

Type de publication : Rapport
Date de publication : Juin 2025
Site de l’organisation : bidc-ebid.org
Auteur : Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC)
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La croissance en Afrique de l’Ouest donne l’illusion de la solidité. En 2024, la croissance de la CEDEAO atteint 5,1 %, mais cette dynamique repose surtout sur les pays de l’UEMOA, dont l’activité progresse de 6,1 %, alors que la zone monétaire dominée par le Nigeria demeure confrontée à une inflation très élevée, liée notamment à la dépréciation du naira et aux tensions sur le marché des changes. Cette distinction entre espaces monétaires est essentielle pour comprendre les divergences de trajectoire au sein de la région. Ce contraste n’est pas anecdotique. Il révèle une fracture structurelle au sein de la région et rappelle une évidence souvent occultée : l’Afrique de l’Ouest ne forme pas un bloc économique homogène. C’est précisément ce que met en lumière ce rapport, qui mérite une attention particulière. Il intervient à un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest. La région combine aujourd’hui plusieurs sources de vulnérabilité : ralentissement du commerce mondial, durcissement des conditions financières internationales, persistance de l’inflation, dépendance aux matières premières et montée des tensions politiques et institutionnelles. À cela s’ajoutent les conséquences économiques du retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO. L’un des principaux apports du document tient à sa capacité à mettre en relation des phénomènes souvent analysés de manière isolée. Il montre que les tensions commerciales mondiales, la hausse des taux d’intérêt, les fluctuations du dollar, l’évolution des prix du pétrole ou de l’or et les recompositions géopolitiques produisent des effets différenciés selon les pays de la région. Les exportateurs de pétrole sont pénalisés par le repli des cours, tandis que les pays producteurs d’or bénéficient d’un afflux de recettes et d’un renforcement de leurs réserves extérieures. Mais au-delà de ces contrastes, le rapport met surtout en évidence la fragilité des équilibres macroéconomiques. Malgré une croissance relativement soutenue, les déficits publics restent importants et le ratio dette/PIB de la CEDEAO a dépassé 60 % en 2024. Cette situation limite les marges de manœuvre des gouvernements au moment même où les besoins d’investissement sont considérables, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et les services sociaux. En outre, le rapport apporte un éclairage particulièrement utile sur les risques associés à la fragmentation régionale. Il souligne qu’un recul de l’intégration ouest-africaine aurait des conséquences directes sur les échanges, la circulation des biens, la coordination sécuritaire et la résilience économique. Dans une région où le commerce intra-communautaire demeure déjà faible, autour de 8,6 % des échanges totaux, toute désintégration supplémentaire pourrait accentuer les coûts de transaction, réduire les débouchés régionaux et fragiliser davantage les économies les plus « enclavées ».
La croissance ne suffit pas à garantir une amélioration durable des conditions économiques. Plusieurs pays affichent des performances solides en matière de Produit intérieur brut (PIB) tout en restant confrontés à une inflation persistante, à une forte vulnérabilité extérieure et à une détérioration des finances publiques. Les décideurs doivent donc dépasser les seuls indicateurs de croissance et accorder davantage d’importance à la qualité de cette croissance, à sa soutenabilité et à sa capacité à créer des emplois. Le rapport montre clairement que la dépendance aux matières premières reste un piège. Les économies ouest-africaines demeurent fortement exposées aux variations des cours de l’or, du pétrole, du cacao ou d’autres produits d’exportation. Cette dépendance rend les recettes publiques instables et accroît la vulnérabilité face aux chocs extérieurs. Le rapport montre ainsi que les pays pétroliers ont souffert du recul des prix du brut, tandis que les producteurs d’or ont bénéficié d’une conjoncture plus favorable. À long terme, la diversification productive apparaît donc comme une condition essentielle de la stabilité macroéconomique. Cela passe par le développement de chaînes de valeur agricoles et industrielles, la transformation locale des ressources et le soutien aux PME productives. Le faible niveau de commerce intra-régional n’est pas juste un indicateur, c’est un signal d’alerte. Les économies ouest-africaines sont trop petites pour réussir seules. Mais attention, le rapport montre aussi que l’intégration ne peut pas être seulement institutionnelle. Les enjeux monétaires restent centraux dans la région. Les épisodes de dépréciation des monnaies ont alimenté l’inflation, renchéri le coût des importations et aggravé le poids de la dette extérieure. Pour les pays concernés, cela souligne l’importance de politiques monétaires crédibles, d’une meilleure gestion des réserves de change et d’un renforcement des mécanismes régionaux de coordination financière. Par ailleurs, le rapport met en évidence les coûts potentiels d’un affaiblissement de l’intégration régionale. La fragmentation politique ou institutionnelle réduit les possibilités de commerce, limite les économies d’échelle et affaiblit la capacité de négociation collective face aux grands partenaires internationaux. Dans un contexte marqué par la montée des tensions commerciales mondiales, les pays de la région ont au contraire intérêt à approfondir leurs échanges intra-africains, à réduire les barrières non tarifaires et à accélérer la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine. Le rapport invite à repenser les politiques publiques autour d’un impératif de résilience. Les économies de la « zone WATHI » devront être capables d’absorber des chocs multiples : hausse des prix alimentaires, durcissement des conditions de financement, tensions politiques, instabilité sécuritaire ou perturbations du commerce mondial. Cela suppose de renforcer les filets sociaux, d’investir dans les infrastructures régionales, de consolider les finances publiques et d’améliorer la gouvernance économique. Plus que jamais, la résilience dépendra de la capacité des États à agir de manière coordonnée et à inscrire leurs politiques dans une perspective régionale.
Les extraits proviennent des pages : 2, 3, 4, 13, 16, 17, 37
Performance
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a enregistré une croissance robuste de 5,1 % en 2024, contre 3,9 % en 2023. Cette progression tient principalement à une forte croissance de 6,1 % enregistrée au sein de l’Union Economique et Monétaire ouest-africaine (UEMOA), contre 5,1% en 2023, et à une croissance de 3,9% dans la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) plus Cabo Verde (ZMAO+), contre 3,1 % en 2023. L’inflation moyenne dans la sous-région s’est accentuée, passant de 20,8 % en 2023 à 23,7% en 2024, principalement en raison des pressions exercées sur le taux de change au Nigéria.
L’inflation moyenne s’est établie à 3,4 % en 2024 dans l’espace UEMOA, contre 3,8 % en 2023. En revanche, l’inflation moyenne a explosé dans la ZMAO+, avec un taux de 30,4 % en fin d’année 2024 contre 26,3% en 2023, étant entendu qu’aucun des pays de la ZMAO n’a réussi à respecter le critère de convergence de l’inflation, fixé à 5,0 % par la CEDEAO.
Le solde budgétaire s’est détérioré à -4,8 % du PIB en 2024 contre -4,6 % en 2023. Cependant, l’UEMOA a enregistré une amélioration de son solde budgétaire, soit -5,2 % du PIB en 2024 contre -6,2 % en 2023, tandis que celui de la ZMAO + s’est stabilisé à -4,0 % en 2024. Cette performance résulte principalement d’une amélioration du ratio du Nigeria par rapport à celui de 2023, même si le solde budgétaire du Ghana a plus que doublé, passant de -3,6 pour cent du PIB en 2023 à – 7,7 pour cent en 2024. Le ratio dette/PIB de la CEDEAO est passé de 56,5 % du PIB en 2023 à 60,7 % en 2024. Ce ratio a légèrement augmenté dans l’UEMOA, passant de 63,8 % à 65,1 % en 2024, tandis qu’il a connu une hausse marquée dans la ZMAO +, passant de 52,6 % à 55,4% en 2024.
Le solde du compte courant est resté déficitaire en 2024, la CEDEAO enregistrant en fin d’année un taux de -0,3 % du PIB contre -2,8 % en 2023, tandis que celui de l’UEMOA s’est nettement amélioré, passant de -10,1 % en 2023 à -6,1 % en 2024. Dans la ZMAO +, le déficit du compte courant s’est également résorbé, passant de 0,2 % du PIB en 2023 à 3,8% en 2024.
Perspectives
La croissance de la CEDEAO devrait se modérer à 5,0 % en 2025 avant de rebondir à 5,4 % en 2026. L’UEMOA devrait enregistrer une croissance de 6,2% en 2025, avant de régresser à 5,6 % en 2026. La ZMAO+ devrait, quant à elle, enregistrer une croissance de 3,4 % en 2025 et 3,7 % en 2026. À moyen terme, l’inflation devrait se maintenir à deux chiffres, bien que suivant une tendance baissière, principalement en raison des rigidités structurelles et des pressions exercées par le taux de change dans la ZMAO. L’inflation moyenne devrait reculer à 18,6 % d’ici la fin de l’année 2025, puis à 15,3 % en 2026, la ZMAO + affichant une inflation moyenne de 24,0% et 19,7% en 2025 et 2026, respectivement.
Dans l’UEMOA, l’inflation moyenne devrait baisser et passer sous la barre des 3 % pour la première fois depuis 2020, avec un taux de 2,6 % en 2025 avant de remonter légèrement à 2,8% en 2026.
Le solde budgétaire de la CEDEAO devrait se redresser à -3,9% du PIB en 2025 et -3,6% en 2026, tandis que l’UEMOA devrait terminer l’année 2025 avec un taux de -3,8% du PIB et – 3,3 % en 2026.
S’agissant de la ZMAO+, elle devrait enregistrer un solde budgétaire de -4,1 % du PIB en 2025 et -4,0% en 2026. Le ratio dette publique/PIB dans la CEDEAO devrait se contracter à 58,2 % du PIB en 2025 puis à 56,3 % en 2026. Celui de l’UEMOA devrait légèrement baisser pour se fixer à 63,6 % et 61,9 % du PIB en 2025 et 2026, respectivement. Dans la ZMAO+, ce ratio devrait aussi baisser, se fixant à 54,3 % du PIB et 52,8 % du PIB en 2025 et 2026 respectivement.
La croissance de la CEDEAO devrait se modérer à 5,0 % en 2025 avant de rebondir à 5,4 % en 2026. L’UEMOA devrait enregistrer une croissance de 6,2% en 2025, avant de régresser à 5,6 % en 2026
Le solde du compte courant de la CEDEAO devrait légèrement se détériorer atteignant -0,4 % du PIB en 2025, puis s’améliorer légèrement pour atteindre -0,05 % en 2026. Celui de la ZMAO + devrait rester sur une trajectoire positive, bien qu’il devrait fléchir à 2,1% du PIB en 2025, puis à 2,0 % en 2026. Dans l’espace UEMOA, le déficit du compte courant devrait également se réduire passant de -4,4 % du PIB en 2025 à -3,2 % en 2026.
Scénarios de croissance
- Dépréciation du dollar : elle devrait entraîner une baisse du coût des importations, une baisse de la dette publique ainsi que du service de la dette, tout en favorisant une amélioration des réserves de change et une atténuation des pressions inflationnistes.
- Hausse des cours de l’or et du cacao : cela devrait renforcer les réserves des banques centrales, leur offrant ainsi une marge de manœuvre pour défendre la monnaie nationale. Les recettes exceptionnelles tirées des exportations contribueront à la consolidation du solde budgétaire.
- Modération des prix du pétrole brut : une baisse du prix du pétrole brut se traduit par une réduction des coûts d’importation, un facteur favorable au redressement des finances publiques ainsi qu’à l’atténuation des pressions inflationnistes.
Risques de détérioration
Vulnérabilité des transferts de fonds : l’instauration d’une taxe sur les transferts de fonds aux Etats-Unis aura un impact négatif sur le volume total des transferts, ce qui pourrait détériorer la situation des réserves des banques centrales et, par conséquent, juguler la croissance du PIB.
- Revirement du taux de change : plusieurs devises se sont appréciées par rapport au dollar. Toutefois, si cette dynamique venait à s’inverser, elle pourrait engendrer une spirale inflationniste et entraver la croissance économique. Baisse des prix des produits de base : celle-ci aura un effet défavorable sur la situation des réserves ainsi que sur la gestion des devises.
- Désintégration régionale : le commerce intra-CEDEAO connaîtra un déclin par suite de cette désintégration régionale. Enjeux politiques : les tensions électorales pourraient compromettre le dividende démocratique. » Hausse des prix du pétrole brut : l’envolée des cours du pétrole brut, consécutive à l’attaque de l’Iran par Israël le 13 juin 2025, pourrait maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé. Une telle situation exercerait des pressions inflationnistes sur les États membres.
Guerres commerciales et fragmentation régionale
La guerre commerciale n’est pas dénuée d’effets positifs, en particulier pour les exportateurs d’or et les importateurs nets de pétrole. En effet, la fermeté des cours de l’or, en raison de son statut de valeur refuge, a généré des recettes substantielles, permettant de renforcer les réserves. Parallèlement, la baisse des prix du pétrole s’est traduite par une réduction des factures d’importations. En revanche, cette même baisse a entraîné une contraction des recettes pour les principaux pays exportateurs de pétrole, avec des répercussions non négligeables.
Par ailleurs, les tensions commerciales pourraient provoquer une hyperinflation, ce qui nécessiterait une réponse de politique monétaire, probablement sous la forme d’une hausse des taux directeurs.
Dans le contexte actuel de taux déjà élevés, une telle évolution se traduirait par une hausse du coût de l’endettement.
Le retrait envisagé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger de la Communauté entraînera des répercussions négatives sur le commerce intrarégional qui s’élevait en moyenne à 8,6 % au cours des trois dernières années.
Le départ de ces trois pays devrait entraîner une baisse de 3,4 points de pourcentage du commerce intra-CEDEAO, qui passerait ainsi à 5,2 %, alors que le commerce entre ces trois pays s’est établi en moyenne à 46 % au cours des trois dernières années. Toutefois, à l’exclusion de ces trois pays, la part de la CEDEAO dans le commerce mondial ne connaîtrait qu’une légère baisse passant de 0,58 % à 0,54 % à la fin de 2024.
Alourdissement du fardeau de la dette
Le profil d’endettement de la sous-région continue de se détériorer au fil des années. En effet, le ratio dette/PIB de la CEDEAO a progressé de 56,5 % en 2023 à 60,7 % en 2024. Dans l’espace UEMOA, ce ratio a connu une faible hausse passant de 63,8% en 2023 à 65,1% en 2024, tandis qu’il a sensiblement augmenté dans la ZMAO+ passant de 52,6 % à 55,4%. En revanche, ‘AES a enregistré une légère amélioration de son ratio dette/PIB qui a baissé de 52,2 % en 2023 à 50,8 % en 2024.
Toutefois, plusieurs pays ont dépassé le seuil de convergence macroéconomique de la CEDEAO fixé à 70 % du PIB, notamment le Cabo Verde (113,7 % du PIB), la Gambie (72,9 % du PIB), le Ghana (70,5 % du PIB), la Guinée-Bissau (82,3 % du PIB), le Sénégal (113,7 % du PIB), et le Togo (70,6 % du PIB). Malgré cette tendance générale à la hausse, huit des quinze États membres ont réussi à améliorer leur profil d’endettement en 2024 (graphique 13). La Sierra Leone a enregistré la plus forte réduction de son ratio dette/PIB (-6,9 points de pourcentage), suivie du Ghana (-5,9 points de pourcentage) et du Niger (-4,7 points de pourcentage). À l’inverse, la Guinée a affiché la plus forte hausse (+10,5 points de pourcentage), suivie du Sénégal (+6,3 points de pourcentage) et du Nigeria (+4,2 points de pourcentage).
Le départ de ces trois pays devrait entraîner une baisse de 3,4 points de pourcentage du commerce intra-CEDEAO, qui passerait ainsi à 5,2 %, alors que le commerce entre ces trois pays s’est établi en moyenne à 46 % au cours des trois dernières années
Redressement du compte courant
Le solde du compte courant de la CEDEAO et de tous ses blocs sous-régionaux a connu une amélioration en 2024. En effet, il est passé de -2,8 % du PIB en 2023 à -0,3 % en 2024, tandis que celui de l’UEMOA s’est nettement amélioré, passant de -10,1 % du PIB en 2023 à – 6,1% du PIB en 2024. Dans la ZMAO+, le compte courant a poursuivi sa dynamique positive, avec un taux de 3,8 % du PIB en 2024 contre 0,2 % du PIB en 2023.
L’AES a également enregistré une amélioration de son ratio compte courant/PIB, qui est passé de -9,8 % en 2023 à -6,0 % en 2024. Ainsi, 11 des 15 États membres ont connu une amélioration du solde de leur compte courant en 2024, tandis que la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Togo ont enregistré une détérioration sur cette période. Parmi les États membres, seuls le Nigeria (9,1 % du PIB) et le Ghana (1,6 % du PIB) ont affiché un solde du compte courant excédentaire en 2024 .
Effets délétères de la guerre commerciale mondiale
L’architecture commerciale mondiale a été profondément bouleversée par les récentes annonces de tarifs douaniers et des renonciations de l’application de ces mesures tarifaires, notamment celles initiées par les États-Unis à l’encontre des autres régions du monde. Ce qui avait débuté comme une série de “droits de douane réciproques” ciblant le Canada, le Mexique, la Chine et l’Union européenne s’est rapidement transformé en une déferlante de représailles tarifaires des Etats-Unis contre presque tous les pays à travers le monde.
L’administration américaine, estimant que sa balance commerciale avec les grandes puissances économiques étant déséquilibrée, a justifié ces actions par sa volonté d’améliorer ses termes de l’échange, entraînant l’instauration de droits de douane sur une large gamme de produits.
Ces nations ont adopté des mesures palliatives en instituant des droits de douane réciproques à l’encontre des Etats-Unis, afin de restaurer un équilibre économique. La Chine, quant à elle, a non seulement appliqué un droit de douane de 10% sur certains produits américains, mais a également instauré des tarifs sur certaines exportations agricoles d’origine canadienne, et ce, en riposte des mesures protectionnistes visant les véhicules électriques et les métaux chinois.
L’AES a également enregistré une amélioration de son ratio compte courant/PIB, qui est passé de -9,8 % en 2023 à -6,0 % en 2024. Ainsi, 11 des 15 États membres ont connu une amélioration du solde de leur compte courant en 2024, tandis que la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Togo ont enregistré une détérioration sur cette période
Le 2 avril 2025, l’administration américaine a instauré des droits de douane substantiels sur les importations, avec un taux plancher de 10 %. La Chine, dont les droits de douane de base s’élevaient à 145 %, a répliqué en imposant des tarifs minimums de 125 % sur les produits américains.
Bien que ces mesures aient été suspendues dans la foulée pour une durée de 90 jours, ce n’est que le 12 mai que la Chine et les États-Unis ont conclu un accord visant à suspendre ces droits de douane exorbitants. Ainsi, les droits de douane américains sur les importations chinoises ont été réduits à 30 %, tandis que les droits chinois sur les produits américains ont été réduits à 10 %.
L’incertitude engendrée par les guerres tarifaires a déstabilisé les marchés financiers mondiaux, affectant particulièrement les marchés boursiers ainsi que le dollar américain. Le cours de l’or a grimpé en flèche, les investisseurs cherchant à sécuriser leurs actifs en dehors des devises traditionnelles.
Par ailleurs, les exportations chinoises vers les États-Unis ont enregistré une baisse de plus de 21 % en avril 2025 par rapport à 2024.
Les taux d’intérêt se situent déjà à des niveaux élevés, en particulier pour les pays et institutions financières dont la notation de crédit est inférieure à la catégorie “investment-grade”. Une progression de ces taux pourrait se profiler à l’horizon si les États-Unis maintiennent leur politique monétaire actuelle.
Dans ce contexte, les autorités monétaires pourraient être amenées à reconsidérer les récentes baisses des taux directeurs, afin de contenir les pressions inflationnistes qui en découleraient. Par ailleurs, la sous-région pourrait être confrontée à une inflation, les producteurs cherchant à compenser les pertes enregistrées sur d’autres marchés par une majoration des prix locaux. La CEDEAO ne sera donc pas à l’abri de ces répercussions. Les avancées obtenues récemment pourraient être compromises si des mesures appropriées ne sont pas prises en temps opportun.
Perspectives commerciales de la CEDEAO et recommandations
Au regard des performances commerciales observées sur les trois dernières années, les États membres de la CEDEAO doivent redynamiser leurs capacités de production. Cet effort est essentiel non seulement pour atténuer les répercussions potentielles du retrait des pays de l’AES sur le commerce intrarégional, mais également pour accroître la contribution de la CEDEAO au commerce continental et mondial.
La Chine, quant à elle, a non seulement appliqué un droit de douane de 10% sur certains produits américains, mais a également instauré des tarifs sur certaines exportations agricoles d’origine canadienne, et ce, en riposte des mesures protectionnistes visant les véhicules électriques et les métaux chinois
À cet effet, les États membres de la CEDEAO se doivent d’harmoniser leurs politiques industrielles afin de favoriser le développement industriel et la production de biens et services répondant aux besoins des consommateurs de la sous-région, tout en stimulant les échanges intra régionaux.
Par ailleurs, les pays de la CEDEAO doivent pleinement tirer parti des opportunités offertes par la ZLECAf, en faisant du principe de la règle d’origine de la ZLECAf, le pivot de leurs stratégies d’industrialisation, afin de renforcer leur intégration commerciale au sein du commerce africain.
Les stratégies destinées à l’amélioration du climat des affaires, à attirer les investissements directs étrangers et inciter les investisseurs nationaux à s’engager davantage dans les économies de la sous-région devraient, dans toute la mesure du possible, promouvoir la transformation locale des produits au sein de chaque État membre de la CEDEAO.
Une telle initiative devrait d’une part, cibler les biens de consommation régionale pour dynamiser le commerce intrarégional, et d’autre part, ceux adaptés aux exigences des marchés internationaux pour faciliter l’intégration de la CEDEAO dans le commerce mondial.
Par ailleurs, l’efficacité énergétique demeure un enjeu majeur pour l’industrialisation et la relance des capacités commerciales de la CEDEAO. Dans un contexte où l’électricité constitue un intrant indispensable aux activités économiques, les États membres doivent intensifier leurs efforts en matière de production énergétique et d’accès à l’électricité.
