

Bah Traoré
Le déploiement, le 30 août 2026, de moyens militaires au Niger constitue un événement inhabituel dans l’histoire récente de la politique étrangère algérienne. L’Algérie a en effet longtemps privilégié, dans son voisinage sahélien, la sécurisation de ses propres frontières, la coopération entre armées et la médiation politique, tout en restant réticente à projeter directement ses forces au-delà de son territoire. Il intervient au lendemain de la tentative de coup d’État manquée à Niamey contre le général Abdourahamane Tiani. Alger a rapidement condamné ce coup de force, qu’elle a présenté comme une entreprise de déstabilisation d’un « pays frère ». Le déploiement s’inscrit d’abord dans un renforcement de la coopération entre l’Algérie et le Niger, dans les domaines de la défense, de la sécurité frontalière, des infrastructures et de l’énergie. Sa portée va cependant au-delà de la relation entre Alger et Niamey. Le recours à des moyens militaires dans un moment de crise suggère un élargissement des instruments mobilisés par Alger pour répondre aux évolutions de son voisinage immédiat. Alger ne renonce pas pour autant à la diplomatie, à la médiation et à la coopération entre États, qui ont longtemps constitué les principaux instruments de sa politique sahélienne. Elle semble plutôt élargir les moyens dont elle dispose en envisageant, lorsque les circonstances l’exigent, un engagement militaire plus direct.
Cette évolution s’accompagne d’une reprise du dialogue avec le Mali après plus d’un an de fortes tensions. Le 10 juillet 2026, Alger et Bamako ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires, ouvrant ainsi la voie à une normalisation progressive. Les échanges de haut niveau qui ont suivi ont donné davantage de substance à ce rapprochement. Le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, s’est rendu à Alger accompagné notamment du directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État, le général Modibo Koné. Le 14 septembre, son homologue algérien Sifi Ghrieb s’est à son tour rendu à Bamako. Au-delà de la reprise des contacts diplomatiques, ces déplacements traduisent la volonté des deux capitales de rétablir des mécanismes de coopération après une crise qui a profondément affecté leur relation. Ils ne font cependant pas disparaître les divergences, notamment sur la manière de répondre à la crise dans le nord du Mali et sur les relations qu’Alger entretient avec certains acteurs maliens.
Alger cherche à préserver sa profondeur stratégique méridionale. La proximité avec le Mali et le Niger fait de la stabilité de ces deux pays une question directement liée à sa propre sécurité. Leurs évolutions politiques et sécuritaires ne peuvent donc être considérées comme de simples affaires extérieures. Mais l’environnement dans lequel l’Algérie défend ses intérêts a profondément changé. Les États sahéliens revendiquent davantage d’autonomie dans le choix de leurs partenaires, tandis que le recul de plusieurs dispositifs occidentaux a ouvert la voie à de nouvelles coopérations. La Russie a ainsi renforcé sa présence et ses relations militaires avec les trois pays de l’AES. La Turquie s’est, elle aussi, imposée comme un partenaire important dans le domaine de la défense, notamment à travers la fourniture de drones et d’autres équipements militaires.
La rivalité avec le Maroc ajoute une autre dimension à cette recomposition. Rabat a renforcé sa présence au Sahel, notamment à travers l’Initiative atlantique, qui propose aux pays enclavés de la région un accès aux infrastructures portuaires marocaines. Le rapprochement entre Rabat et Bamako a également pris une dimension politique plus sensible pour Alger. Le 10 avril 2026, le Mali a retiré sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique et apporté son soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental. Ce changement de position est significatif dans un dossier qui demeure au cœur de la rivalité algéro-marocaine. Il intervient en outre dans un contexte où Rabat a développé ses relations avec les pays de l’AES et renforcé sa capacité de médiation sur certains dossiers régionaux.
Alger cherche à préserver sa profondeur stratégique méridionale. La proximité avec le Mali et le Niger fait de la stabilité de ces deux pays une question directement liée à sa propre sécurité. Leurs évolutions politiques et sécuritaires ne peuvent donc être considérées comme de simples affaires extérieures. Mais l’environnement dans lequel l’Algérie défend ses intérêts a profondément changé
L’évolution de la posture algérienne au Sahel
Le déploiement au Niger s’inscrit dans une évolution amorcée plusieurs années auparavant. La révision constitutionnelle de 2020 avait déjà modifié le cadre dans lequel s’inscrivait la doctrine traditionnelle de non-intervention, en autorisant, sous certaines conditions, la participation d’unités de l’Armée nationale populaire à des opérations à l’étranger. L’article 91 prévoit qu’une telle décision doit être approuvée à la majorité des deux tiers de chacune des deux chambres du Parlement. Cette réforme n’a pas fait disparaître la non-intervention de la culture stratégique algérienne. La retenue dans l’usage de la force à l’extérieur reste une caractéristique importante de la politique de défense du pays. Mais elle a cessé d’équivaloir à une interdiction absolue de toute projection militaire au-delà des frontières. La Constitution a ouvert une possibilité qui n’existait pas auparavant dans les mêmes termes, tout en maintenant un contrôle politique renforcé sur son utilisation.
Cette évolution est significative pour un pays qui a longtemps cherché à sécuriser son voisinage sans y déployer directement ses forces. Au Sahel, Alger a longtemps privilégié la diplomatie et la médiation, jouant notamment un rôle central dans plusieurs processus de paix au Mali. Sur le plan sécuritaire, elle a plutôt cherché à organiser la coopération entre les États de la région qu’à intervenir directement chez ses voisins. Même face à la montée des menaces armées, cette préférence pour des réponses régionales est restée une constante de son approche. La création en 2010 du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), installé à Tamanrasset et réunissant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, reflétait bien cette conception de la sécurité régionale. Chaque État restait responsable des opérations sur son territoire, tandis que les mécanismes communs devaient faciliter le partage de renseignements et la coordination. Pour Alger, le dispositif permettait aussi de rester au centre de la coopération sécuritaire dans son voisinage sans intervenir directement sur le territoire de ses voisins. C’était une manière de concilier deux préoccupations constantes de la politique algérienne au Sahel, protéger ses frontières et conserver une capacité à peser sur les réponses régionales aux crises qui pouvaient directement affecter sa propre sécurité.
Cette projection ne suffit pas, à lui seul, à conclure à l’émergence d’une nouvelle doctrine algérienne. La diplomatie, la médiation et la coopération régionale restent au cœur de l’approche d’Alger au Sahel. Ce qui change est peut-être moins cette préférence que le contexte dans lequel elle doit désormais s’exercer. Le paysage sécuritaire sahélien n’est plus celui dans lequel l’Algérie avait développé des mécanismes comme le CEMOC. Les États de l’AES ont fait de la lutte contre les groupes jihadistes une priorité et cherchent à renforcer leurs propres capacités militaires. Au Mali, cette orientation s’accompagne d’une volonté de reprendre par la force le contrôle des territoires revendiqués par les groupes armés du nord. Cette approche laisse moins de place à la médiation politique qui avait longtemps constitué l’un des principaux leviers de l’influence algérienne.
La Russie occupe désormais une place importante dans les dispositifs sécuritaires des pays de l’AES à travers l’Africa Corps. Au Niger, ses forces sont même intervenues aux côtés des forces nigériennes lors de la tentative de mutinerie. La Turquie a, de son côté, renforcé sa coopération militaire et ses ventes d’équipements, notamment de drones, tandis que l’Italie maintient une présence militaire au Niger. Ces engagements répondent à des logiques différentes, mais ils montrent surtout que Niamey dispose aujourd’hui de plusieurs partenaires sécuritaires et entend conserver cette diversité.
Cette évolution est significative pour un pays qui a longtemps cherché à sécuriser son voisinage sans y déployer directement ses forces. Au Sahel, Alger a longtemps privilégié la diplomatie et la médiation, jouant notamment un rôle central dans plusieurs processus de paix au Mali. Sur le plan sécuritaire, elle a plutôt cherché à organiser la coopération entre les États de la région qu’à intervenir directement chez ses voisins
Pour Alger, cette nouvelle situation oblige à s’adapter. La géographie continue de lui donner un avantage que les partenaires extérieurs des États sahéliens ne peuvent avoir. L’Algérie partage de longues frontières avec le Mali et le Niger et ce qui s’y passe peut avoir des conséquences directes sur sa propre sécurité. Cette proximité rend donc son implication difficilement évitable. Elle ne lui garantit cependant plus la place particulière qu’elle a longtemps occupée. L’Algérie ne cherche pas seulement à protéger ses frontières méridionales ; elle cherche aussi à démontrer qu’elle reste un partenaire incontournable dans la définition de l’équilibre sécuritaire du Sahel.
Le Niger, un partenariat en expansion
Le Niger occupe une place particulière dans cette évolution de la politique sahélienne de l’Algérie. Les deux pays partagent une frontière et des préoccupations sécuritaires communes, mais leur rapprochement récent intervient après une période de tensions. En 2025, la crise provoquée par l’abattage d’un drone malien par l’armée algérienne avait débordé le cadre strictement algéro-malien. En solidarité avec Bamako et dans le cadre de la position commune adoptée par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel, Niamey avait rappelé son ambassadeur à Alger. Le dégel s’est accéléré avec la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger, en février 2026. Le rapprochement avait aussi, pour Alger, un intérêt politique. Alors que le dialogue avec Bamako restait difficile, la reprise des relations avec Niamey lui permettait de maintenir un lien direct avec l’un des trois membres de l’AES et d’éviter que ses tensions avec le Mali ne se traduisent par un éloignement durable de l’ensemble des pays de l’Alliance.
Le rapprochement ne se limite pas au dialogue politique. Il s’appuie aussi sur des intérêts économiques, en particulier dans le domaine de l’énergie. L’Algérie a soutenu la construction d’une centrale électrique de 40 MW à Gorou Banda, près de Niamey. L’énergie donne également une assise plus importante au rapprochement. Le Niger a confié à Sonatrach, la compagnie publique algérienne des hydrocarbures, l’exploration du bloc de Kafra et souhaite désormais étendre cette coopération au bloc de Bilma. Cette évolution montre la volonté de Niamey de s’appuyer davantage sur l’expertise algérienne pour développer son secteur pétrolier. Le projet de gazoduc transsaharien, qui doit relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger, inscrit cette coopération dans une perspective plus large. Pour Alger, le Niger n’est donc pas seulement un voisin dont la stabilité compte pour sa sécurité.
Il est aussi un passage important pour ses ambitions énergétiques vers l’Afrique subsaharienne. Pour Niamey, la coopération avec l’Algérie permet de s’appuyer sur l’expérience de Sonatrach tout en diversifiant ses partenaires. L’énergie ajoute ainsi des intérêts économiques communs à une relation largement structurée par les enjeux de sécurité. La coopération militaire s’est également renforcée. Alger a livré au Niger quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171, ainsi que des munitions et des pièces de rechange. Le déploiement de moyens militaires algériens quelques semaines plus tard s’inscrit donc dans une relation sécuritaire qui avait déjà commencé à se densifier. Les intérêts ne sont cependant pas exactement les mêmes. Pour Alger, la stabilité du Niger est directement liée à la sécurité de sa frontière méridionale. Pour Niamey, la tentative de mutinerie a rappelé que les menaces auxquelles le pouvoir est confronté ne viennent pas seulement des groupes armés qui opèrent sur le territoire.
Elles peuvent aussi surgir au sein même de l’appareil sécuritaire. Dans ce contexte, le soutien algerien contribue à renforcer les capacités des forces nigériennes, mais constitue aussi un soutien politique affiché aux autorités de Niamey dans un moment de fragilité. L’Algérie ne renonce pas à la diplomatie ni à sa préférence pour des solutions politiques et régionales. Elle semble plutôt élargir progressivement les moyens qu’elle peut mobiliser pour défendre ses intérêts. Dans un Sahel où les alliances se diversifient et où les États disposent de davantage d’options, préserver son influence suppose désormais pour Alger de combiner proximité géographique, coopération économique, diplomatie et, lorsque les circonstances l’exigent, instruments de sécurité plus directs.
Avec le Mali, reconstruire une relation qui ne peut plus être la même
La reprise de Kidal par l’armée malienne, appuyée par des forces russes, en novembre 2023, a accéléré la dégradation de la relation avec Alger. Elle a contraint une partie des combattants des mouvements armés du nord à se replier vers les zones proches de la frontière algérienne. Pour Alger, cette évolution rapprochait les affrontements de son territoire, avec les risques de circulation de combattants et de déplacements de populations que cela pouvait entraîner. Pour Bamako, elle alimentait une autre préoccupation, celle de voir des combattants trouver refuge de l’autre côté de la frontière. Les mêmes mouvements qu’Alger cherchait encore à ramener à la négociation étaient désormais engagés dans une confrontation directe avec l’armée malienne.
Mais Kidal a surtout modifié le rapport politique à la crise. Pour les autorités maliennes, la reprise d’une ville dont l’État avait perdu le contrôle depuis près d’une décennie confortait l’idée qu’une modification du rapport de force pouvait produire des résultats que le processus politique n’avait pas permis d’obtenir. Elle donnait ainsi une traduction concrète au discours de restauration de la souveraineté et de l’autorité de l’État. Alger continuait, de son côté, à considérer qu’une stabilisation durable du nord ne pouvait reposer sur les seuls gains militaires. La divergence ne portait donc pas simplement sur le choix entre la force et le dialogue, les deux pays ayant recours à des instruments sécuritaires. Elle concernait davantage la place que devait encore occuper la négociation après le changement du rapport de force créé par la reprise de Kidal.
La décision de Bamako de mettre fin à l’Accord de 2015, en janvier 2024, a donné une traduction politique à cette évolution. Elle ne mettait pas seulement un terme à un accord que les autorités maliennes estimaient devenu inapplicable. Elle marquait aussi leur volonté de sortir d’un mode de règlement de la crise dans lequel la médiation internationale, conduite par l’Algérie, occupait une place déterminante. Le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale s’inscrivait dans cette nouvelle orientation. Le processus devait désormais être conduit au Mali, entre acteurs maliens et sans médiation extérieure. Après la reprise de Kidal, la reconquête territoriale se doublait ainsi d’une volonté de reprendre la maîtrise politique du règlement de la crise. Bamako ne remettait donc pas seulement en cause les compromis contenus dans l’Accord de 2015. Les autorités contestaient également une architecture dans laquelle un acteur extérieur pouvait occuper une position centrale dans la recherche d’une solution à une crise qu’elles entendaient désormais traiter d’abord comme une question de souveraineté nationale.
Mais Kidal a surtout modifié le rapport politique à la crise. Pour les autorités maliennes, la reprise d’une ville dont l’État avait perdu le contrôle depuis près d’une décennie confortait l’idée qu’une modification du rapport de force pouvait produire des résultats que le processus politique n’avait pas permis d’obtenir
Les relations qu’Alger conservait avec certains acteurs maliens devenaient dès lors plus difficiles à gérer. Pour l’Algérie, parler aux mouvements du nord pouvait rester nécessaire si l’objectif était de préserver une possibilité de négociation. Pour Bamako, il s’agissait aussi de groupes que l’armée combattait sur le terrain. La présence en Algérie de l’imam Mahmoud Dicko, figure critique des autorités de transition, a ajouté un autre sujet de tension. Les autorités maliennes ont reproché à Alger d’accueillir des personnalités hostiles au pouvoir. Alger a rejeté ces accusations. Qu’elles soient fondées ou non, leur multiplication montre surtout à quel point la confiance s’était détériorée. Ce qui avait longtemps permis à l’Algérie de parler à des acteurs opposés était désormais regardé à Bamako avec beaucoup plus de suspicion.
L’incident du drone d’avril 2025 est intervenu dans ce contexte. Alger a affirmé que l’appareil malien avait pénétré son espace aérien, ce que Bamako a contesté. L’incident a provoqué une crise ouverte. Il a porté à son point culminant des tensions déjà anciennes sur le nord du Mali. Les deux pays sont confrontés à des menaces sécuritaires et utilisent des instruments militaires. Leur divergence porte davantage sur la place à accorder à une solution politique et sur une question devenue plus difficile à résoudre après la fin de l’Accord de 2015.
Une détente réelle, mais une confiance encore fragile
Les désaccords restent importants, mais ils n’empêchent plus Alger et Bamako de renouer le dialogue. Le 10 juillet 2026 marque un tournant avec le retour simultané des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens. Ces décisions ne règlent pas les différends qui ont conduit à la crise. Elles mettent surtout fin à une situation dans laquelle la confrontation diplomatique avait fortement réduit les possibilités d’échange entre deux voisins qui continuaient pourtant d’avoir des questions importantes à traiter ensemble. La reprise est rapidement suivie d’échanges à un niveau élevé.
Le 24 août, une délégation malienne conduite par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, se rend à Alger. Elle comprend notamment le directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État, Modibo Koné, qui faisait sa première apparition publique depuis les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre Bamako et plusieurs autres localités. La présence de responsables politiques et sécuritaires montre que le rapprochement ne se limite pas au rétablissement formel des relations diplomatiques. Les attaques d’avril ont cependant modifié le contexte sécuritaire. Dans le nord, la coordination ponctuelle entre le JNIM et le Front de libération de l’Azawad a notamment rendu plus sensible la question des groupes armés présents dans les espaces frontaliers. Pour Bamako comme pour Alger, renouer les échanges répondait donc aussi à une nécessité plus immédiate, celle de pouvoir à nouveau discuter directement de questions de sécurité qui concernent les deux pays.
Le déplacement du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, confirme quelques semaines plus tard cette volonté de reprendre des échanges réguliers. Il serait cependant prématuré de parler d’un rétablissement de la confiance. Les deux capitales ont recommencé à se parler sans avoir nécessairement rapproché leurs positions sur les questions qui avaient provoqué la crise. C’est peut-être précisément ce qui donne son sens à la détente actuelle. Alger et Bamako semblent reconnaître qu’ils ont intérêt à maintenir des canaux de discussion même lorsqu’ils ne s’accordent pas sur le fond. Après une période où chaque désaccord avait fini par affecter l’ensemble de la relation, le premier enjeu est donc moins de retrouver immédiatement la confiance que de rendre à nouveau possible la gestion des différends.
Les désaccords restent importants, mais ils n’empêchent plus Alger et Bamako de renouer le dialogue. Le 10 juillet 2026 marque un tournant avec le retour simultané des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens. Ces décisions ne règlent pas les différends qui ont conduit à la crise. Elles mettent surtout fin à une situation dans laquelle la confrontation diplomatique avait fortement réduit les possibilités d’échange entre deux voisins qui continuaient pourtant d’avoir des questions importantes à traiter ensemble
La volonté de relancer la Grande Commission mixte de coopération, qui ne s’est plus réunie depuis 2016, participe de cette logique. Les tensions autour du nord du Mali ont longtemps occupé une place telle qu’elles ont fini par peser sur l’ensemble de la relation bilatérale. Réactiver ce cadre permettrait de redonner davantage de place aux échanges économiques et commerciaux, aux infrastructures ou encore à la coopération frontalière. L’enjeu n’est pas secondaire. Plus les deux pays disposeront de domaines dans lesquels la coopération produit des résultats concrets, moins leur relation dépendra exclusivement des dossiers sur lesquels leurs positions restent difficiles à rapprocher.
La détente engagée depuis juillet est donc réelle, mais elle reste à consolider. Le retour des ambassadeurs et la succession des visites montrent une volonté politique de sortir de la confrontation. Ils ne disent pas encore jusqu’où les deux gouvernements sont prêts à aller pour reconstruire une relation durable. Le véritable test viendra probablement au prochain désaccord sérieux. La normalisation aura franchi une étape supplémentaire si Alger et Bamako parviennent alors à préserver leurs canaux de coopération plutôt que de laisser à nouveau leurs divergences entraîner l’ensemble de la relation dans la crise.
Crédit photo : radioalgerie.dz
Bah Traoré est chargé de recherche à WATHI. Il s’intéresse aux dynamiques politiques et sécuritaires au Sahel, ainsi que sur les enjeux liés à l’information et aux influences extérieures dans la région.

