

Auteure : Marie de Vergès
Site de publication : Le Monde
Type de publication : Article de presse
Date de publication : 17 juillet 2019, modifié en novembre 2021
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Les vêtements chics sur portants noirs tranchent avec l’atmosphère rugueuse et populaire d’Oxford Street, ses fast-foods et ses magasins d’électroménager. Pourquoi avoir choisi une telle adresse au lieu des faubourgs cossus qui ont poussé plus au nord, dans la zone de l’aéroport ? « J’ai grandi dans ce quartier, j’y ai puisé mes influences, répond la directrice artistique, sur le ton de l’évidence. Notamment auprès de ma grand-mère, dont la maison se trouvait à deux minutes d’ici. » Christie Brown est le nom de cette aïeule qui fut couturière toute sa vie et confectionnait, sur son éternelle machine Singer, des vêtements pour le voisinage. En wax, insiste Aisha, et jamais en kente, cette étoffe pourtant traditionnelle du Ghana aux motifs géométriques et colorés.
On ne discute pas l’héritage familial. Et puis Osu est Osu. Dans cette capitale anglophone, plus relax et proprette que ses voisines ouest-africaines, le quartier occupe une place à part. Ni centre historique ni centre administratif, il est centre de vie. Le lieu par excellence où sortir et consommer, plèbe et bourgeoisie mêlées. Les uns se pressent dans les chop bars, ces petites cantines de rue où l’on se régale de foufou au manioc ou de riz jollof. Les autres sirotent un jus de bissap à la terrasse du Republic sur fond de musique afrobeat. Entre les maisons basses et les constructions anarchiques, de nouveaux immeubles sortent de terre, comme la preuve de l’émergence d’une classe moyenne. L’air, chaud et moite, est chargé d’effluves salées. Tout au sud, le quartier s’ouvre sur le golfe de Guinée et le fort de Christiansborg, bâti au XVIIe siècle à l’époque des comptoirs danois.
Formée à Londres, Nana est ce que l’on appelle une returnee, nom donné aux Ghanéens de retour après des années passées à l’étranger. Ils seraient, dit-on, de plus en plus nombreux à Accra, contribuant à la métamorphose d’Osu
« Osu ne dort jamais », constate la Libanaise Nada Moukarzel, arrivée sur place il y a vingt-quatre ans. Cette esthète possède les clés des restaurants les plus en vue de la capitale, dans les secteurs plébiscités par les expatriés. Mais c’est à Osu que Nada a installé son espace-phare, La Maison, un lieu de vente et d’exposition. Dans cette étonnante bâtisse en bois, elle présente, au milieu de meubles design, les œuvres d’artistes ghanéens contemporains. « Par rapport au reste de la ville, estime-t-elle, ce coin cultive une atmosphère plus arty. »
L’historienne de l’art et cinéaste Nana Oforiatta-Ayim va plus loin. « S’il fallait oser une comparaison, on pourrait dire qu’Osu est un genre de petite enclave berlinoise », s’amuse-t-elle. Un Kreuzberg bis, en somme, comme se nomme à Berlin le quartier des Turcs, des fêtards et des créateurs branchés. Vue d’Accra, la capitale allemande paraît loin. « Mais on retrouve cette même énergie, confie la jeune femme à la silhouette de brindille, ce mélange de magasins à tout faire, de boulevards très passants et d’endroits tendance. Il y en a de plus en plus ici. » Formée à Londres, Nana est ce que l’on appelle une returnee, nom donné aux Ghanéens de retour après des années passées à l’étranger. Ils seraient, dit-on, de plus en plus nombreux à Accra, contribuant à la métamorphose d’Osu. On les retrouve par exemple au Kukun, ovni blanc aux lignes épurées, partagé entre café et espaces de co travail, où des jeunes gens affairés pianotent sur leur ordinateur portable.
Au Ghana, étoile du panafricanisme depuis l’époque du père de l’indépendance, Kwame Nkrumah, Osu sera-t-il le creuset d’une scène qui rêve de s’adresser à tout le continent ? « Le quartier, estime Stefania, aurait tout de même besoin d’un léger ravalement de façade », pour ne pas finir éclipsé par les secteurs plus huppés. Quant aux créateurs et designers, ils devraient unir leurs énergies pour sortir de l’ « adolescence » et construire une véritable industrie. Mais, conclut-elle, « on a le potentiel pour devenir un nouveau Soho. »
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