

Auteur : UNESCO
Site de publication : UNESCO
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2021
L’Afrique constitue l’une des deux priorités mondiales de l’UNESCO et son développement s’inscrit dans un esprit de construction de paix et de renforcement des compétences institutionnelles, conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU. L’UNESCO est mandatée par ses États membres pour « nourrir une réflexion axée sur l’avenir et encourager les initiatives sur le plan des enjeux et des opportunités de développement de l’Afrique à travers l’identification et l’analyse de ces derniers ». Une fois leurs risques atténués, les technologies comme l’intelligence artificielle recèlent un potentiel d’accélération du développement durable et de l’autonomisation des jeunes Africains et forment donc un pilier important du travail de l’UNESCO en Afrique. Soulignant le potentiel des technologies numériques pour favoriser une croissance innovante, inclusive et durable, la Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique 2020-2030, élaborée par l’Union africaine, indique que les progrès réalisés dans ces technologies représentent « une opportunité à saisir » en ce qu’ils permettent d’adopter plus rapidement des solutions numérisées et de s’affranchir des défis numériques hérités du passé, à l’instar de la désactivation ou de la transition des anciennes technologies vers les nouvelles.
L’expérience vécue par plusieurs pays africains au début des années 2000, qui est celle d’une transition directe d’une situation de faible pénétration des infrastructures de téléphonie fixe vers une couverture mobile, illustre parfaitement le potentiel de raccourci qu’offrent les technologies de l’information et de communication. En dépit des problématiques historiques de faible développement structurel et de lacunes persistantes dans les compétences humaines de plusieurs pays, l’enquête 2020 des Nations Unies sur l’administration en ligne, qui analyse les tendances en matière d’e-gouvernement, a fait état de « signes positifs d’une accélération des progrès » en Afrique.
En 2020, 15 pays africains ont ainsi été classés dans un groupe dont l’indice de développement de l’administration en ligne est plus élevé que celui obtenu lors de la dernière enquête de 2018. Seuls 7 pays parmi les 54 que compte le continent sont toujours dans le groupe présentant l’indice le plus bas. Malgré tout, les avancées dans la transformation numérique des seuls gouvernements ne suffisent pas, puisque le développement et l’utilisation de l’IA engendrent des transformations sociales, environnementales et économiques qui nécessitent des réponses créatives ainsi qu’une meilleure gouvernance sous l’action conjuguée des parties prenantes.
Dans ce contexte, certains gouvernements africains ont lancé des stratégies, des politiques, des programmes éducatifs, des programmes de recherche, des formations et des initiatives autour de l’IA pour accompagner l’innovation via des start-up. Pour les gouvernements, l’IA représente un levier économique important, avec la perspective de 15 700 milliards de dollars supplémentaires dans le PIB mondial, dont 6 600 milliards provenant de la hausse de la productivité et 9 100 milliards issus des effets de consommation. Bien que ces chiffres prêtent à débat, l’Amérique du Nord et la Chine devraient être à l’origine de 70 % de l’impact économique mondial de la révolution de l’IA. Afin de favoriser l’échange de connaissances et la mutualisation des expériences, des référentiels et des observatoires des politiques d’IA recueillent des informations sur les initiatives nationales en matière de gouvernance de l’IA.
Toutefois, les informations sur les initiatives africaines restent éparses. Ce rapport vise à combler le déficit d’informations relatives aux priorités stratégiques, aux mesures politiques, aux défis de développement, aux besoins de compétences humaines et institutionnelles et aux cadres juridiques en matière d’IA dans les pays africains et à mettre en lumière les questions d’égalité des genres dans le développement et l’utilisation de l’IA. Par ailleurs, malgré des signes encourageants, il est possible de mobiliser davantage l’innovation et le développement numériques pour créer un environnement propice au développement et à l’utilisation de l’IA conformes aux droits de l’homme et aux principes de développement durable et pour veiller à ce que l’Afrique participe et contribue activement au développement et à l’utilisation de l’IA. L’objectif de cette enquête était d’explorer ce dernier point plus en détail.
Recommandations relatives aux initiatives politiques en faveur de la gouvernance de l’IA et adressées aux organisations intergouvernementales, aux organismes de développement et aux États membres de l’UNESCO
- Concevoir un ensemble de politiques relatives à l’IA dans les domaines de la science, de la technologie, de l’innovation, de l’éducation, de la culture et de la politique de communication pour le développement durable qui sont susceptibles d’orienter les politiques nationales.
- Élaborer des guides de mise en œuvre et proposer des exemples d’utilisation de modèles illustrant l’application des principes éthiques de l’IA.
- Lancer des projets pilotes pour déterminer comment exploiter l’IA et les données d’apprentissage et ainsi saisir les opportunités dans les domaines prioritaires identifiés par les États membres de l’UNESCO.
- Élaborer des directives politiques en coopération avec les gouvernements, le secteur privé, le milieu universitaire et la société civile pour traiter les préjugés de genre et les discriminations algorithmiques.
Un nécessaire développement des cadres juridiques et réglementaires pour la gouvernance de L’IA
L’expansion du développement et de l’utilisation de l’IA dans différents domaines s’accompagne d’un besoin d’orientation sur le plan réglementaire afin de veiller à ce que cette utilisation soit conforme aux droits de l’homme et encourage l’innovation et la croissance. Ces dernières devront être portées par un secteur privé capable d’élaborer des produits et des services dans un cadre réglementaire légal prévoyant une atténuation des risques.
Sur les 32 pays qui ont répondu au questionnaire :
- 22 ont déclaré s’être dotés d’un cadre juridique de protection des données personnelles. Il convient cependant de noter que ces lois de protection des données devront être en phase avec les nouveaux usages et applications des données, qui seront susceptibles de générer notamment des préjugés, des discriminations et des atteintes à la vie privée. L’enquête n’est pas entrée dans les détails de cette problématique.
- 9 pays ont déclaré avoir mis en place une protection juridique contre les préjugés et les discriminations générés par les algorithmes.
- 19 pays ont indiqué avoir pris des mesures pour donner libre accès aux données gouvernementales dans un format consultable facilement.

Recommandations relatives aux cadres juridique et réglementaire pour la gouvernance de l’IA et adressées aux organisations intergouvernementales, aux organismes de développement et aux États membres de l’UNESCO
Adapter et tester les cadres pour évaluer les risques des applications IA en matière de droits de l’homme et de diligence raisonnable dans le but de s’assurer qu’elles n’entravent pas les libertés et les droits fondamentaux. De plus, l’UNESCO élabore actuellement un cadre plus global de l’éthique de l’IA comprenant un volet d’évaluation de l’éthique de l’IA qui tiendra compte des droits de l’homme, des droits fondamentaux et du droit à la dignité humaine. Ces directives offriront un cadre plus robuste pour évaluer et traiter les défis et les opportunités de l’IA pour tous les individus et communautés. Ex ante : garantir l’absence de discrimination dans la sélection des jeux de données et dans les choix de conception des développeurs. Expliciter les valeurs qui sous-tendent ces choix, notamment celles qui concernent les préjugés de genre, implicites ou non. Ex post : prévoir un strict suivi des résultats qui pourraient nuire à différents droits : liberté d’expression, vie privée, égalité, etc. Concevoir et actualiser les cadres juridiques et réglementaires pour la protection des données personnelles et la gouvernance des données, notamment par l’élaboration de lois types.
Recommandations relatives au renforcement des compétences nécessaires pour relever les défis éthiques de l’IA, adressées aux organisations intergouvernementales, aux organismes de développement et aux États membres de l’UNESCO :
- Développer des formations pour intégrer l’enseignement de l’éthique de l’IA aux différents niveaux du cursus scolaire et universitaire ainsi qu’à d’autres parties prenantes du secteur tout en s’appuyant sur le processus d’élaboration du projet de Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle de l’UNESCO.
- Favoriser l’échange de connaissances sur la dimension éthique des technologies numériques entre les différents décideurs. Cela concerne notamment la fracture numérique des genres tant au niveau de la participation féminine dans les disciplines STIM, qu’au niveau des préjugés et stéréotypes de genre qui peuvent être diffusés par l’utilisation des systèmes d’IA en l’absence d’une conception éthique de l’IA.

