Le 8 septembre 2026, à Séoul, la Banque africaine de développement a présenté à des investisseurs coréens cinq projets régionaux consacrés aux minerais critiques africains, avec des mécanismes de garantie et de cofinancement.
Le 8 septembre également, la République démocratique du Congo avançait dans la constitution d’une banque nationale de données géologiques, afin de renforcer la maîtrise publique des informations sur son sous-sol.
Le 9 septembre, les États-Unis ont annoncé vouloir accompagner le Kenya dans le développement de capacités locales de transformation des minerais critiques.
Trois actualités, trois dimensions d’une même équation économique : le financement, la transformation et la connaissance de la ressource. Elles donnent aussi une idée de ce qui se joue aujourd’hui autour des minerais critiques africains. La valeur d’un gisement dépend de plus en plus de tout l’écosystème construit autour de son exploitation.
Entre le minerai extrait et une batterie, un réseau électrique ou un équipement industriel, plusieurs activités se succèdent : traitement, raffinage, fabrication de matériaux intermédiaires, production de composants, assemblage. À chaque étape se répartissent des revenus, des emplois qualifiés, des compétences et du capital.
Quelques mots permettent de mieux situer le sujet. Un minerai est qualifié de « critique » en fonction de son importance pour une économie et des risques qui pèsent sur son approvisionnement. Les listes varient donc d’un pays à l’autre. Depuis 2025, les États-Unis recensent 60 minerais critiques. L’Union européenne en identifie 34 et classe 17 d’entre eux comme stratégiques, compte tenu notamment de leur utilisation dans l’énergie, le numérique, l’aéronautique ou la défense.
On entend également parler des « terres rares » – une expression quelque peu trompeuse puisque plusieurs de ces éléments sont relativement abondants dans la croûte terrestre. Leur exploitation se complique au moment de trouver des concentrations économiquement rentables, puis de séparer et raffiner les différents éléments, avec des procédés qui peuvent être très polluants. La Chine a acquis une position dominante dans leur transformation, ce qui donne une indication assez nette du poids que peut prendre la maîtrise industrielle dans l’économie des minerais.
Pour l’Afrique, un chiffre résume assez bien la situation.
Le continent fournit environ 75 % du manganèse mondial, 70 % du cobalt et près de 20 % du cuivre. Pourtant, il capte moins de 1 % de la valeur générée par la fabrication des technologies propres et de leurs composants, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Moins de 1 %.
La quantité extraite ne renseigne donc qu’en partie sur les bénéfices économiques associés à une ressource. Il faut également regarder où elle est transformée, qui détient les entreprises, où se trouvent les compétences et quelle économie se développe autour de l’activité minière.
C’est ici que l’industrialisation africaine entre dans l’équation. Et la situation actuelle invite à la mesure.
En 2025, l’Afrique représentait encore moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et 1,4 % des exportations manufacturières. Développer des activités de transformation minière demande une énergie disponible et compétitive, des infrastructures de transport, des financements longs, des compétences techniques et des entreprises capables de répondre aux exigences des chaînes industrielles.
Le choix des filières devient donc déterminant.
Certains pays peuvent disposer d’un avantage dans le raffinage grâce à leurs ressources énergétiques. D’autres ont déjà une base manufacturière ou logistique plus développée. D’autres encore peuvent se positionner sur la maintenance, le recyclage, certains composants ou les services industriels.
Cette répartition ouvre directement la question de l’intégration régionale.
Une chaîne de valeur peut commencer dans un pays, se poursuivre dans un deuxième et s’achever dans un troisième. La ZLECAf offre un cadre pour organiser ce type de complémentarités et donner aux entreprises accès à un marché continental.
Mais l’intégration africaine reste très contrastée.
L’Union africaine reconnaît huit communautés économiques régionales, avec des niveaux d’intégration différents. L’UEMOA dispose d’une monnaie commune et de plusieurs politiques économiques harmonisées. Dans le même espace ouest-africain, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025.
Construire des chaînes de valeur régionales dans ce contexte demande donc des avancées très concrètes : infrastructures transfrontalières, normes compatibles, circulation plus fluide des marchandises et des compétences, systèmes de paiement fonctionnels et coordination des politiques industrielles.
Cette coordination touche également au rapport de force avec les investisseurs. Lorsque plusieurs pays producteurs cherchent simultanément à attirer une même entreprise en multipliant les avantages fiscaux ou réglementaires, ils peuvent réduire leur propre marge de négociation. Des positions plus coordonnées sur le contenu local, les transferts de technologie ou certaines normes industrielles permettraient de limiter cette concurrence.
Puis vient le financement.
Les capitaux internationaux continueront de jouer un rôle important dans les mines, les infrastructures et les unités de transformation. Les banques africaines de développement, les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les marchés financiers peuvent néanmoins prendre une place plus importante sur certains segments.
Cela conduit à regarder, au-delà du contenu local, la question du capital local.
Le contenu local concerne les emplois, les fournisseurs nationaux et la sous-traitance. Le capital local renvoie à la propriété des actifs et des entreprises, donc aussi aux dividendes, aux décisions d’investissement et à l’accumulation de patrimoine productif sur le continent.
À l’échelle des territoires miniers, les besoins sont différents. Transport, maintenance, restauration, logistique, recyclage ou services peuvent devenir des marchés pour les entreprises locales. Leur accès dépend souvent du financement, des garanties, des certifications et de la formation.
La microfinance et la finance inclusive trouvent leur place à ce niveau, en facilitant l’accès de petites entreprises, de coopératives, de femmes et de jeunes entrepreneurs aux activités créées autour des projets extractifs. L’intérêt économique se mesure aussi à la capacité de ces activités à renforcer durablement le tissu productif local, au-delà de la durée d’exploitation des projets miniers.
Les trois actualités de septembre 2026 prennent alors tout leur sens.
À Séoul, il est question de financer des projets régionaux. Au Kenya, de développer la transformation. En RDC, de mieux maîtriser les données géologiques.
Financement, capacités industrielles, connaissance de la ressource.
Trois briques d’une même trajectoire.
L’Afrique dispose d’un avantage géologique réel. La valeur qu’elle pourra en tirer dépendra des filières choisies, des infrastructures, des compétences, du financement, de la participation au capital et de la capacité des pays à construire des chaînes de valeur qui dépassent leurs frontières.

