

Type de publication : Rapport
Date de publication : Juin 2026
Site de l’organisation : Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
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Entre février et avril 2026, l’offre mondiale de pétrole a diminué de 12 %, tandis que la production des pays du Golfe reculait de 45 % au mois d’avril. L’offre mondiale de gaz serait également inférieure de 15 % aux prévisions initiales. Selon le scénario retenu, la croissance mondiale pourrait ralentir à 2,8 % en 2026, voire tomber à 2,1 %, puis à 1,8 % en 2027 si les perturbations persistent. Dans le même temps, l’inflation continuerait d’augmenter, accentuant les pressions sur les ménages, les entreprises et les finances publiques. Si les perturbations se prolongent jusqu’en 2027, les perspectives se détérioreraient nettement. La croissance mondiale tomberait à 2,1 % en 2026, puis à 1,8 % en 2027, tandis que l’inflation resterait durablement élevée, sous l’effet de la persistance des tensions sur les marchés de l’énergie et des matières premières. Ce scénario illustre le risque d’une combinaison de faibles croissances et de forte inflation, qui compliquerait les décisions des banques centrales et des gouvernements. Ces données montrent qu’un conflit régional peut rapidement produire des conséquences à l’échelle mondiale. Les perturbations du détroit d’Ormuz ne touchent pas seulement le pétrole, mais également le gaz naturel liquéfié, les engrais, les produits pétrochimiques et d’autres intrants essentiels à l’industrie et à l’agriculture. Elles révèlent la forte interdépendance des économies et la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales face aux chocs géopolitiques.
Ce rapport présente un intérêt particulier pour les pays africains, dont beaucoup dépendent des importations de produits énergétiques, d’engrais et de biens manufacturés. Il permet de mieux comprendre comment une crise géopolitique éloignée peut entraîner une hausse des prix, accroître les tensions budgétaires et alimentaires, ralentir la croissance et souligner la nécessité de politiques publiques plus résilientes face aux chocs extérieurs. La vulnérabilité des économies tributaires d’un point de passage unique démontre la nécessité d’intensifier les efforts visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement – en l’espèce, de diversifier en particulier les approvisionnements en énergie – et à améliorer l’efficacité énergétique. À court terme, les mesures d’urgence prises pour restreindre la demande et la coordination internationale des réserves stratégiques d’énergie peuvent contribuer à atténuer les effets de la contraction de l’offre, mais il est plus urgent que jamais d’investir davantage pour s’affranchir de la dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles. Pour les pays de la zone WATHI, le rapport montre qu’une crise géopolitique, même éloignée, peut avoir des conséquences rapides sur les économies nationales. La hausse des prix du pétrole, du gaz, des engrais ou des céréales se transmet rapidement par le biais des importations, ce qui pèse à la fois sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages. Cette vulnérabilité est d’autant plus forte que les dépenses d’alimentation et d’énergie représentent une part importante du budget des familles. La situation des engrais illustre bien cette dépendance. Les difficultés d’approvisionnement en urée observées dans les pays du Golfe peuvent affecter directement les campagnes agricoles en Afrique de l’Ouest. Dans une région où l’agriculture demeure un pilier de l’emploi, des revenus et de la sécurité alimentaire, une hausse durable du coût des intrants risque de réduire les rendements, d’alimenter l’inflation alimentaire et d’aggraver la précarité des ménages ruraux. Les performances agricoles dépendent donc aussi de l’évolution des marchés internationaux. Le rapport invite également à repenser les politiques de soutien mises en œuvre en période de crise. Les subventions généralisées sur les carburants ou l’énergie permettent de limiter temporairement la hausse des prix, mais elles mobilisent des ressources budgétaires considérables et ne bénéficient pas toujours en priorité aux populations les plus fragiles. Pour des États dont les ressources publiques restent limitées, des aides mieux ciblées apparaissent plus soutenables à long terme. Le rapport montre que les investissements dans l’intelligence artificielle ont soutenu la croissance dans plusieurs grandes économies avant l’aggravation du conflit. Mais ces activités reposent elles-mêmes sur une alimentation électrique fiable et sur des composants industriels dont l’approvisionnement peut être perturbé. Pour les pays de la zone WATHI, cela rappelle que la transformation numérique ne peut progresser durablement sans investissements dans les infrastructures énergétiques. Le document attire également l’attention sur la vulnérabilité des grands axes du commerce mondial. Les difficultés rencontrées dans le détroit d’Ormuz montrent qu’un seul point de passage peut perturber les échanges internationaux. Pour l’Afrique de l’Ouest, ce constat souligne l’intérêt de renforcer les infrastructures portuaires, les corridors de transport, les capacités de stockage et les connexions régionales afin de mieux résister aux ruptures d’approvisionnement. Enfin, la méthode retenue par l’OCDE mérite elle aussi d’être soulignée. Plutôt que de bâtir ses prévisions sur un seul scénario, l’organisation examine plusieurs trajectoires possibles selon l’évolution de la crise. Cette démarche pourrait inspirer les pays de la zone WATHI dans la préparation de leurs budgets et de leurs stratégies sectorielles. Intégrer plusieurs hypothèses sur l’évolution des prix de l’énergie, des engrais ou des produits alimentaires permettrait de rendre les politiques publiques plus réactives face aux incertitudes. Au fond, ce rapport rappelle qu’une économie résiliente n’est pas seulement une économie qui affiche une forte croissance. C’est aussi une économie capable de faire face à une hausse des prix, à des perturbations des échanges internationaux ou à un choc énergétique sans remettre en cause son fonctionnement. Pour les pays de la zone WATHI, cela suppose de renforcer la sécurité énergétique, de réduire la dépendance aux intrants importés, de mieux cibler les dépenses publiques et d’approfondir l’intégration économique régionale.
Les extraits proviennent des pages : 9, 10, 16, 17, 18, 24, 25, 26, 345
Développements récents
La poursuite du conflit freine la croissance économique mondiale
Le conflit en cours au Moyen-Orient entraîne des coûts humains considérables pour les pays directement impliqués et met à mal l’économie mondiale, en raison des imbrications entre les économies touchées et le reste du monde (graphique 1.1). La poursuite des perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz ainsi que les dommages occasionnés aux infrastructures énergétiques et autres paralysent l’approvisionnement mondial de produits de base essentiels. L’offre mondiale de pétrole a chuté de 12 % entre février et avril 2026, et la production de pétrole des économies du Golfe s’inscrivait en baisse de 45 % en avril (AIE, 2026a). Les exportations de GNL de la région sont également à l’arrêt, compte tenu des dommages subis par les installations de production essentielles, notamment au Qatar. L’approvisionnement mondial en gaz devrait être ainsi inférieur d’environ 15 % aux prévisions antérieures, du fait des pertes infligées par le conflit (AIE, 2026b). On constate aussi une réduction de l’approvisionnement de nombreux autres intrants industriels provenant de l’extraction d’hydrocarbures, notamment les engrais, l’hélium, le soufre et les composés pétrochimiques. Les prix des produits de base concernés ont fortement augmenté, en particulier sur les marchés asiatiques, qui sont fortement tributaires des importations en provenance de la région du Golfe en comparaison d’autres économies.
Le conflit en cours au Moyen-Orient entraîne des coûts humains considérables pour les pays directement impliqués et met à mal l’économie mondiale, en raison des imbrications entre les économies touchées et le reste du monde
La concurrence pour des ressources rares exacerbe les tensions, en particulier pour les produits combustibles raffinés plus difficiles à obtenir et les produits dont les économies du Golfe sont de grands producteurs, ce qui accroît les prix du marché au comptant. Par rapport au 27 février, les prix du brut, des produits pétroliers, du gaz naturel, du soufre et des engrais, tels que l’urée, ont tous fortement augmenté (graphique 1.2, partie A). L’offre d’autres produits de base, dont l’hélium, qui entre dans la fabrication de produits industriels tels que les semi-conducteurs, est-elle aussi perturbée, même si les effets sur les prix sont moins visibles parce qu’ils sont principalement vendus dans le cadre de contrats à long terme.
Si certains navires ont pu sortir du détroit après le cessez-le-feu en vigueur depuis avril, le trafic reste inférieur à son niveau d’avant le conflit (graphique 1.3, partie A). Les chaînes d’approvisionnement ont été réorganisées pour exporter du pétrole en provenance du Golfe et pour acheminer des marchandises vers la région par d’autres itinéraires, bien qu’à un rythme ralenti. L’engorgement demeure important dans des ports tels que Djeddah, sur la mer Rouge, et à Oman, juste à l’est du détroit d’Ormuz, où les marchandises sont déchargées pour poursuivre leur trajet dans la région par la route ou pour traverser le détroit à bord de navires beaucoup plus petits.
Le conflit a fortement réduit le trafic aérien, notamment dans les principales plaques tournantes du trafic aérien que sont le Qatar et les Émirats arabes unis, ce qui a eu des répercussions négatives sur les exportations de services aux entreprises et sur le tourisme. L’espace aérien du Golfe a désormais rouvert, mais le nombre de vols commerciaux reste nettement inférieur à ce qu’il était avant le conflit (graphique 1.3, partie B). Avant le conflit, les pays de la région représentaient environ 15 % du marché mondial du fret aérien et du transport aérien de passagers.
La conjoncture économique mondiale était relativement solide avant le conflit
Le conflit au Moyen-Orient s’est intensifié à un moment où l’économie mondiale était relativement solide. En rythme annualisé, la croissance mondiale s’établissait à 3.1 % au quatrième trimestre de 2025 et a continué de progresser à un rythme soutenu dans de nombreuses économies pendant une grande partie du premier trimestre 2026. Les investissements liés aux technologies se sont renforcés dans plusieurs économies, avant tout aux États-Unis, mais aussi au Canada et dans plusieurs pays européens, dont l’Estonie, la Lituanie et la Suède. Ces investissements ont soutenu la production industrielle de produits liés aux technologies, surtout dans les économies asiatiques. En Chine et en Corée, la vigueur de la croissance du PIB au premier trimestre de 2026 a été favorisée par une forte augmentation de la production et des exportations de semi-conducteurs.
On constate aussi une réduction de l’approvisionnement de nombreux autres intrants industriels provenant de l’extraction d’hydrocarbures, notamment les engrais, l’hélium, le soufre et les composés pétrochimiques
L’augmentation des exportations de semi-conducteurs a également contribué à une croissance solide au Japon au premier trimestre, favorisée par la résilience de la demande intérieure. Au Royaume-Uni, le PIB a bien progressé au premier trimestre, soutenu par l’accélération de la demande intérieure. On a observé des signes de ralentissement dans d’autres pays, y compris dans la zone euro ; en Allemagne, la croissance a été vigoureuse au premier trimestre, tandis qu’elle s’est modérée en Italie et s’est contractée en France.
D’après des estimations, la production a baissé dans certains pays, dont l’Arabie saoudite, le Chili, Israël, la Malaisie, le Mexique et la Suède. Globalement, les bilans des ménages étaient généralement solides dans les économies avancées lorsque le conflit s’est intensifié. Les réserves d’épargne étaient importantes dans la plupart des économies, avec des taux d’épargne supérieurs à la moyenne de la période 2015-2019 en Europe, en Australie et au Canada.
La situation des bilans des entreprises était plus contrastée selon les pays. Alors que l’excédent brut d’exploitation en pourcentage du PIB était nettement supérieur à la moyenne de la période 2015-2019 dans certaines économies, notamment au Canada et en Norvège, il était sensiblement inférieur dans d’autres, comme en Lettonie, en Lituanie et en Pologne.

La dynamique des échanges mondiaux s’est également montrée vigoureuse. Selon les estimations, les volumes d’échanges de biens et de services ont augmenté de 5.0 % en 2025, soutenus par une diminution régulière de l’incertitude entourant la politique commerciale (graphique 1.8, partie A) et la vigueur des échanges liés à l’IA (graphique 1.9, partie A). La Chine et de nombreuses autres économies d’Asie ont connu une croissance particulièrement forte (graphique 1.8, partie B), les volumes d’exportations ayant augmenté d’environ 16 % au Viet Nam en 2025 et d’environ 11 % en Chine, grâce à la hausse des dépenses dans le secteur technologique ainsi qu’à une demande d’importations plus soutenue de la part des économies émergentes.
Les exportations de la Corée et du Japon ont elles aussi progressé au premier trimestre de 2026. En revanche, les échanges de véhicules automobiles étaient relativement faibles à la fin de l’année 2025 (graphique 1.9, partie A). Les données mensuelles pour 2026 du CPB indiquent une poursuite de la forte croissance des échanges de marchandises, surtout dans les économies avancées d’Asie, mais un net ralentissement des volumes totaux d’échanges de marchandises en mars sous l’effet d’une forte baisse des exportations en Afrique et au Moyen-Orient.

Les changements intervenus dans les politiques commerciales des États-Unis depuis novembre ont fait baisser le taux effectif des droits de douane (calculé ex ante) sur leurs importations de marchandises de 14 % au moment de la publication des Perspectives économiques de l’OCDE de décembre 2025 à environ 9.6 %, en tenant compte de toutes les mesures annoncées jusqu’au 6 avril 2026. Après que la Cour suprême des États-Unis a jugé en février que l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) n’autorisait pas l’imposition de droits de douane, les États-Unis ont appliqué de nouveaux droits de douane de 10 points de pourcentage à tous les pays. Toutes les marchandises importées sont visées, à l’exception des produits faisant l’objet de droits sectoriels distincts ou des produits expressément exemptés, ainsi que les importations de marchandises conformes à l’ACEUM en provenance du Canada et du Mexique.
Le conflit au Moyen-Orient s’est intensifié à un moment où l’économie mondiale était relativement solide. En rythme annualisé, la croissance mondiale s’établissait à 3.1 % au quatrième trimestre de 2025 et a continué de progresser à un rythme soutenu dans de nombreuses économies pendant une grande partie du premier trimestre 2026
Les droits de douane sectoriels, mis en place à la suite d’enquêtes menées par le Bureau du représentant américain au commerce, restent en vigueur, bien qu’un certain nombre de modifications aient été annoncées en avril. Le changement des droits de douane effectifs appliqués par les États-Unis varie beaucoup d’une économie à l’autre, avec des réductions importantes pour la Suisse et pour plusieurs économies de marché émergentes, dont le Brésil, la Chine et l’Inde.
Ces taux pourraient de nouveau évoluer dans les mois à venir. Les droits de douane de 10 points de pourcentage expireront fin juillet 2026, sauf s’ils sont prolongés par le Congrès, et un nouveau régime tarifaire sur les produits pharmaceutiques devrait entrer en vigueur aux États-Unis le 31 juillet 2026. Les conséquences probables sont incertaines, mais pourraient être minimes dans le cas où de nombreuses exemptions sont appliquées, les hausses des droits de douane bilatéraux se limitant à un petit nombre d’économies, principalement européennes, qui exportent beaucoup de produits pharmaceutiques.
Le conflit en cours au MoyenOrient engendre des coûts humains importants et met à l’épreuve la résilience d’une économie mondiale stimulée par la vigueur de l’activité sousjacente liée à l’IA. Les prix de l’énergie et d’autres intrants essentiels produits dans le golfe Persique ont fortement augmenté depuis février, tirant l’inflation globale vers le haut, et des signes de difficultés d’approvisionnement apparaissent dans un contexte de perturbations de la production et des exportations. Compte tenu de la situation exceptionnellement incertaine, les Perspectives économiques actuelles présentent deux scénarios distincts illustrant la manière dont l’économie mondiale pourrait évoluer au cours des dixhuit prochains mois.
Dans un scénario de perturbations limitées dans le temps, caractérisé par un redressement de la production d’énergie dans les économies du Golfe à partir du troisième trimestre de 2026, la croissance mondiale ralentirait en 2026, avant de se redresser en 2027. Un scénario de perturbations prolongées , dans lequel des contraintes d’approvisionnement persistent jusqu’au deuxième semestre de 2027, se traduirait par une croissance beaucoup plus faible et une inflation nettement plus élevée en 2026 comme en 2027.
La dynamique des échanges mondiaux s’est également montrée vigoureuse. Selon les estimations, les volumes d’échanges de biens et de services ont augmenté de 5.0 % en 2025, soutenus par une diminution régulière de l’incertitude entourant la politique commerciale (graphique 1.8, partie A) et la vigueur des échanges liés à l’IA
Le ralentissement pourrait être plus marqué si les investissements dans l’IA venaient à subir les effets négatifs de perturbations de l’approvisionnement en énergie et en autres produits essentiels, ou si des restrictions nationales à l’exportation étaient mises en place. Dans un contexte d’incertitude accrue, des politiques publiques souples et agiles sont nécessaires pour garantir la stabilité macroéconomique. Des priorités essentielles à moyen terme subsistent en outre, notamment la nécessité d’établir une trajectoire budgétaire crédible pour assurer la viabilité de la dette, de renforcer la sécurité et la résilience énergétiques, d’assurer une diminution durable des tensions commerciales et de renforcer les perspectives d’une croissance durable et résiliente.
Cette édition comprend une évaluation de la situation économique mondiale, un chapitre sur les mesures prises par les pouvoirs publics en réponse à la crise énergétique actuelle et sur les politiques visant à renforcer la résilience énergétique, un chapitre consacré aux conséquences économiques de l’augmentation des dépenses de défense, ainsi qu’un chapitre résumant les évolutions et fournissant des projections par pays. Tous les pays Membres de l’OCDE sont examinés, ainsi que certaines économies partenaires.

