

Auteurs : UNESCO, Équipe spéciale internationale sur les enseignants pour Éducation 2030
Site de publication : UNESCO
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2024
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À six ans de la fin du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’échéance des cibles de l’ODD 4, il apparaît clairement que malgré les progrès considérables réalisés pour assurer l’accès à l’éducation, d’importantes difficultés mondiales persistent, dont les crises environnementale et climatique, les catastrophes humanitaires, les instabilités socioéconomiques et les conflits politiques. Ces crises, qui se cumulent, perturbent et gênent la réalisation d’une éducation inclusive, équitable et de qualité pour tous. Ce paysage complexe souligne le besoin urgent de réévaluer et de renforcer nos stratégies pour veiller à ce que les avancées éducatives ne soient pas seulement généralisées, mais aussi résilientes face à ces défis mondiaux et protéiformes. Compte tenu des circonstances, les décideurs politiques et les parties prenantes de l’éducation mondiale s’intéressent de plus en plus aux difficultés interconnectées de l’équité et de la pertinence. Ces deux crises exigent un examen attentif si nous voulons tenir les engagements de l’ODD 4.
La crise de l’équité dans l’éducation comporte plusieurs facettes. Elle comprend tout d’abord le problème persistant de l’exclusion alors que selon les estimations, 244 millions d’enfants de 6 à 17 ans n’étaient pas scolarisés en 2021, soit 9 millions de moins seulement qu’en 2015. De plus, ce nombre a augmenté en 2022 pour atteindre 250 millions, principalement en raison de l’exclusion des filles et de la crise de l’éducation en cours en Afghanistan. En outre, parmi les enfants ayant accès à l’éducation, ils sont nombreux à ne pas atteindre les résultats d’apprentissage attendus pour leur niveau. Dans 18 des 31 pays à revenu faible et à revenu intermédiaire inférieur dont les données sont disponibles depuis 2019, moins de 10 % des enfants ont un niveau d’aptitudes minimum en lecture ou en mathématiques. Il n’existe pas de données mondiales comparables post-COVID-19, mais certaines études indiquent que la pandémie a eu un impact important sur les systèmes éducatifs. Elle a touché plus durement les pays à revenu faible où les fermetures d’écoles se sont prolongées et où les solutions d’apprentissage à distance étaient limitées et moins efficaces que dans les pays plus riches.
Ensuite, la crise de l’équité est exacerbée par des investissements insuffisants et inégaux dans l’éducation entre les nations riches et les pays plus pauvres, ainsi qu’au sein des pays eux-mêmes. Le problème est d’autant plus sérieux dans les pays pauvres lourdement endettés, où une grande partie des recettes publiques sert à éponger la dette extérieure. Enfin, le soutien de la communauté internationale n’est pas adéquat. Par conséquent, malgré les appels mondiaux à financer l’éducation, la part de l’aide internationale consacrée à l’éducation a stagné ces dernières années. La crise de la pertinence dans l’éducation comprend différents problèmes clés. Tout d’abord, les systèmes éducatifs actuels ne préparent pas correctement les élèves à devenir une main-d’œuvre extrêmement adaptable, en particulier compte tenu des progrès de l’automatisation et de l’IA. Il est nécessaire de renforcer les capacités institutionnelles pour que les systèmes éducatifs puissent s’adapter à l’essor constant du monde numérique et aux progrès de l’IA en veillant à ce que les apprenants et les enseignants disposent des outils nécessaires pour relever ces défis, identifier les risques potentiels et saisir d’éventuelles opportunités.
La crise de l’équité dans l’éducation comporte plusieurs facettes. Elle comprend tout d’abord le problème persistant de l’exclusion alors que selon les estimations, 244 millions d’enfants de 6 à 17 ans n’étaient pas scolarisés en 2021, soit 9 millions de moins seulement qu’en 2015. De plus, ce nombre a augmenté en 2022 pour atteindre 250 millions, principalement en raison de l’exclusion des filles et de la crise de l’éducation en cours en Afghanistan
Comme le montre une enquête menée par l’UNESCO dans plus de 450 écoles et universités, elles sont moins de 10 % à avoir développé des politiques institutionnelles et/ou des orientations officielles sur l’utilisation des applications d’IA générative. De plus, les systèmes éducatifs sont incités à développer une compréhension plus complète du changement climatique en préparant les élèves à s’y adapter et à en atténuer les effets, tout en répondant aux problématiques de la justice climatique. Selon une enquête de l’UNESCO qui a analysé les cadres de programme nationaux de 100 pays, à peine plus de la moitié d’entre eux comprenait une mention explicite du changement climatique, mais elle restait généralement superficielle.
Enfin, alors que les divisions sociales et la polarisation du monde s’aggravent et que la confiance dans les gouvernements et les institutions s’érodent, il est urgent que les systèmes éducatifs encouragent une société plus humaine, plus juste et socialement plus cohérente valorisant la diversité, l’équité et le développement durable. Pour affronter ces deux crises à la fois pluridimensionnelles et interconnectées, la transformation des pratiques d’apprentissage et d’enseignement et de la profession enseignante est au cœur des débats politiques internationaux. Ce tournant est essentiel à l’heure où nous devons évaluer les engagements internationaux et nationaux après être entrés dans la deuxième partie du calendrier vers la réalisation de l’ODD 4.
Un rapport mondial sur les enseignants, pourquoi ?
Les études montrent régulièrement que les enseignants sont le principal facteur affectant l’apprentissage des élèves à l’école. Pour assurer à tous une éducation de qualité, chaque enfant doit donc avoir accès à un enseignant qualifié. Cependant, malgré le corpus croissant de recherches sur les enseignants et les problématiques associées, aucun rapport ne contrôle régulièrement les progrès réalisés vers l’ODD 4 et la cible 4.c qui appelle à « accroître considérablement le nombre d’enseignants qualifiés, notamment au moyen de la coopération internationale pour la formation d’enseignants dans les pays en développement, surtout dans les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement » d’ici 2030. Dans ce contexte, le présent Rapport entend aider la communauté internationale à avancer vers l’engagement de veiller à ce que « les enseignants et les éducateurs aient les moyens d’agir, soient recrutés de manière adéquate, jouissent d’une formation et de qualifications professionnelles satisfaisantes, et soient motivés et soutenus au sein de systèmes gérés de manière efficace et efficiente, et dotés de ressources suffisantes », ainsi qu’à surveiller les avancées.
Par conséquent, malgré les appels mondiaux à financer l’éducation, la part de l’aide internationale consacrée à l’éducation a stagné ces dernières années
Pourquoi la pénurie d’enseignants est-elle un problème urgent ?
L’ampleur des pénuries d’enseignants mondiaux a inspiré le thème de ce nouveau Rapport. En 2022, l’UNESCO a donné l’alerte sur les pénuries mondiales et le risque qu’elles font peser sur la réalisation de l’ODD 4. Les projections commandées pour le présent Rapport confirment ces craintes puisqu’il manque 44 millions d’enseignants de niveaux primaire et secondaire dans le monde pour atteindre les objectifs de l’ODD 4 d’ici 2030. Pour assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, inclusive et équitable et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie », des enseignants qualifiés et motivés sont nécessaires dans toutes les classes. Mais dans le monde entier, les pays peinent à atteindre la cible de l’ODD 4, et bien souvent quel que soit leur niveau de revenu. Certains affrontent néanmoins des pénuries et des difficultés plus graves que d’autres. L’Afrique subsaharienne, en plus d’avoir les classes les plus surpeuplées du monde, a aussi les enseignants les plus surchargés, avec des systèmes en grave sous-effectif.
En effet, 90 % des établissements d’enseignement secondaire connaissent de sévères pénuries. Cependant, des tendances inquiétantes sont aussi observées dans les pays à revenu plus élevé où les gouvernements ne parviennent pas à attirer un nombre suffisant d’enseignants alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à quitter la profession. Rien qu’en Europe, 35 systèmes éducatifs ont signalé des pénuries d’enseignants en 2021 . En 2022, il manquait 9 100 enseignants de niveau primaire aux Pays-Bas, 4 000 en France, 2 558 au Japon et bien plus aux États- Unis. De même, une enquête menée au Danemark, en Finlande, en Islande, en Norvège et en Suède révèle que ces pays sont confrontés à une importante pénurie d’enseignants.
En Angleterre, les postes d’enseignant vacants ont triplé entre 2011 et 2016, et les enseignants sont plus nombreux à quitter la profession pour d’autres motifs que la retraite. Les données de l’Enquête internationale sur les enseignants, l’enseignement et l’apprentissage 2018 montrent que 21 % des chefs d’établissement du premier cycle d’enseignement secondaire des pays de l’OCDE participants ont signalé une pénurie d’enseignants qualifiés. Dans certains cas, plus de la moitié des chefs d’établissement interrogés ont indiqué des pénuries, notamment au Viet Nam 86 %, en Arabie saoudite 62 % et en Colombie 53 % OCDE 2019. Les pénuries ont de nombreuses répercussions. Les pénuries d’enseignants sont coûteuses, elles augmentent la charge de travail et elles dissuadent les jeunes de devenir enseignants. Cela peut créer un cercle vicieux : l’éducation de faible qualité désavantage les élèves tout au long de leur vie, ce qui entraîne la reproduction et la perpétuation des inégalités en matière d’éducation. Il peut s’écouler jusqu’à cinq ou six ans entre le moment où les gouvernements s’engagent à recruter plus d’enseignants et le moment où les premiers effets de la présence d’enseignants supplémentaires se font sentir. Il est urgent d’agir et de tenir les engagements pris lors du Forum mondial sur l’éducation en 2015 pour se remettre sur la bonne voie et attirer les 44 millions d’enseignants requis pour assurer le droit fondamental à l’éducation universelle d’ici 2030 UNESCO et Équipe spéciale sur les enseignants 2023. En outre, la profession doit être suffisamment épanouissante pour retenir le personnel enseignant et assurer sa répartition équitable, pour que tous les apprenants bénéficient d’une éducation de qualité. Un enseignement et un apprentissage de qualité pour tous est possible pour les enseignants et les élèves.
Rien qu’en Europe, 35 systèmes éducatifs ont signalé des pénuries d’enseignants en 2021 . En 2022, il manquait 9 100 enseignants de niveau primaire aux Pays-Bas, 4 000 en France, 2 558 au Japon et bien plus aux États- Unis
Des efforts conjoints des gouvernements et de la communauté internationale seront nécessaires pour y parvenir, ainsi que des investissements importants et l’accomplissement des engagements pris. Il est temps d’intensifier ces efforts. Le Rapport appelle à reconnaître les enseignants comme des professionnels compétents et autonomes travaillant de manière collaborative et capables d’utiliser la technologie pour enrichir l’enseignement et l’apprentissage, ainsi que de promouvoir et de contribuer à une communication efficace avec les élèves et les parents. La reconnaissance des compétences et du potentiel transformateur des enseignants doit être au cœur de la valorisation de la profession.
L’enseignement en tant que profession est aujourd’hui confronté à différentes menaces, en particulier celle de son statut. Les pays faisant face à d’importantes pénuries et au déclin de l’attractivité du métier ont été contraints d’augmenter rapidement le nombre d’enseignants. Dans certains cas, cela s’est traduit par le raccourcissement de la période de formation ou le recrutement d’enseignants non certifiés pour combler des manques urgents dans les classes. Le risque est alors que le métier soit considéré comme une profession accessible sans formation. En outre, quand les enseignants sont sous qualifiés, leur travail leur est plus souvent dicté et il est davantage contrôlé, puisque l’on suppose qu’ils ne disposent pas des compétences professionnelles nécessaires pour avoir un bon jugement pédagogique basé sur la formation et l’expérience. Or, les ordres et la surveillance rapprochée, dans une optique critique plutôt que constructive, menacent gravement l’autonomie des enseignants, qui est l’une des conditions de leur professionnalisme. Pour beaucoup, l’IA constitue une autre menace pour la profession enseignante. La Commission sur Les futurs de l’éducation prévient : « Nous savons depuis longtemps que les technologies peuvent saper nos droits et limiter ou même diminuer nos aptitudes » Commission internationale sur Les futurs de l’éducation 2021.
L’IA peut notamment renforcer les préjugés et aggraver la division entre les personnes privilégiées et les personnes défavorisées. Quand l’enseignement devient un protocole et que les efforts des enseignants sont réduits à des résultats quantifiables, on peut imaginer que n’importe qui ou n’importe quelle machine peut enseigner. Il est dangereux de croire que les technologies comme l’IA peuvent remplacer ou se substituer aux enseignants. Dans une vision alternative de l’avenir, les élèves se connecteraient chaque jour à un appareil et apprendraient exclusivement en interagissant avec leur assistant virtuel.
En réalité, l’IA est surtout une menace si elle est envisagée comme un substitut et non comme un outil de l’enseignant. L’intégration de l’IA dans l’éducation peut être source d’opportunités et de bénéfices pour les enseignants, notamment en proposant des expériences d’apprentissage personnalisées et un retour en temps réel à chaque élève, ou en diminuant les tâches administratives des enseignants. La technologie offre tellement de possibilités d’améliorer et de soutenir le processus d’enseignement que les enseignants doivent avoir les moyens professionnels de les utiliser aussi efficacement que les autres aides à l’enseignement. L’avenir de l’éducation se trouve probablement à l’équilibre de l’homme et de l’IA, pour veiller à ce que l’enseignement reste profondément humain et ancré dans la relation qui lie les enseignants à leurs élèves. Les générations futures ont le droit de vivre dans un monde durable, équitable et pacifique et les enseignants, en tant qu’acteurs sociaux, sont essentiels pour réaliser ce futur. Le travail des enseignants est relationnel, donc social. Son essence est l’interaction avec les élèves, ainsi qu’avec l’ensemble plus large des collègues, des parents, des anciens et des habitants.
L’avenir de l’éducation se trouve probablement à l’équilibre de l’homme et de l’IA, pour veiller à ce que l’enseignement reste profondément humain et ancré dans la relation qui lie les enseignants à leurs élèves
La fermeture des écoles et l’expérimentation de masse de l’enseignement à distance pendant la pandémie de COVID-19 ont prouvé à quel point le bien-être dépend des interactions sociales. La santé mentale des élèves et des enseignants en a été affectée dans le monde entier, ce qui est partiellement imputable au stress d’être coupé des réseaux physiques de sociabilité. En dehors de leurs rôles purement éducatifs, les enseignants assurent également un nombre croissant de fonctions connexes : ils stimulent un sentiment d’appartenance et contribuent au bien-être psychosocial des élèves déplacés et traumatisés.
Pourtant, le fait que la plupart des enseignants dans les situations de crise sont eux-mêmes d’anciennes victimes de violence, vivent aussi un déplacement et sont confrontés aux mêmes difficultés que leurs élèves est souvent négligé. Ce rapport plaide pour la création de systèmes de formation et d’accréditation des enseignants afin de professionnaliser le métier et pour la participation des enseignants aux discussions menant à la prise de décisions politiques d’éducation. En accord avec la vision de l’avenir présentée dans « Repenser nos futurs ensemble » Commission internationale sur Les futurs de l’éducation 2021, ce rapport défend un soutien et un développement efficaces des enseignants tout au long de leur carrière à travers un leadership collectif et des politiques pensées pour s’intégrer dans un système cohérent. La revitalisation de la profession enseignante contribuera à le rendre plus attractif intellectuellement et socialement, et à en faire une source de fierté pour les enseignants.

