse mauritanienne ; elle adresse uniquement le challenge que les enfants maures vont rencontrer s’ils doivent étudier la langue de Molière.
L’arabisation est de ce fait une réponse politique et discriminatoire dès lors qu’elle résout le problème d’une catégorie sociale et maintien l’autre défavorisée. Vue sous cet angle, l’arabisation est un crime politique et un élan génocidaire culturel et linguistique.
Et bien sûr nous ne disons pas qu’il ne faut pas apprendre les autres langues ; bien au contraire. La langue fait de la diplomatie mieux et plus que les meilleurs diplomates. Mais ce que nous pensons c’est que les connaissances de base peuvent et doivent être enseignées en langues nationales, parallèlement à l’acquisition des autres langues. L’erreur à éviter, a notre avis, c’est de faire de la langue étrangère une condition primaire à l’acquisition de la connaissance.
Nos populations et l’Etat mauritanien doivent comprendre que l’enseignement des langues nationales, et de toutes nos langues nationales, est la voie la plus sure pour sortir de la situation actuelle et pour finalement enseigner à nos enfants la réalité de la connaissance. Il faut comprendre que si la culture est le grenier des sociétés humaines, la langue constitue la clef pour y accéder et le cadenas pour préserver ces cultures. Nous avons déjà perdu 50 ans ; nous pensons que cela est assez.
Nous demeurons en effet convaincu que toute réflexion sur le système éducatif en Mauritanie et dans le reste de l’Afrique doit passer forcement par la valorisation des langues nationales, de toutes les langues nationales. Nos langues constituent la voie la plus sure pour accéder à la connaissance.
ENGLISH
If you look at African children, who usually enroll in school at the age of 7 years to start the step of knowledge acquisition, they have to wait until the ages of 11 to 13 years to be ready to learn the reality of knowledge. These 4 to 6 years spent studying English, French or Arabic represent a major delay in the acquisition of knowledge.
Compared to the French, Arab or American children, African children who begin the phase of acquisition of the knowledge instrument lag far behind. This could determine their future place in society, fossilize it and lay the groundwork for discrimination in the future.
Language must be perceived as the engine or vehicle of knowledge. It should never be an obstacle, an iron curtain that blocks knowledge. Language should facilitate progress towards knowledge acquisition instead of hindering it, as is the case in our African education systems.
The American neuroscientists have demonstrated that beyond 6 years, what they call “Window of opportunity”, or time interval during which the acquisition of a foreign language is easier, starts to close gradually. This means that beyond that age, children learn foreign languages with more difficulty. This will probably delay the acquisition of knowledge by the African child.
African children lose doubly: they spend a great amount of time learning the communication tool instead of the knowledge and they do it at the time when the window of the language-learning ability is neurologically closing.
These neuroscientific studies show the seriousness of the issue in Africa. Why ask a child who already has the predisposition to access knowledge to make a linguistic detour for a few years before getting to the reality of knowledge? The child has already mastered the instrument of knowledge and is ready for the knowledge. Let us be clear, by foreign language, we refer to any language other than that spoken in the immediate universe where the child develops.
The black Mauritanians do not reject Arabic as a language but rather its use as a Darwinian politico-cultural weapon. From there comes discrimination. We must understand this logic to understand the dangers of the Arabization policy initiated by the authorities. It is a calibrated and selective response for a portion of the Mauritanian youth; it only addresses the challenges Moorish children will face if they are to learn the language of Molière.
Arabization is therefore a political and discriminatory response as it solves the problem of one social group while keeping the other disadvantaged. From this perspective, Arabization is a political crime, and a cultural and linguistic genocide.
Of course we are not saying that we should not learn other languages, on the contrary. Language is better at diplomacy than the best diplomats. However, we think that basic knowledge can and should be taught in national languages, concurrently with the acquisition of other languages. The mistake to avoid, in our opinion, is to make foreign languages a primary condition for the acquisition of knowledge.
Our people and the Mauritanian government must understand that the teaching of national languages is the surest way out of the current situation and to finally teach our children the reality of knowledge. We must understand that if culture is the breadbasket of human societies, language is the key to access it and the padlock to preserve these cultures. We have already lost 50 years and that is enough.
We indeed remain convinced that any reflection on the education system in Mauritania and the rest of Africa must necessarily go through the promotion of national languages, all national languages. Our languages are the surest way to access knowledge.
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