

Auteur : Groupe de la Banque Mondiale
Site de publication: Groupe de la Banque Mondiale
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2022
Lien vers le document original
La région a réalisé des progrès rapides en matière d’élargissement de l’accès à l’éducation, mais reste à la traîne par rapport aux autres régions du monde. En moyenne, seuls 31 pourcent des enfants de la région bénéficient des programmes d’éducation de la petite enfance. Les enfants ne vont pas tous à l’école primaire et les taux de scolarisation dans le secondaire sont nettement inférieurs à ceux des autres régions. Avec 20 pourcent des enfants en âge d’être scolarisés qui ne vont pas à l’école, la région AOC compte le plus grand nombre d’enfants non scolarisés au monde. La couverture insuffisante de l’enseignement dans le passé explique la présence d’un grand nombre d’adultes peu instruits au sein de la population active dans toute la région.
Fait plus inquiétant que la faiblesse de la couverture, le niveau d’apprentissage à travers la région est faible. Selon les estimations, 80 pourcent des enfants âgés de 10 ans dans la région AOC souffrent de pauvreté des apprentissages, c’est-à-dire d’une incapacité à lire et à comprendre un texte simple. En ce qui concerne l’enseignement post-fondamental, la région est confrontée à des écarts chroniques en termes de niveaux d’instruction et de participation à la vie active, en particulier chez les jeunes femmes ; le taux de chômage des jeunes est élevé, même chez ceux qui sont instruits et formés. En moyenne, moins de 4 pourcent des élèves du secondaire sont inscrits dans l’enseignement technique et formation professionnelle formel ; et le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur s’établit à seulement 11 pourcent en moyenne, ce qui est bien inférieur aux moyennes de 54 pourcent de l’Amérique latine et des Caraïbes, et de 74 pourcent de la zone de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Même avec cette faible couverture, la proportion de jeunes instruits âgés de 15 à 24 ans qui ne sont pas scolarisés, n’exercent aucun emploi et ne suivent aucune formation est importante dans certains pays d’AOC.
En moyenne, seuls 31 pourcent des enfants de la région bénéficient des programmes d’éducation de la petite enfance. Les enfants ne vont pas tous à l’école primaire et les taux de scolarisation dans le secondaire sont nettement inférieurs à ceux des autres régions
Le secteur de l’éducation est sous-financé dans la plupart des pays de la région. Seuls six pays de la région AOC consacrent au moins 4 pourcent de leur produit intérieur brut à l’éducation, soit la limite inférieure de la fourchette de 4 à 6 pourcent du PIB qui caractérise les pays dotés de systèmes éducatifs performants. Les pays les moins bien dotés en ressources ont dépensé en moyenne seulement 2,3 pourcent du PIB pour l’éducation en 2017-2018. La pandémie de COVID-19 a exacerbé bon nombre des problèmes chroniques des systèmes éducatifs de la région AOC, mettant en péril les progrès durement acquis à ce jour. Au pic de la pandémie, 101 millions d’apprenants n’ont pas pu assister aux cours en présentiel et la plupart n’ont pas pu apprendre en ligne en raison du manque d’accès et des problèmes de connectivité à Internet.
Si ces indicateurs clés dressent un tableau sombre de la région, de nombreuses initiatives régionales et nationales intéressantes sont mises en œuvre en réponse aux défis liés au COVID-19. La stratégie régionale en matière d’éducation prend en considération les meilleures pratiques internationales, en s’appuyant sur les modèles de systèmes éducatifs souvent cités, à l’instar de ceux de Singapour, de Finlande ou du Vietnam. Toutefois, elle fait également référence aux expériences propres à la région. La stratégie vise ainsi à inspirer et à informer la mise à l’échelle d’interventions prometteuses et de bonnes pratiques dans une plus grande partie de la région.
L’impératif économique et social
Investir dans l’éducation dans la région AOC produira des rendements substantiels tant sur le plan individuel que collectif. Un plus grand nombre d’années de scolarité et une meilleure qualité de l’éducation sont associés à de meilleurs emplois formels et à des revenus plus élevés. Investir dans l’éducation permettrait de réduire la pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée. Une augmentation du taux brut de scolarisation au primaire de 50 à 100 pourcent entraînerait une augmentation de 8 points de pourcentage de la part des revenus des ménages du décile le plus pauvre. L’éducation permettrait également d’améliorer la survie des enfants et les résultats en matière de santé, de réduire les taux de mariage d’enfants et de grossesse précoce, et de renforcer le capital social en vue de stabiliser les régions où le tissu social est fragilisé.
Sept mégatendances régionales affectant les résultats en matière d’éducation
La Stratégie régionale d’éducation, en identifiant les domaines et les interventions prioritaires, reconnaît sept mégatendances qui caractérisent le contexte socio-économique de la région et qui exercent une forte influence sur les résultats de l’éducation. Ces mégatendances sont les suivantes :
- une pauvreté généralisée et une faible croissance économique ;
- une croissance démographique rapide, de l’ordre de 3 pourcent par an en moyenne ;
- une forte dépendance à l’égard des ressources non renouvelables pour stimuler la croissance économique ;
- une rupture du contrat social et une recrudescence des conflits violents ;
- un nombre élevé de personnes déplacées internes et de réfugiés ;
- le changement climatique et ses diverses répercussions sur les moyens de subsistance et l’éducation ;
- la révolution de la technologie numérique qui crée des opportunités ainsi que de nouveaux défis. La prise en compte de ces mégatendances est essentielle lors du diagnostic des besoins spécifiques des pays et de l’élaboration de solutions.
Investir dans l’éducation dans la région AOC produira des rendements substantiels tant sur le plan individuel que collectif. Un plus grand nombre d’années de scolarité et une meilleure qualité de l’éducation sont associés à de meilleurs emplois formels et à des revenus plus élevés. Investir dans l’éducation permettrait de réduire la pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée
Objectifs prioritaires au cours du cycle d’apprentissage
La Stratégie régionale d’éducation se concentre sur trois objectifs prioritaires :
- Objectif 1 : Réduire la pauvreté des apprentissages de 80 pourcent en 2020 à 75 pourcent en 2025 et à 66 pourcent en 2030. La réalisation de cet objectif permettrait d’ajouter 11,1 millions d’enfants alphabétisés d’ici 2025 et de 29,7 millions d’ici 2030.
- Objectif 2 : Augmenter le taux brut de scolarisation des filles au secondaire de 43 pourcent en 2020 à 47,9 pourcent en 2025 et à 57,2 pourcent en 2030. La réalisation de cet objectif permettrait de scolariser 4,6 millions de filles supplémentaires dans le secondaire d’ici 2025 et de 12,5 millions d’ici 2030.
- Objectif 3 : Élargir l’accès à une formation professionnelle pertinente par de multiples canaux formels et informels en augmentant le taux brut de scolarisation à l’enseignement supérieur de 11 pourcent en 2020 à 14 pourcent d’ici 2025 et à 20 pourcent d’ici 2030 (soit 3 millions de jeunes de plus d’ici à 2025 et 8 millions de plus d’ici à 2030) ; étendre la formation aux compétences de base à 3,7 millions d’adultes additionnels d’ici 2025 ; et étendre la formation aux compétences numériques à 1 million de jeunes additionnels d’ici 2025. La réalisation de cet objectif permettrait à 60 pourcent des adultes d’obtenir de meilleurs emplois.
La Stratégie porte sur trois domaines: renforcer le leadership stratégique pour un impact à long terme ; investir dans des interventions à haut niveau d’impact tout au long du cycle d’apprentissage pour des gains rapides ; et améliorer la capacité de mise en œuvre pour un impact à long terme. En outre, la stratégie met en évidence certaines priorités transversales font également partie intégrante de la Stratégie.
Renforcer le leadership stratégique pour un impact à long terme
Le leadership stratégique des hauts décideurs politiques porte sur trois interventions au moins :
- Galvaniser l’engagement commun en faveur des objectifs prioritaires de l’éducation. Les outils familiers pour y parvenir comprennent le cadrage adéquat des problématiques et des données en appui à des messages clairs, des dialogues et des réseautages pour créer des alliances pour la réforme, création des situations « gagnant-gagnant » par des négociations et des arrangements pour faire avancer les objectifs nationaux prioritaires. Le dialogue et le réseautage revêtent une importance particulière lorsque les normes sociales, les préférences religieuses ou les questions culturelles constituent des obstacles majeurs au changement.
- Promouvoir une bonne gouvernance du système éducatif, ce qui implique l’adoption d’une approche à l’échelle de l’ensemble du gouvernement, pour favoriser et stimuler la cohérence, la coopération et la coordination entre les silos organisationnels. L’élaboration de stratégies nationales d’éducation dans le contexte des plans de développement globaux peut signaler un engagement politique et mettre en cohérence les efforts de plusieurs organismes. Dans l’enseignement primaire et secondaire, la bonne gouvernance des établissements scolaires requiert un juste équilibre entre redevabilité et autonomie. Dans l’ETFP et l’enseignement supérieur, la bonne gouvernance commence par la mise en place du cadre juridique et réglementaire nécessaire pour définir la redevabilité et l’autonomie des prestataires de services.
- Assurer un financement adéquat et une utilisation efficace des ressources. Les gouvernements de la région AOC doivent prioriser leurs dépenses afin de réduire au minimum, voire d’inverser, les récentes pertes d’apprentissage dues à la pandémie, tout en mobilisant des fonds supplémentaires pour l’éducation. Des budgets plus serrés signifient que les pays d’AOC doivent améliorer la qualité des dépenses publiques en matière d’éducation en réduisant les gaspillages et les fuites, en accordant la priorité au financement d’un enseignement et un apprentissage efficaces, et en garantissant une allocation équitable des ressources.

