Catégorie : Contributions mars/avril 2016

Africa can rise through apprenticeship

Africa can rise through apprenticeship

Carl Manlan

Africa’s rise is challenged by global uncertainty and lower commodity prices. It calls for a structural transformation. There is no miracle. Or maybe the miracle is called job creation backed by policies that ensure the linkages between growth and jobs.

The shared vision of #AfricaWeWant lies in our individual and collective ability to partake in a broad-based economy where everyone is invited according to their skills. There are opportunities for skill diversification into value-added agriculture and agro-industry, processing of mineral resources, and the recycling of Africa’s waste. While these may not look like jobs in Dakar, Lagos, Abidjan, Bamako, Conakry or Cotonou, we need to redirect the productive energy of our citizens according to the current economic framework. Other sectors such as manufacturing, tourism and information technology can play a critical role in ensuring that Africa’s youth find a productive outlet to contribute to economic growth.

Africa is home to 50% of the world primary-school-age children who have been deprived of the opportunity to study.

Africa is home to 50% of the world primary-school-age children who have been deprived of the opportunity to study. Our education system needs to be reformed to match skills required by the current and planned economic framework. Our response to external shock should be to create jobs along the value chain of Africa’s natural resources. We must become masters of apprenticeship. Maybe this is the piece that was missing in the Africa is rising puzzle.

Forbes Africa, recently published the story of the multi-billionaire head of Coscharis Motors, Cosmas Maduka. At age seven, little Cosmas was withdrawn from Elementary Three to serve as an automobile apprentice to a maternal uncle in Lagos. It was a bumpy ride, but we know where it got to. The key lesson in terms of apprenticeship is best captured by Cosmas’s advice: You can start any mean job as a stepping stone to where you want to be.

The opportunities are plenty

The United Nations Development Programme reports that the average cocoa farmer is more than 50 years old and few young people are getting involved in the sector, yet Côte d’Ivoire and Ghana represent 60% of the world production. Neither countries can continue to just be suppliers of primary and intermediate derivatives of cocoa. The growing middle class’s consumption of chocolate demonstrates the potential along the cocoa value chain both in West Africa and beyond. There is a further potential to make Africa redirect its current food import bill. There is certainly no need to continue to spend $40bn per year when we have, 60% of the world’s uncultivated land in Africa, according to the Alliance for Green Revolution in Africa.

You can start any mean job as a stepping stone to where you want to be.

Apprenticeship not only provide skills but the relationship between the master of the trade and the apprentice is a significant part of reintroducing civic education into our societies. In Germany, about 60 percent of young people train as apprentices, in fields as diverse as advanced manufacturing, IT, banking, and hospitality. Africa will not be reinventing but capturing the essence of “Dual training” to address the skills deficit and mismatch. Youth in apprenticeship could “split their days between classroom instruction at a vocational school and on-the-job time at a company” thus embracing a public-private partnership that delivers professionals with skills, tools and behaviors that add value to the national discourse of social transformation.

Structural transformation is about the ability of Africans to use their skills to capture the value chain of our natural resources. Skills mismatch can become history in our lifetime. Wealth and wellbeing have their roots in our ability to work the land, transform the harvest and expand our domestic markets to lessen our reliance on foreign goods and skills.


Carl Manlan

Carl Manlan is an economist from Côte d’Ivoire currently serving as the Executive Secretary at Africa against Ebola Solidarity Trust, which was set up to harness African financial resources to support the African Union against the Ebola outbreak in West Africa. Prior to this, he was a Mo Ibrahim Fellow in the Office of the Executive Secretary of UN Economic Commission for Africa. In 2012, he earned a Master’s degree in public administration from Harvard’s Kennedy School of Government. In 2015, he was made Officier de l’Ordre National du Mérite du Bénin. He is a 2016 Aspen New Voices Fellow. 

Les incongruités de la politique de promotion de l’emploi des jeunes au Bénin

Les incongruités de la politique de promotion de l’emploi des jeunes au Bénin

Godfried Rodolphe Missinhoun

La conjonction de plusieurs facteurs tels que la crise économique et financière (2007-2009), le printemps arabe et l’accélération des processus de radicalisation des jeunes à l’échelle internationale ont tôt fait de replacer la problématique de l’emploi des jeunes au cœur des priorités dans toutes les régions du monde. De multiples fora tels que le G20 continuent d’en faire une question de « haute importance ». Les institutions internationales s’y sont aussi consacrées, avec leur réflexe universaliste de décréter l’agenda des politiques publiques « internationales ».

Le rapport du Bureau International du Travail (BIT) publié en 2013 par exemple a évoqué la question en des termes plutôt alarmants. Les décideurs politiques sont interpellés sur l’urgence de développer des politiques visant non seulement à remédier à la faiblesse des taux d’emplois productifs (jobless growth). Il leur est demandé de façon générale d’œuvrer à la mise en place d’alternatives crédibles pour lutter contre l’oisiveté des jeunes et ses corollaires tels que la radicalisation. A l’échelle du continent africain, la Banque Africaine de Développement (BAD), la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), à travers un rapport conjointement publié en 2012, ont formulé un plaidoyer pour la promotion d’une croissance qui favorise l’emploi productif. Le continent a été flatté de toutes parts pour avoir réussi à sortir du piège des décennies perdues et stagnantes des années 80 et 90.

Dans l’air du temps, le président béninois Yayi Boni a exprimé, tout au long de son deuxième mandat sa compassion concernant la situation de précarité des jeunes « qu’il porte dans son cœur ». Il les a invités à plusieurs reprises au palais de la Marina pour les entretenir de l’aumône qui a été préparée pour eux, puisqu’il s’agit bien de compatir à leur situation. Ce ne sont pas les annonces et les effets d’annonce qui auront manqué durant ces cinq dernières années au Bénin, notamment en matière de promotion de l’auto-emploi et de l’entreprenariat.

L’Etat n’a pas vocation à se substituer au secteur privé, qui doit être le moteur de la création d’emplois pour les jeunes.

Le fait nouveau, c’est que le gouvernement du Bénin n’a pas eu besoin de programmes d’ajustement structurel, ni des institutions de Bretton Woods et encore moins du consensus de Washington, pour expliquer aux jeunes diplômés que l’emploi dans la fonction publique devrait être maintenu à une taille réduite. L’Etat n’a pas vocation à se substituer au secteur privé, qui doit être le moteur de la création d’emplois pour les jeunes. Ces derniers ne devraient pas espérer des recrutements systématiques dans l’administration publique, dont leurs ainés ont eu à bénéficier jusque vers la fin des années 80. Il ne pourrait en être autrement dans la mesure où ces aînés qui ne représentent que «1% de la population absorbent déjà 40% des recettes publiques », comme aimait à le rappeler le président Yayi Boni.

Peu importe si ces aînés ont soutenu les jeunes dans l’obtention de leurs diplômes, sans demander des comptes sur l’utilisation de leur contribution aux ressources publiques. Peu importe, s’ils doivent continuer à subir les exigences de la famille élargie, qu’un taux de dépendance encore élevé leur inflige. Pour les jeunes Béninois aux « bras courts », c’est-à-dire ne disposant pas de réseau social influent, le niveau de transparence dans le rythme de remplacement au sein de l’administration publique et notamment les concours de recrutements problématiques, est un réel obstacle.

Son salut est bien tracé : le développement du secteur privé et la promotion de l’auto-emploi. . Plutôt rassurant, à première vue. En raison de l’amélioration de l’environnement des affaires, le Bénin ayant été classé récemment parmi les pays africains les plus réformateurs, notamment grâce à la mise en place d’un guichet unique opérationnel qui facilite la création d’entreprises en un temps réduit. En raison des multiples initiatives de promotion de l’emploi : fonds de promotion de l’entreprenariat et de l’emploi des jeunes, centres de ressources pour l’entreprenariat, agence nationale pour l’emploi, fonds national de microfinance, projet de promotion de l’entreprenariat agricole…

On explique au jeune que la voix de l’auto-emploi est la meilleure pour se prendre en charge alors qu’il peut aisément s’apercevoir que les plus riches ne sont pas ceux qui font le plus d’efforts.

Les rencontres présidentielles sur l’emploi des jeunes ont souvent été des rendez-vous de chiffres et d’énumération de programmes. Il est à se demander si le nombre important de jeunes qui assistent à ces rencontres au palais de la République est représentatif de la jeunesse béninoise. Se retrouvent-ils dans ces kermesses ? Il semble bien que les inquiétudes des jeunes n’aient pas été pour autant apaisées, l’emploi demeurant toujours leur première préoccupation.

En dépit du discours officiel, les initiatives en place ne sont pas de nature à favoriser une émulation des jeunes vers le salut tout tracé de l’auto-emploi. Pourquoi prendre autant de risques alors qu’on peut s’enrichir bien plus facilement dans la fonction publique ? Pourquoi déployer tant d’énergie, de ressources et d’efforts pour une issue risquée alors que l’alternative du fonctionnariat peut conduire à des résultats moins incertains ?

On explique au jeune que la voix de l’auto-emploi est la meilleure pour se prendre en charge alors qu’il peut aisément s’apercevoir que les plus riches ne sont pas ceux qui font le plus d’efforts. Les modèles de réussite que le jeune côtoie lui démontrent à suffisance qu’il n’est point besoin de mériter ce que l’on gagne. L’enrichissement n’a pas besoin d’être légitimé, mais plutôt d’être entretenu.

Les tensions fréquentes entre les opérateurs privés et le pouvoir politique ne sont pas non plus de nature à inciter le jeune à l’auto-emploi. L’amenuisement de la frontière entre les élites politiques et les opérateurs économiques, la politisation du secteur public et les connivences flagrantes entre l’administration publique et les promoteurs privés sont des freins au renforcement de l’initiative privée. On dit au jeune qu’il sera tenu de partager les fruits de ses efforts, non pas par un devoir citoyen de participation au bien-être collectif, mais sous la pression de l’administrateur public dont il devra prévoir la dîme (personnelle).

Il me semble que le discours sur la promotion de l’auto-emploi et de l’entrepreneuriat doit être concilié avec des incitations à la « méritocratie ».

On demande au jeune de prendre goût à la compétition alors qu’il s’aperçoit qu’il lui faudra s’abonner aux négociations occultes pour postuler à la commande publique, sous peine de courir le risque de redressements fiscaux fallacieux. A force de jeux troubles associant promoteurs privés et élites politiques et administratives, l’enrichissement par la capacité créatrice et l’innovation propre à l’opérateur privé a été délégitimé. Il devient difficile pour le jeune de cerner sa part de devoir citoyen comme contributeur au bien-être collectif puisqu’il a l’impression de créer son entreprise pour la promotion et l’enrichissement de fonctionnaires véreux.

Il y a beaucoup de débats sur l’employabilité des jeunes, l’adéquation formation-emploi, mais aussi la préparation des jeunes à la culture entrepreneuriale. La Côte d’Ivoire a par exemple entrepris d’introduire la culture entrepreneuriale dès l’école maternelle et primaire. Toutes ces initiatives ne produiront que des effets limités si les incitations en place ne sont pas revues. Il me semble que le discours sur la promotion de l’auto-emploi et de l’entrepreneuriat doit être concilié avec des incitations à la « méritocratie ».

Une fois encore, c’est bien l’élite politique et son désormais disciple de connivence, l’administrateur public, qui portent la responsabilité d’inciter le jeune à l’entreprenariat. Ce n’est pas de leur discours, mais bien de leur remise en cause fondamentale que le jeune tirera son salut de promoteur privé.

 

Crédits photo: banque mondiale


Godfried Rodolphe Missinhoun

Godfried Rodolphe Missinhoun est économiste, diplômé de Sciences-po, Paris. Il a une expérience dans la pratique du développement international. Il est actuellement l’économiste principal pour l’Afrique de l’Ouest à la Banque islamique de développement. Il a également servi à la Commission de l’Union africaine en Éthiopie et au Programme des Nations Unies pour le développement en Guinée Bissau.