

Type de publication : Rapport
Date de publication : Septembre 2025
Site de l’organisation : GI-TOC
Auteurs : Lucia Bird, Saša Đorđević, Fatjona Mejdini
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L’Afrique de l’Ouest est devenu un carrefour important des routes de trafic de cocaïne vers l’Europe depuis les années 1990. Étant une zone de relais, avec une position stratégique située entre les pays producteurs d’Amérique latine, les marchés européens de consommation de cocaïne et les centres émergents de cocaïne en Turquie, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la région se positionne comme un pôle logistique stratégique. Ce rapport retrace l’évolution ainsi que l’expansion des groupes Balkans occidentaux en Afrique de l’Ouest. À travers le développement d’alliances criminelles, ces groupes ont progressivement renforcé leur présence et leur ancrage dans « l’écosystème criminel » de la région. Le choix de ce document se justifie d’abord par son intérêt pour comprendre les dynamiques transnationales du trafic de cocaïne et les mécanismes qui facilitent l’implantation de réseaux criminels étrangers en Afrique de l’Ouest. Le rapport met en évidence plusieurs facteurs structurels : la position géographique de la région, les failles de gouvernance, la corruption, les insuffisances des dispositifs de renseignement et de sécurité ainsi que le développement des infrastructures de transport toujours plus importantes. Il souligne également la reconnaissance tardive de l’Afrique de l’Ouest dans la chaîne d’approvisionnement de la cocaïne, ce qui n’a pas favorisé la mise en place anticipés de mécanismes de surveillance ainsi qu’un fort investissement au niveau des renseignements. Les réseaux criminels exploitent les faiblesses et lacunes au niveau de la surveillance des dispositifs de contrôle, parfois avec la complicité ou la protection de certains acteurs étatiques, réduisant les risques d’intervention des autorités. A titre d’exemple, la probabilité d’interception d’une cargaison illicite grâce aux services de renseignement intérieur est réduite par la corruption et le manque de ressources dont souffrent de nombreuses unités spécialisées dans la lutte contre la drogue et la criminalité et même parmi de nombreuses autorités chargées de la sécurité et de la gestion portuaires. Le rapport à travers des données collectées à partir de la surveillance continue des marchés de la cocaïne en Afrique de l’Ouest met en lumière les méthodes et le fonctionnement des réseaux criminels, en cartographiant les différents acteurs impliqués et leurs modes opératoires. Il formule également des recommandations opérationnelles visant à contenir l’expansion de ces réseaux et à endiguer leur développement dans la région.
Le rapport offre plusieurs leçons pertinentes pour les pays de la zone de WATHI. Tout d’abord, il nous renseigne sur le fait que la vulnérabilité des infrastructures portuaires ne peut être traitée indépendamment de leur développement. En réalité, les ports les mieux connectés au commerce international sont certes les plus stratégiques pour les économies ouest-africaines mais en même temps sont, selon le rapport, les plus exposés à l’infiltration criminelle. Les investissements dans les ports de la région doivent être accompagnés d’investissements dans le renforcement des mécanismes de contrôle. Par ailleurs, le rapport établit un lien de causalité entre évolution croissante des groupes criminels en Afrique de l’Ouest et investissement massif dans la corruption des responsables locaux. Pour les autorités de la région, il s’agit de renforcer les mécanismes de prévention et de répression de la corruption, notamment dans les secteurs portuaire, douanier, sécuritaire et judiciaire. Il est également nécessaire d’améliorer les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent, en développant les capacités de supervision financière, de traçage des fonds et d’enquêtes financières parallèles aux enquêtes criminelles. Le rapport pointe la forte dépendance des ports de la région aux partenaires internationaux. En réalité, les saisies de cocaïne dans les ports reposent largement sur des informations fournies par ces partenaires, car le renseignement intérieur demeure souvent limité par le manque de ressources, la faiblesse des capacités techniques et le déficit de confiance entre les institutions. Pour les pays de la zone WATHI, il faudra investir davantage dans le renseignement, tout en renforçant la coopération entre les différents services, notamment, la police, les douanes, les autorités portuaires, les services de renseignement et les institutions judiciaires. Cette coopération devrait également s’étendre à l’échelle régionale et transcontinentale, notamment avec les pays d’Amérique latine, d’Europe et des Balkans occidentaux. In fine, le rapport pointe le rôle crucial des intermédiaires locaux dans les réseaux criminels. Ils sont identifiés comme les maillons les plus difficiles à remplacer. De ce fait, le ciblage de ces derniers doit être accentué, constituant ainsi une piste opérationnelle pour les autorités ouest-africaines. La seule concentration sur les cargaisons ne saurait suffire, un meilleur ciblage représente donc un levier d’action à fort impact.
Les extraits proviennent des pages : 7, 10, 11, 12, 13, 16, 17, 22, 28, 37, 40, 42, 43
Introduction
Le commerce mondial de la cocaïne a atteint un niveau sans précédent et continue de croître rapidement, notamment en Europe de l’Ouest, surchargeant les routes de trafic qui alimentent ce marché toujours plus lucratif. Entre 2011 et 2024, la présence de résidus de cocaïne dans les eaux usées municipales à travers l’Europe a augmenté de 149%, témoignant d’une consommation en forte hausse. Parallèlement, la production de cocaïne en Amérique latine a explosé, et cette offre croissante l’a rendue toujours plus abordable en Europe. L’Agence de l’Union européenne sur les drogues a enregistré une augmentation de 45% de l’accessibilité de la cocaïne entre 2015 et 2020.
L’Afrique de l’Ouest est un carrefour important des routes de trafic de la cocaïne vers l’Europe depuis les années 1990. Cependant, son importance a augmenté depuis 2019, quand la pression grandissante des forces de l’ordre a poussé les trafiquants à emprunter des routes plus indirectes. Certains analystes internationaux estiment qu’environ 30% de la cocaïne européenne transite désormais par l’Afrique de l’Ouest et prévoient que ce chiffre atteigne 50% d’ici 2030.
Entre 2019 et 2024, des volumes de plus en plus importants de cocaïne auraient été stockés dans la région. De nombreuses personnes utilisatrices de drogues ont rapporté une offre croissante durant cette période. Les prix de détail de la poudre de cocaïne ont diminué dans de nombreuses zones urbaines des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. En Guinée-Bissau, par exemple, des consommateurs ont rapporté que le prix de détail d’un gramme de chlorhydrate de cocaïne était passé de 20 dollars américains en 2022 à 14 dollars en mars 2024. De la même façon, au Ghana, les prix réels ont chuté de 60% entre 2019 et 2023. Bien que les saisies de drogue reflètent des dynamiques à la fois de perturbation et de protection du trafic, et qu’elles constituent des indicateurs peu fiables des volumes réels, une escalade rapide des saisies de cocaïne depuis 2019 corrobore d’autres indicateurs de croissance. Une partie de la cocaïne acheminée vers l’Afrique de l’Ouest reste dans la région pour la consommation locale, alimentant un marché croissant de crack et de poudre de cocaïne. Mais il s’agit d’une faible part, bien que grandissante. Une portion bien plus importante est acheminée plus loin, notamment vers l’Europe – soit directement, soit via l’Afrique du Nord ou la Turquie.
Selon l’Indice mondial du crime organisé de 2023, une étude menée par des experts sur l’ampleur et l’échelle de la criminalité et de la résilience qui lui est opposée, le trafic de cocaïne était le marché criminel à la croissance la plus rapide en Afrique de l’Ouest entre 2021 et 2023. Sans surprise, la région est également soumise à l’un des niveaux les plus élevés d’influence d’acteurs criminels étrangers, se classant seulement en deuxième position derrière l’Asie du Sud-Est en 2023, après avoir occupé la première place en 2021.
Le rôle de l’Afrique de l’Ouest dans la chaîne d’approvisionnement de la cocaïne vers l’Europe
Quatre facteurs clés font de l’Afrique de l’Ouest une plateforme toujours plus attractive pour le trafic de cocaïne : la géographie, les failles de gouvernance, la faible collaboration des forces de l’ordre dans le partage de renseignements entre l’Amérique latine, les Balkans occidentaux et les pays d’Europe de l’Ouest, ainsi que des infrastructures de transport toujours plus importantes. Chacun de ces facteurs sera examiné tour à tour.
Les groupes des Balkans occidentaux se sont révélés experts dans l’exploitation des failles de gouvernance pour infiltrer les points d’entrée et de sortie dans leurs sphères d’opérations, dont l’Équateur, le Brésil, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et les Balkans occidentaux. Des membres des groupes les plus importants des Balkans occidentaux se sont aussi vantés de leurs connexions dans les ports et les aéroports de pays africains. Par exemple, un ressortissant bosnien (nommé « Bosnien 1 » dans ce rapport), qui dirigeait un important réseau de trafic de cocaïne, aurait eu des connexions dans le port du Bénin, selon des messages interceptés et faisant partie du dossier pénal.
Le retard dans la reconnaissance de l’importance de l’Afrique de l’Ouest dans la chaîne d’approvisionnement de la cocaïne par les autorités européennes a abouti à des investissements limités dans le renseignement – et donc à une vision incomplète – ainsi qu’à peu de mécanismes de coopération. De même, les autorités des Balkans occidentaux font état d’une connaissance limitée du contexte ouest-africain et caractérisent leurs cadres de collaboration sur le trafic de cocaïne comme « pratiquement inexistants ».
En Afrique de l’Ouest, la probabilité d’interception de cargaisons illicites grâce aux services de renseignement intérieur est réduite par la corruption et le manque de ressources dans de nombreuses unités spécialisées dans la drogue et la criminalité, ainsi que parmi de nombreuses autorités chargées de la sécurité et de la gestion portuaires. Les forces de l’ordre et les agences de sécurité de nombreux ports ouest-africains rapportent que les saisies reposent majoritairement sur le renseignement international.
Les investissements soutenus dans les ports au cours de la dernière décennie ont stimulé une expansion majeure à travers l’Afrique de l’Ouest, notamment à Freetown (Sierra Leone) et Conakry (Guinée). Les plans pour continuer cette expansion dans un certain nombre de ports, comme Dakar (Sénégal) et Banjul (Gambie), annoncent une meilleure connectivité. Toutefois, les investissements pour augmenter la capacité portuaire ne s’accompagnent pas toujours d’améliorations dans le contrôle et l’inspection des cargaisons.
À l’avenir, l’importance de l’Afrique de l’Ouest dans le commerce de la cocaïne devrait probablement continuer de croître. La production en Amérique latine et la consommation en Europe ne montrent aucun signe de diminution tandis que l’instabilité politique, les conflits et les tensions économiques constituent des obstacles importants à la gouvernance régionale. Les investissements prévus dans les infrastructures de transport de la région sont par ailleurs considérables. La situation du renseignement est sans doute le facteur le plus susceptible d’évoluer à court terme, à condition que les investissements visant à renforcer ses capacités augmentent.
Ouverture de la route du Cap-Vert : Milan Rataj
À partir de 2014, le rôle du Cap-Vert dans les routes maritimes non-conteneurisées vers l’Europe s’est accru, avec des opérations de trafic de cocaïne passant largement sous les radars. Les membres haut placés des groupes des Balkans occidentaux entraient et sortaient facilement de l’archipel, tout comme les marins originaires des Balkans occidentaux liés au trafic.
Au début des années 2010, les alliances des groupes des Balkans occidentaux au Brésil étaient principalement nouées avec des réseaux criminels brésiliens plus petits ainsi qu’avec la ‘Ndrangheta italienne, avec qui ils avaient des relations commerciales de longue date. Cela a évolué dans la seconde moitié des années 2010, avec l’essor du PCC, aujourd’hui l’organisation criminelle la plus sophistiquée du Brésil.
Les changements dans la chaîne d’approvisionnement de la cocaïne ont créé une tempête parfaite favorisant l’expansion rapide du commerce en Afrique de l’Ouest, et les groupes des Balkans occidentaux étaient parfaitement positionnés pour en tirer parti. Avec quelque 50 unités actives estimées opérant en Amérique latine en 2024, selon Europol, les groupes disposaient d’une plateforme de lancement pour étendre leurs opérations via le hub occidental ouest-africain. Cela était une réponse directe à trois facteurs clés :
- La demande croissante en Europe attirant une part plus importante de volumes de cocaïne sans précédent.
- La pression accrue des forces de l’ordre et les saisies sur les routes directes entre l’Amérique latine et l’Europe.
- Le rôle croissant du Brésil comme nœud logistique dans le commerce de la cocaïne, qui a facilité les liens avec l’Afrique de l’Ouest grâce à son accessibilité géographique.
En raison des facteurs exposés dans la section ci-dessus (« Le rôle de l’Afrique de l’Ouest dans la chaîne d’approvisionnement de la cocaïne vers l’Europe »), l’Afrique de l’Ouest était une alternative logique pour les trafiquants cherchant un profit maximal tout en encourant un risque minimal. Il était aussi stratégiquement sensé pour les groupes des Balkans occidentaux, qui étaient déjà présents au Brésil, de s’étendre davantage vers l’Afrique de l’Ouest. Cette évolution n’était pas isolée mais s’inscrivait dans leur stratégie de positionnement mondial plus large.
La production de cocaïne en Amérique latine augmentait de manière constante depuis 2017, atteignant des niveaux record en 2020, dépassés les années suivantes. Les données indiquaient également une forte hausse de la consommation en Europe. En 2020, le continent représentait 21% des utilisateurs mondiaux de cocaïne, selon les chiffres de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Avec une demande en forte croissance, le marché européen représentait une part croissante de la consommation mondiale de cocaïne, alimentant fortement les routes du trafic vers l’Europe.
Sénégal
Le port de Dakar présente de loin le plus grand débit annuel dans le hub occidental : près de 900 000 EVP en 2024. Il dispose aussi des meilleures connexions avec les ports européens, dont plusieurs sont des portes d’entrée majeures de la cocaïne et où la présence des groupes des Balkans occidentaux est particulièrement marquée. Au moins neuf routes directes reliant Dakar à des ports espagnols – tels qu’Algésiras, Las Palmas et Valence – où les groupes des Balkans occidentaux sont connus pour opérer.
Le port de Dakar est ainsi très attractif pour les réseaux de trafic de cocaïne. Ce port est également bien relié par la route aux pays voisins, comme la Guinée-Bissau, la Sierra Leone et la Guinée, qui sont tous des points d’importation maritime de cocaïne. Une série de saisies de cocaïne à destination de Dakar, réalisées dans le sud-est du Sénégal depuis 2022, met en évidence l’existence de routes terrestres depuis les États voisins probablement utilisées pour transporter des cargaisons destinées aux exportations conteneurisées depuis le port de Dakar.
Les flux migratoires des Balkans occidentaux vers le Sénégal – souvent liés à l’activité criminelle – sont limités mais existent bien. D’après les données officielles, entre 2022 et 2024, 1 445 ressortissants des Balkans occidentaux se sont rendus au Sénégal. Ils venaient principalement de Serbie, du Monténégro et d’Albanie.
Cartographie des acteurs
Bien que les groupes de langue albanaise et slave travaillent généralement de façon indépendante, il existe des cas de coopération dans des entreprises criminelles spécifiques, lorsque leurs intérêts convergent. Dans de rares cas, des Albanais intègrent également des groupes de langue slave1. La structure organisationnelle des groupes impliqués dans le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest comprend des rôles distincts, généralement les suivants:
- Les chefs, qui négocient directement avec les producteurs de cocaïne en Amérique latine, donnent les ordres relatifs au transport et gèrent les finances, notamment la répartition des dépenses et des profits.
- Les intermédiaires, qui organisent et supervisent la logistique des opérations, planifient les routes de contrebande, coordonnent les opérations avec les contacts locaux en Afrique de l’Ouest, effectuent les transferts financiers et veillent à la sécurité opérationnelle. Les intermédiaires sont cruciaux dans les opérations en Afrique de l’Ouest, qu’ils soient établis dans la région de manière permanente ou pour une période de quelques mois. Ils disposent des connexions nécessaires en Afrique de l’Ouest et – directement ou indirectement – avec les structures régionales de protection. Dans certains cas, les réseaux semblent s’appuyer sur des entrepreneurs locaux pour superviser la logistique, sans présence physique en Afrique de l’Ouest, bien que cela soit moins courant dans le modus operandi des groupes des Balkans occidentaux.
- Les hommes de main, généralement des habitants des zones où sont menées les opérations, qui collectent et livrent la drogue, sécurisent les lieux de stockage et entretiennent des planques. Cette étude n’a pas identifié d’hommes de main en Afrique de l’Ouest, ni de violences qui leur soient liées.
Expansion géographique en Afrique de l’Ouest
Les groupes des Balkans occidentaux semblent actuellement plus actifs dans le hub occidental de l’Afrique de l’Ouest, mais une analyse plus approfondie d’autres pays de la région est nécessaire pour le confirmer. Un étude des zones où ces groupes sont déjà établis peut permettre de dégager plusieurs indicateurs pour aider à prévoir leurs futurs modes d’expansion. Parmi ceux-ci :
- La présence existante d’alliés, dont la ‘Ndrangheta, les groupes criminels organisés colombiens ou le PCC. Parmi ceux-ci, la ‘Ndrangheta demeure l’alliée la plus utile en Afrique de l’Ouest, particulièrement car elle a été affaiblie ces dernières années, fait face à des pressions financières croissantes et pourrait ainsi céder du terrain aux groupes des Balkans occidentaux.
- Les faiblesses de gouvernance dans les infrastructures portuaires maritimes, qui créent des points d’entrée propices à l’implantation.
- Les infrastructures portuaires disposant d’un fort potentiel d’exportation vers l’Europe, la Turquie ou l’Australie. Les ports largement desservis par les lignes de transport maritime de la MSC sont particulièrement vulnérables : bien que MSC ait considérablement renforcé ses procédures de contrôle, quelques groupes des Balkans occidentaux semblaient privilégier l’infiltration de cette compagnie. Cette matrice suggère que les pays suivants se distinguent comme particulièrement vulnérables à une pénétration et un enracinement accrus des groupes criminels organisés des Balkans occidentaux.
Recommandations
Renforcer la coordination entre les institutions publiques – ainsi qu’entre les secteurs public et privé – à travers l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique latine et l’Europe offre une opportunité stratégique pour maximiser l’impact de ressources limitées. À mesure que l’intérêt commun pour la lutte contre le trafic de cocaïne grandit, une meilleure coopération peut renforcer le partage d’informations, rationaliser l’utilisation des ressources et soutenir des interventions conjointes plus efficaces.
Forte d’une décennie de collaboration renforcée avec les États d’Amérique latine dans la lutte contre le trafic de cocaïne, les États européens devraient tirer parti des enseignements acquis pour s’engager de manière similaire en Afrique de l’Ouest, tant sur le plan diplomatique qu’opérationnel. La leçon principale consiste à agir rapidement et efficacement pour éviter que les mécanismes de coopération ne se retrouvent à la traîne par rapport à l’évolution de la menace, et que les États européens ne se retrouvent contraints de réagir dans l’urgence face à des événements imprévus.
Les opérations du Centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants de l’Union européenne ont connu un très grand succès. De plus, avec une approche qui se concentre sur la collaboration avec les partenaires régionaux – notamment au Sénégal et au Cap-Vert –, elles créent des opportunités de résultats devant la justice, plutôt que de simples saisies de cargaisons. Le MAOC-N dispose actuellement de plus de renseignements concernant les cargaisons de cocaïne acheminées par mer vers le golfe de Guinée qu’il ne peut en traiter. Renforcer le MAOC-N en lui apportant plus de ressources devrait être une priorité pour cibler les flux entrant en Afrique de l’Ouest.
Les intermédiaires comptent parmi les éléments les plus difficiles à remplacer. Cela s’avère particulièrement vrai là où ils ne bénéficient pas du soutien d’une importante communauté expatriée pouvant faciliter leur installation. Leur identification et leur arrestation peuvent donc entraîner des perturbations à moyen terme.

