

Auteurs : UNESCO, OCDE, IDB
Site de publication : OCDE
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2022
L’IA fait-elle progresser l’égalité des sexes ?
À l’échelle mondiale, des études montrent que les femmes sur le marché du travail sont moins bien payées, occupent moins de postes de direction et participent moins aux domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. En 2019, un rapport de l’UNESCO a révélé que les femmes ne représentent que 29 % des postes de R&D scientifique dans le monde et sont moins susceptibles que les hommes, à hauteur de 25 %, de savoir comment tirer parti de la technologie numérique pour des utilisations basiques.
Alors que l’utilisation et le développement de l’intelligence artificielle continuent d’évoluer, il est nécessaire de se demander : à quoi ressemblera le marché du travail de demain pour les femmes ? Exploitons-nous efficacement le pouvoir de l’IA pour réduire les écarts en matière d’égalité des sexes, ou laissons-nous ces écarts se perpétuer, ou pire encore, se creuser ? Cette collaboration entre l’UNESCO, la Banque interaméricaine de développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques a pour objet d’étudier les effets de l’utilisation de l’intelligence artificielle sur la vie professionnelle des femmes.
À l’échelle mondiale, des études montrent que les femmes sur le marché du travail sont moins bien payées, occupent moins de postes de direction et participent moins aux domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques
Ce rapport conjoint est une introduction approfondie aux questions liées au genre et à l’IA. Son objectif est d’impulser d’importants dialogues sur l’égalité des femmes dans l’avenir du travail, grâce à un suivi rigoureux des principales étapes du cycle de vie de la main-d´œuvre – des exigences de l´emploi à l´embauche, en passant par la progression de carrière et le perfectionnement des compétences sur le lieu de travail.
Le monde du travail évolue rapidement. Les technologies d’intelligence artificielle sont en train d’être intégrées dans de nombreux environnements professionnels et domestiques. Si le taux d’activité des femmes a augmenté dans le monde entier au cours du XXe siècle, il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à l’égalité des sexes sur le lieu de travail et en dehors.
Inégalité des genres sur le marché du travail
Les facteurs contextuels déterminent la façon dont les hommes et les femmes vivent les changements que l’IA apporte à leur travail. Par exemple, les inégalités entre les genres dans les taux de participation à la population active et les écarts de rémunération façonnent le contexte de l’introduction des nouvelles technologies d’IA. Les femmes gagnent souvent moins. Les femmes ont tendance à consacrer plus de temps à des travaux non rémunérés de garde d’enfants et de personnes âgées, et à des travaux domestiques, et participent moins aux domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques.
Les femmes et l’IA
Trop peu de femmes occupent des emplois liés à l’IA dans le monde. C’est un défi pour la trajectoire et le développement futurs des systèmes d’IA. Si les systèmes ne sont pas développés par des équipes diversifiées, il est moins probable qu’ils répondent aux besoins d’utilisateurs diversifiés ou qu´ils respectent les droits de l’homme. Par exemple, les jeux en ligne sont souvent mis en cause pour leurs préjugés sexistes et autres caractéristiques discriminatoires. Le rapport OCDE de 2017 montre que les différences dans les carrières des travailleurs et des travailleuses trouvent leur origine très tôt, lors du choix de leur domaine d’études. Par exemple, à l’âge de 15 ans, seulement 0,5 % des filles en moyenne dans les pays de l’OCDE visent à devenir des professionnelles des TIC, contre 5 % des garçons. Dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques, les garçons sont deux fois plus nombreux que les filles à espérer devenir ingénieurs, scientifiques ou architectes.
Trop peu de femmes occupent des emplois liés à l’IA dans le monde
Cette tendance se retrouve chez les femmes dans la recherche et le développement scientifiques. L’UNESCO a constaté que les femmes occupent 29,3 % des postes de R&D scientifique dans le monde, les proportions les plus faibles étant observées en Asie du Sud-Ouest 18,5 %, en Extrême-Orient et dans le Pacifique 23,9 %. Les femmes représentent moins d’un tiers du personnel de R&D en Afrique subsaharienne 31,8 % ainsi qu’en Amérique du Nord et en Europe occidentale 32,7 %. Et la situation semble se détériorer davantage. Le rapport UNESCO cite une étude de la Commission européenne de 2018 qui montre que l’inscription des femmes dans les études liées aux TIC est en baisse dans l’UE depuis 2011. Les auteurs notent que des baisses similaires ont eu lieu dans tout l’ALC et dans de nombreux pays à revenu élevé, dont l’Australie, la Corée et la Nouvelle-Zélande, ce qui montre que « l’espace numérique devient plus dominé par les hommes, et non moins ».
Parmi les données sur l’emploi professionnel des pays du G20, l’OCDE a constaté que la proportion de femmes spécialistes des TIC variait de 13 % en Corée à 32 % en Afrique du Sud. Ils ont également estimé que seulement 7 % des brevets en matière de TIC dans les pays du G20 sont obtenus par des femmes, et que seulement 10 % des jeunes entreprises technologiques recherchant un financement par capital-risque ont été fondées par des femmes.
La disparité entre les sexes parmi les auteurs qui publient dans le domaine de l´IA est également révélatrice. Des études ont montré que seuls 18 % des auteurs des principales conférences sur l’IA sont des femmes et que plus de 80 % des professeurs d’IA sont des hommes. Selon les données de 2020 sur OECD.AI, dans le monde entier, les femmes ne représentaient que 14 % des auteurs d’articles sur l’IA ayant été examinés par des pairs. Le rapport OCDE note que les logiciels représentent un secteur à dominante masculine, notamment dans les entreprises. Une analyse de « R », un logiciel en open source bien connue, a montré que les femmes sont peu nombreuses dans le monde du logiciel, qu’elles jouent des rôles moins importants et qu’elles sont moins connectées au réseau des développeurs de logiciels que leurs collègues masculins. L´analyse d´arXiv, un référentiel de publications en libre accès, montre que seulement 25,4 % en moyenne des publications traitant de l´IA dans 34 pays ont été coécrites par au moins une femme. Parmi ceux-ci, seuls trois pays d’Amérique latine l’Argentine 34 %, le Brésil 27 % et le Mexique 27 % se classent parmi ceux où les différences entre les sexes dans les publications sur l’IA sont moins prononcées.
Les données d’OECD sur l’IA montre que la part des femmes créditées dans les publications scientifiques de la base de données Scopus est inférieure à 20 %. Parmi les pays énumérés dans l’illustration 1.1, l’Inde semble avoir la plus forte proportion de femmes dans les publications scientifiques sur Scopus, soit environ 28 %.

