

Auteurs : CONFEMEN, le Cnesco-Cnam
Site de publication : Le Cnesco-Cnam
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2024
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La méthodologie d’analyse de manuels que nous décrivons et mettons à l’œuvre dans cette partie reprend celle utilisée par Mounier et Priolet et Grapin et Mounier pour étudier des manuels de mathématiques utilisés en France. Dès lors que la présente étude se situe dans un contexte différent, et afin de comprendre quelle politique est adoptée pour les manuels scolaires au Sénégal, cette méthodologie est complétée par un recueil de données par entretiens auprès d’un expert en éducation sénégalais en vue de répondre aux questions suivantes : plusieurs éditeurs se partagent-ils le marché de l’édition ou bien le Sénégal a-t-il fait le choix d’un manuel unique ? Quel est le circuit de diffusion des manuels, de leur conception à leur présence dans les classes de l’école élémentaire ? Deux types d’analyse peuvent être distingués :
- Une analyse globale prenant en compte des aspects matériels et formels du manuel, la structure générale de la collection, les auteurs, la répartition des contenus mathématiques selon les domaines durant l’année, etc… Tout en situant la collection étudiée dans le paysage de l’édition scolaire du pays ;
- Une ou des analyse(s) locale(s) portant sur une notion clé, c’est-à-dire « une notion correspondant à un objectif d’apprentissage important au niveau auquel elle est enseignée ». Outre des regards spécifiques sur les notions étudiées, les analyses locales ont pour objectif de confirmer ou infirmer des hypothèses qui pourraient être émises lors de l’analyse globale, et de compléter ainsi les résultats. Les critères utilisés pour l’analyse globale sont précisés dans la section dédiée. Les analyses locales sont menées dans un cadre didactique et les concepts théoriques spécifiques à chacune des notions sont présentés dans les sections dédiées. De façon commune, en appui sur Rogalski, nous distinguons la tâche, « ce qui est à faire », de l’activité, « ce que développe un sujet lors de la réalisation de la tâche ». Notre approche didactique nous amène à considérer la place des savoirs étudiés dans le manuel en étudiant notamment la façon dont ils sont introduits puis institutionnalisés. Nous pouvons alors identifier, à travers les scénarios prescrits par les auteurs, les types de dispositifs didactiques rencontrés dans le manuel étudié:
- Le dispositif « explication, application » consiste à « présenter à l’élève, sous forme de discours, un élément de savoir », puis des exercices d’application ;
- Un deuxième dispositif « observation, compréhension, application » comprend une première phase d’observation, une deuxième phase de généralisation, puis une troisième phase avec des exercices d’application ;
- Dans le troisième dispositif « problème, compréhension, application », une « situation problème » précède la phase de mise en forme du savoir, puis celle des exercices.
Nous avons retenu pour notre étude trois notions clés : les techniques opératoires de l’addition et de la soustraction au CP et au CE1, les fractions et nombres décimaux au CE2, CM1 et CM2 et la résolution de problèmes au CM2. Nous justifions l’intérêt de ces trois notions pour notre étude dans la section correspondante. Même si nous nous basons sur certains éléments de méthodologie communs, la façon de mener et de présenter chaque analyse « locale » peut être différente, en particulier du fait de la nature des connaissances en jeu et des niveaux de classe concernés. Ainsi, la notion mathématique peut être « technique », plus conceptuelle, mobilisant une grande variété de connaissances ou encore se situer entre ces deux niveaux. De plus, elle peut se situer plutôt en début ou en fin de curricula, voire couvrir l’ensemble du primaire. Les manuels et guides d’utilisation que nous avons retenus pour notre étude sont ceux de la collection éditée par Didactikos en 2022. Nous présentons d’abord l’analyse globale des manuels puis chacune des études locales.
La méthodologie d’analyse de manuels que nous décrivons et mettons à l’œuvre dans cette partie reprend celle utilisée par Mounier et Priolet et Grapin et Mounier pour étudier des manuels de mathématiques utilisés en France
Analyse globale des manuels de la collection Didactikos
Une analyse de manuels ne saurait se dispenser d’une étude préliminaire sur la place de ce type d’ouvrages dans la politique éducative du pays considéré. Ainsi dans un premier temps notre but est-il de cerner les choix politiques en termes de rédaction et de mise à disposition de ces ressources dans les écoles. Dans un deuxième temps, il s’agit de cibler une collection de manuels de mathématiques présents dans les classes pour procéder à leur analyse et en dégager les principales caractéristiques.
Comme indiqué dans l’introduction du présent rapport, la méthodologie que nous adoptons pour cette étude est celle mise en œuvre lors de précédents travaux sur l’analyse de manuels scolaires en France. Toutefois, nous la complétons par un volet qualitatif destiné à recueillir des données auprès d’experts du système éducatif au Sénégal. Cela permet d’avoir un aperçu de la politique éducative de ce pays à propos des manuels scolaires, tant pour leur contenu que pour leur diffusion, puis d’ensuite cibler la collection de manuels à étudier plus spécifiquement pour exemplifier la méthodologie que nous mettons en œuvre.
Les manuels scolaires au Sénégal et la place des manuels de la collection Didactikos
Une politique de choix multiple des manuels scolaires Des entretiens de type non directif avec Seydou Diop, expert en éducation au Sénégal, nous permettent de mieux cerner les choix du ministère de l’Éducation au Sénégal en ce qui concerne les manuels scolaires.
Suite à l’adoption en 2013 d’une politique de choix multiple des manuels scolaires, différents éditeurs nationaux se sont lancés dans la production de ce type d’ouvrages au Sénégal, tandis qu’auparavant des éditeurs internationaux se partageaient le marché. Tous les manuels sont désormais conçus à partir des trois « Guides pédagogiques de l’école élémentaire, Curriculum de l’Éducation de Base », soit un guide par étape.
Une analyse de manuels ne saurait se dispenser d’une étude préliminaire sur la place de ce type d’ouvrages dans la politique éducative du pays considéré. Ainsi dans un premier temps notre but est-il de cerner les choix politiques en termes de rédaction et de mise à disposition de ces ressources dans les écoles
Le CEB , qui répertorie tous les domaines et tous les niveaux d’enseignement, repose sur une approche par compétences ; celle-ci, adoptée dès la réforme des programmes de 1995-1996, est définie comme un « ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être mobilisables dans l’accomplissement d’une tâche ». Les enjeux, les choix pédagogiques et didactiques, les contenus à enseigner et leur planification par semaine sont indiqués dans les guides pédagogiques. Ces derniers ont été élaborés grâce à « l’appui du Canada, par un groupe d’inspecteurs du ministère sous la coordination du Secrétariat Technique Permanent ». Ils constituent le vade-mecum des auteurs de manuels. Ils se veulent être aussi des outils de formation à l’attention des enseignants. Compte tenu de l’organisation de la scolarité en trois étapes, chaque éditeur intéressé par la publication de manuels se voit dans l’obligation de soumettre un ensemble didactique comprenant :
- Le manuel de la première année de l’étape par exemple le CM1 ;
- Le manuel de la deuxième année de l’étape CM2 dans le cas présent ;
- Un guide d’utilisation des deux manuels, destiné à l’enseignant.
La continuité entre les deux années constitutives de l’étape est ainsi requise dès lors qu’un certain nombre de paliers étudiés en première année de l’étape doivent être complétés en deuxième année ; ainsi, l’ensemble des paliers de l’étape considérée est couvert. Il est également exigé des éditeurs le respect de consignes liées au nombre de pages des manuels. Chaque éditeur a la possibilité de soumettre un projet pour un seul ou pour plusieurs domaines d’enseignement ; il a la liberté d’opter pour une présentation sous la forme d’une page ou d’une double page. Les manuels, une fois soumis par les auteurs, font l’objet d’une évaluation en deux phases : dans un premier temps, une évaluation de la conformité du manuel au programme et au respect de l’approche par compétences qui constitue le fondement du CEB en vigueur, et, dans un second temps, une évaluation de la pertinence. C’est le ministère de l’Éducation nationale qui finance les manuels pour les écoles publiques. Les écoles privées achètent les manuels par leurs propres moyens.
La place de la collection de manuels scolaires Didactikos
Didactikos n’est pas le seul éditeur présent sur le marché de l’édition scolaire au Sénégal ; cependant, les données transmises par Seydou Diop révèlent que pour le domaine des mathématiques et pour l’année scolaire 2021-2022, les manuels de la collection Didactikos de l’étape 1 CI-CP sont les plus disponibles dans 51 sur 59 Inspections de l’éducation et de la formation. C’est donc sur les manuels de mathématiques de l’éditeur Didactikos que porte notre étude. Nous choisissons de définir comme objet d’analyse les six manuels scolaires de mathématiques de l’éditeur Didactikos , mis à notre disposition et destinés aux élèves scolarisés au Sénégal au Cours d’initiation CI, au Cours préparatoire CP, au Cours élémentaire 1re année CE1, au Cours élémentaire 2e année CE2, au Cours Moyen 1re année CM1 et au Cours Moyen 2e année CM2. En lien avec cette collection des six manuels destinés aux élèves, nous nous référons également aux trois guides intitulés chacun « Guide d’utilisation des manuels » qui leur sont associés et qui sont destinés aux enseignants. Il existe un guide d’utilisation par étape, renvoyant aux deux manuels de l’étape. Dans le but d’étudier la conformité avec le CEB, nous faisons aussi référence aux trois « Guides pédagogiques de l’école élémentaire, Curriculum de l’Éducation de Base ».
Le CEB , qui répertorie tous les domaines et tous les niveaux d’enseignement, repose sur une approche par compétences ; celle-ci, adoptée dès la réforme des programmes de 1995-1996, est définie comme un « ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être mobilisables dans l’accomplissement d’une tâche »
Nous nous intéressons à l’objet-livre en trois temps : nous analysons d’abord les aspects visibles, avec des indices immédiatement perceptibles qui caractérisent souvent une collection et qui sont présents sur la couverture ou les premières pages. Il s’ensuit une comparaison de la structure générale des différents manuels de la collection, en observant notamment le synopsis et la répartition des champs d’activités dans chacun des ouvrages. Cette phase globale se termine par l’analyse de la structuration des doubles-pages, en prenant pour repères des indices de présentation visibles permettant d’émettre des hypothèses sur la place des savoirs en jeu notamment à partir des activités de découverte, des exercices et des textes d’institutionnalisation des savoirs.

