

Auteurs : Alemawo Komlan
Site de la publication : www.revuechercheur.com
Type de publication : Article
Date de publication : 2025
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Résurgence de la question épineuse de la lutte contre le terrorisme
La question épineuse de la lutte contre le terrorisme qui gangrène le monde se pose depuis fort longtemps. Elle a été remise sur la table des discussions à la suite des attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par Al-Qaïda, et intensifiée par l’émergence de récentes exactions commises par le groupe État islamique. Les discussions autour de cette question dépassent largement l’aspect technique pour englober, également ceux politique, juridique, voire idéologique .
La présente contribution tentera d’examiner les enjeux et les défis inhérents à l’utilisation de
l’IA dans la lutte contre le terrorisme dans la plupart des États, avec un regard précis et particulier sur ceux de l’Afrique de l’Ouest qui sont en proie à ce phénomène. L’on s’interroge déjà sur la manière dont cette technologie pourrait aider à combattre les terroristes en Afrique de l’Ouest.
L’IA, une arme précieuse contre le terrorisme
L’IA se présente comme une technologie potentiellement salutaire en particulier pour les États de l’Afrique de l’Ouest, confrontés depuis longtemps à la menace terroriste. Elle pourrait s’avérer précieuse dans leur quête de solutions idoines pour enrayer ce fléau persistant, en facilitant la conception et la mise à disposition de l’arsenal militaire, utilisable tant avec le concours des soldats qu’en autonomie. Elle pourrait de ce fait se constituer non seulement en outil de prévention , mais également en moyen d’action direct.
La surveillance des communications électroniques
Les communications électroniques sont, à la lecture de l’article 4 de la loi n° 2012-018 du 17 décembre 2012 sur les communications électroniques au Togo, l’ensemble des « émissions, transmissions ou réceptions de signes, de signaux, d’écrits, d’images ou de sons, par voie électromagnétique ou optique ». Ce sont des échanges qui peuvent se faire via un réseau social, un site Internet ou un réseau téléphonique à partir d’un smartphone, d’un ordinateur, etc. Elles peuvent faire l’objet d’une surveillance dans le but de détecter les activités, les plans ou le financement d’une activité illégale comme le terrorisme, et d’identifier les responsables ou les complices. De même, la surveillance des communications électroniques s’entend de l’« ensemble des actions visant à travailler, surveiller, interpréter, collecter, analyser, utiliser ou accéder aux informations relatives aux communications électroniques d’une personne et d’un groupe »
À noter que cette forme de surveillance électronique pourrait être menée par l’État, les particuliers ou les entreprises, et elle pourrait avoir des implications sur la liberté d’expression, le droit à la vie privée et à la sécurité. La surveillance des communications électroniques dont il s’agit ici est celle menée par les États à des fins sécuritaires, notamment la lutte contre le terrorisme. Pour ce faire, ils peuvent s’appuyer sur différentes technologies comme les logiciels espions, les drones, les réseaux de capteurs, les satellites ou les écoutes téléphoniques, etc.
L’IA favorise la mise en place de systèmes qui permettent aux militaires d’avoir des renseignements qui pourraient les aider à déjouer les attaques terroristes avant qu’elles ne se produisent. Le développement international du terrorisme et sa sophistication rendent les moyens classiques d’interception de sécurité obsolètes, désuets et vétustes. De ce fait, le suivi des terroristes ne peut se faire à grande échelle à l’aide des moyens traditionnels ou classiques.
Le désamorçage d’engins explosifs à distance
Le DEED s’entend d’une méthode qui consiste à neutraliser ou à éliminer des engins explosifs improvisés (EEI) sans contact direct avec l’engin.
C’est aussi une technique qui permet de neutraliser des EEI à l’aide d’un robot ou d’un dispositif télécommandé, en l’absence de toute intervention d’un démineur humain sur les lieux. Cette démarche permet, face à la menace terroriste, de réduire considérablement les risques que courent les militaires et les démineurs lors des différentes opérations de désamorçage. Sans oublier que la perte dans les populations civiles est également minimisée. Appréhension des EEI. Les EEI sont quant à eux appréhendés comme des armes non conventionnelles qui peuvent prendre n’importe quelle forme et être activées de diverses manières. Les cibles de ces armes sont aussi bien les soldats que les civils. Le type et la situation de l’EEI conditionnent les différentes manières de DEED. Les explosifs contrôlés, les systèmes de brouillage, les robots télécommandés, les drones, les canons à eau ou des fusils de précision, des outils à base d’IA, peuvent par exemple être utilisés pour désamorcer.
L’utilisation de la reconnaissance faciale
La reconnaissance faciale renvoie à une technologie biométrique qui permet de reconnaître le visage d’un humain et ainsi d’identifier formellement un individu. Elle constitue « une technique informatique et probabiliste qui permet de reconnaître automatiquement une personne sur la base de son visage, pour l’authentifier ou l’identifier ». Il importe de préciser qu’elle prend place dans une palette plus large de techniques de traitement d’images vidéo. Elle se fait généralement en deux étapes importantes : « la collecte du visage et sa transformation en un gabarit, puis la reconnaissance de ce visage par comparaison du gabarit correspondant avec un ou plusieurs autres gabarits ».
La reconnaissance faciale, à l’instar de tout procédé biométrique, peut répondre à deux fonctions différentes, notamment l’authentification et l’identification d’une personne. Elle pourrait être utilisée pour déverrouiller un appareil électronique, le contrôle d’accès physique à un lieu, la recherche d’une personne suspecte ou susceptible de commettre un attentat, etc. La reconnaissance faciale pourrait donc être une technologie efficace dans la reconnaissance des terroristes fichés lorsqu’ils mettent pied dans un État de l’Afrique de l’Ouest. Elle pourrait permettre, par exemple, le suivi de leurs déplacements afin d’anticiper toute action dangereuse qu’ils pourraient poser. Il convient à ce propos de préciser que l’ efficacité de la reconnaissance faciale dépend de plusieurs facteurs clés : la qualité de l’image, la puissance de l’algorithme d’identification et l’accès à une base de données fiable » . Leadership de la Chine dans l’utilisation de la reconnaissance faciale.
La Chine, classée comme le pays qui utilise le plus largement la reconnaissance faciale, s’appuie sur le déploiement d’un réseau de plus de 200 millions de caméras équipées de systèmes d’IA. Elle utilise notamment le système Skynet, favorisant la couverture de tout le territoire avec des caméras reliées à une base de données nationale de visages, pour la notation sociale, la gestion de trafic ou pour prévenir des attentats. La reconnaissance faciale permet de surveiller les activités suspectes et de prévenir les menaces terroristes ou de subversion.
Usage de la reconnaissance faciale en Afrique de l’Ouest.
En Afrique de l’Ouest, les États pourraient utiliser des drones intégrant des caméras pour vérifier l’identité des voyageurs aux frontières, retrouver des personnes disparues ou détecter des individus suspects ou recherchés par la justice. Ainsi, l’IA pourrait faciliter l’identification des suspects, des victimes ou des témoins. Partant du fait que ce sont des données personnelles qui sont collectées dans ce processus et qu’il y a des risques de biais, chaque État de l’Afrique de l’Ouest devrait mettre en place une agence nationale chargée de le conseiller et de contrôler le respect de la loi dans l’utilisation de la reconnaissance faciale. Dans l’immédiat, ces États pourraient charger les autorités, les agences ou les instances de protection des données à caractère personnel de veiller à la bonne marche de ces activités.
Ces illustrations variées mettent en évidence le potentiel de l’IA en tant qu’outil préventif puissant contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Toutefois, son efficacité ne doit pas reposer sur le strict respect des normes éthiques et juridiques garantissant la préservation des droits fondamentaux, notamment la vie privée. Une fois ces exigences intégrées, l’IA pourrait se révéler être une solution stratégique majeure, non seulement pour anticiper les menaces terroristes, mais aussi pour renforcer les capacités opérationnelles des États dans leur lutte contre ce fléau.
Charte éthique relative à l’utilisation de l’IA dans la lutte contre le terrorisme ?
À cet égard, la mise en place d’une charte éthique relative à l’utilisation de l’IA dans la lutte contre le terrorisme, sous l’égide de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), constituerait une démarche pertinente. Une telle charte aurait pour double objectif de réglementer ce domaine en pleine expansion tout en stimulant les recherches autour de l’IA pour pallier ses limites actuelles. En outre, elle marquerait un jalon significatif vers l’émergence d’un droit militaire adapté aux spécificités de l’IA en Afrique de l’Ouest. Un encadrement réfléchi des recherches sur l’IA dans le contexte de la lutte contre le terrorisme permettrait de produire des armes technologiquement avancées, conformes à des normes de sécurité et de performance élevées.
Ce processus pourrait transformer le combat contre le terrorisme en catalyseur de progrès pour l’IA, favorisant des innovations qui surmonteraient les contraintes liées à la conception et à l’utilisation de ces armes. Par conséquent, ce phénomène, bien que problématique, pourrait devenir un puissant moteur de recherche et de développement, contribuant ainsi à l’expansion et à la maturation de l’IA dans un cadre éthique et sécurisé.
Acquisition de systèmes d’armement antimissiles en Afrique de l’Ouest.
À ce jour, aucun État de l’Afrique de l’Ouest n’a officiellement annoncé l’acquisition de systèmes de défense antimissiles. Cependant, les dynamiques sécuritaires et les alliances internationales pourraient bientôt modifier cet état de fait. Cela souligne l’urgence, pour ces États, d’investir non seulement dans les infrastructures nécessaires à leur déploiement efficace, mais aussi dans le développement de telles technologies. La conception de ces systèmes ne constitue toutefois qu’une étape préliminaire. Assurer leur usage approprié et prévenir les cyberattaques devient tout de même crucial. En effet, ces dispositifs pourraient être ciblés par des groupes terroristes déterminés à en prendre le contrôle à des fins malveillantes. Par conséquent, il revient aux États de l’Afrique de l’Ouest, qu’ils soient acheteurs ou développeurs, d’instaurer des mesures de protection avancées, notamment en investissant dans des mécanismes sophistiqués de défense contre les intrusions numériques et en renforçant leur protection directe face à de telles menaces.
IA et forces armées de l’Afrique de l’Ouest.
Dans le contexte ouest-africain, une armée dépourvue de capacités défensives véritables face à la menace terroriste pourrait rapidement se retrouver en difficulté, d’autant plus que les groupes terroristes disposent et manipulent des armements de dernière génération. Il devient donc impératif de développer en particulier des systèmes de défense antimissiles.
Interaction mutuelle entre l’IA et le terrorisme
Tout bien considéré, l’IA pourrait devenir un atout majeur dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Grâce à la surveillance des communications électroniques et à la reconnaissance faciale, elle faciliterait le démantèlement des cellules terroristes avant qu’elles ne passent à l’action. De plus, son intégration dans l’artillerie des forces armées permettrait de réduire les pertes humaines et d’améliorer l’efficacité opérationnelle, notamment grâce aux drones armés et aux dispositifs explosifs à détection électronique. Cependant, malgré ces avancées, l’IA soulève des défis importants.
Son utilisation requiert une formation adéquate des militaires et l’adoption d’un cadre législatif garantissant une exploitation éthique et responsable. Ainsi, plutôt que de rejeter cette technologie, il conviendrait d’en encadrer l’usage et d’encourager des recherches visant à renforcer l’intervention humaine. Dans cette optique, le développement d’algorithmes avancés, adaptés aux contextes sécuritaires complexes, ouvre de nouvelles perspectives. Toutefois, il pose également des questions interdisciplinaires en croisant IA, éthique, droit et autres sciences.
La capacité de l’IA à conjuguer efficacité opérationnelle et respect des principes juridiques devient alors un enjeu central, notamment dans des environnements instables où la transparence des algorithmes et les risques de dérives sécuritaires restent préoccupants. Malgré ces défis, l’IA constitue une avancée significative pour optimiser les stratégies antiterroristes et protéger les populations civiles. Son usage, bien encadré, pourrait ainsi représenter une véritable révolution dans la lutte contre le terrorisme. Quoi qu’il en soit, cette technologie ne devrait servir qu’un seul objectif : œuvrer pour le bien de l’humanité.

