

Auteur : UNESCO, UA, Fond des Nations Unies pour l’enfance
Site de publication: UNESCO
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2025
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Améliorer la qualité, la couverture et la fréquence de la collecte des données sur l’éducation constitue aujourd’hui une exigence urgente, en particulier dans les pays dont les capacités sont limitées dans ce domaine. Des données rigoureuses et fiables, ainsi qu’un meilleur usage de celles-ci, soutiennent les diagnostics solides, renforcent la planification efficace des politiques pour une éducation inclusive et équitable, créent une base factuelle pour la prise de décision continue, permettent de suivre les progrès et renforcent la redevabilité. Des informations et des données opportunes et précises sur l’état de l’offre éducative, en mettant l’accent sur les défis auxquels font face les responsables de la mise en œuvre ainsi que sur les ressources et les capacités disponibles, sont essentielles pour formuler des plans ambitieux et stratégiques. Le recours à des approches fondées sur les données probantes garantit une affectation efficace des ressources et assure l’impact des interventions. Il peut également avoir un effet positif sur les réformes éducatives.
Principaux constats et défis
▪ De nombreux pays africains disposent aujourd’hui d’un système d’information et de la gestion de l’éducation opérationnel, mais n’en exploitent pas pleinement le potentiel en raison de problèmes liés à la qualité des données, aux délais de production, au manque de ressources humaines, ainsi qu’aux difficultés d’accessibilité et d’harmonisation des données.
Des informations et des données opportunes et précises sur l’état de l’offre éducative, en mettant l’accent sur les défis auxquels font face les responsables de la mise en œuvre ainsi que sur les ressources et les capacités disponibles, sont essentielles pour formuler des plans ambitieux et stratégiques
▪ Bien que des données ventilées par sexe, localisation et niveau de richesse des ménages soient disponibles pour les indicateurs d’accès dans environ la moitié des pays 56 %, leur disponibilité est nettement plus faible dans d’autres domaines tels que les acquis d’apprentissage et l’allocation des ressources. De plus, presque aucune donnée collectée de manière systématique ne fournit d’informations détaillées sur les enfants en situation de handicap, touchés par des crises, réfugiés ou déplacés internes.
▪ Malgré leur potentielle richesse d’informations, notamment sur les caractéristiques des élèves, les enquêtes auprès des ménages sont souvent sous-utilisées dans les analyses sectorielles de l’éducation ou pour éclairer l’élaboration et la mise en œuvre des politiques.
▪ Beaucoup de pays africains n’ont pas encore développé leurs capacités administratives dans le secteur de l’éducation ni renforcé leurs institutions de collecte de données pour produire le type d’informations exigées par les indicateurs de référence de suivi des progrès nationaux vers les cibles ODD et les objectifs stratégiques de la CESA 16-25.
▪ Même pour le nombre limité d’indicateurs de référence liés aux ODD, la qualité des données reste faible : seulement 10 pays disposent de données couvrant au moins deux tiers des indicateurs. Environ deux fois plus de pays ne disposent de données que pour un tiers des indicateurs.
▪ Globalement, l’incapacité à transformer les données en orientations pratiques, ainsi que leur sous-utilisation par les décideurs et les praticiens, représentent un défi plus important que l’absence totale de données. Une analyse récente de 19 plans sectoriels de l’éducation dans des pays africains dotés d’un SIGE opérationnel a révélé que seuls deux s’en servaient dans les processus décisionnels.
▪ De nombreux gouvernements africains ne disposent pas de mécanismes de suivi et de production de rapports réguliers adéquats concernant les dépenses du secteur éducatif. Selon une étude conjointe UNICEF-Union Africaine, seulement 2 pays sur 42 génèrent et publient des informations suffisantes tout au long du cycle budgétaire.
Solutions / Initiatives pays
Afrique du Sud : Le programme Data Driven Districts met à disposition de plus de 14 000 enseignants et décideurs du secteur éducatif des tableaux de bord conviviaux basés sur les données, leur permettant de mieux accompagner l’apprentissage de près de 12 millions d’élèves.
Gambie : Les examens sélectifs de fin de primaire ont été remplacés par plusieurs évaluations diagnostiques à différents niveaux scolaires : le Test national d’évaluation, l’Évaluation des compétences fondamentales en lecture et l’Évaluation des compétences fondamentales en mathématiques, afin de renforcer le système et d’orienter l’amélioration des apprentissages des élèves.
Zambie, République-Unie de Tanzanie : Les données de scolarisation sont utilisées pour calculer l’allocation des subventions scolaires.
De nombreux gouvernements africains ne disposent pas de mécanismes de suivi et de production de rapports réguliers adéquats concernant les dépenses du secteur éducatif. Selon une étude conjointe UNICEF-Union Africaine, seulement 2 pays sur 42 génèrent et publient des informations suffisantes tout au long du cycle budgétaire
Recommandations
- Créer un environnement favorable et une vision claire pour un usage accru et amélioré des données existantes afin de renforcer la planification et le suivi des politiques éducatives, avec notamment : un cadre réglementaire pratique ; la priorisation des données collectées ; une communication élargie des données aux utilisateurs finaux ; l’investissement dans des solutions locales plutôt que le recours à la sous-traitance ; la garantie de la pertinence des données, de leur accessibilité conviviale et du développement des capacités associées.
- Des efforts considérables restent nécessaires pour moderniser les systèmes de données, améliorer leur qualité et leur exactitude, et construire des structures de production solides et opportunes sur l’offre éducative, en mettant l’accent sur les défis, les ressources et capacités disponibles, y compris les matériels pédagogiques, ainsi que sur les apprentissages. Ces éléments sont essentiels pour élaborer des plans stratégiques ambitieux mais réalistes, et pour assurer le suivi des progrès et la redevabilité.
- Les évaluations des apprentissages doivent particulièrement être renforcées et étendues à travers les pays, afin que des données récentes, régulières et robustes soient disponibles, et que les informations recueillies apportent non seulement une vision des niveaux généraux de performance, mais aussi des déterminants de la réussite et de leur incidence sur les élèves de différents profils.
- Il est clairement nécessaire de créer des synthèses complètes et systématiques des données probantes issues de la recherche en éducation, et de développer des réseaux collaboratifs qui garantissent que la recherche est conçue et utilisée pour répondre aux besoins identifiés des décideurs et des praticiens, afin de renforcer le fonctionnement central des systèmes éducatifs.
- La coordination et la collaboration sont indispensables pour maximiser l’utilité des différents systèmes de données et des efforts de production, en reliant les systèmes SIGE à ceux portant sur les dépenses éducatives, les ressources humaines, la capacité du système et les flux d’élèves, les caractéristiques des enfants et des établissements scolaires, ainsi que les acquis d’apprentissage.
Étude de cas
Data Must Speak au Togo : tableaux de bord scolaires
Bien que le Togo ait introduit des tableaux de bord au niveau primaire en 2012, une évaluation réalisée en 2014 des outils et processus de collecte de données, y compris un examen de ces tableaux de bord, a révélé que si ils étaient principalement utilisés par les écoles et les autorités éducatives pour la planification et le suivi, les informations recueillies étaient jugées « discutables ». Ainsi, le Togo a été l’un des premiers pays à rejoindre l’initiative multi pays Data Must Speak de l’UNICEF, avec pour objectif d’améliorer la fiabilité, la communication et la diffusion des données, ainsi que l’assurance qualité. Trois types de tableau de bord ont été élaborés : une fiche scolaire pour les directeurs d’école, une fiche d’inspection pour les inspecteurs et conseillers pédagogiques, et une fiche simplifiée pour les communautés. Les fiches scolaire et d’inspection étaient accompagnées de guides d’utilisation. Elles comprenaient des informations sur le contexte scolaire, les ressources financières, matérielles et humaines, ainsi que sur les résultats et performances. Les fiches facilitent également les comparaisons avec les indicateurs moyens du district, de la région et du pays.
Au niveau local, deux campagnes menées en 2017 et 2019 visaient à promouvoir l’adoption des tableaux de bord, avec une distribution nationale et une formation des inspecteurs à leur utilisation. Après cinq ans, l’initiative a été pleinement intégrée aux opérations de planification du Ministère de l’éducation, et les fiches scolaires sont désormais automatisées. Le programme DMS a contribué à améliorer la qualité et la couverture des systèmes statistiques nationaux, la disponibilité et l’harmonisation des données, renforçant ainsi leur crédibilité, y compris auprès des partenaires de développement et des ONG qui les ont exploités pour réorienter leur appui.
Les fiches aident également les comités de gestion scolaire à identifier les problèmes et à discuter des solutions pour améliorer la performance des écoles et stimuler leur participation aux processus décisionnels. Bien que l’alignement de DMS sur l’engagement préexistant du Gouvernement en faveur de politiques fondées sur des données probantes et de la mobilisation communautaire ait offert un contexte favorable à sa mise en œuvre, son impact demeure relativement modeste, car seules des mesures limitées ont été prises jusqu’à présent pour exploiter pleinement les données disponibles. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour mettre à profit le potentiel de ces fiches afin de promouvoir l’équité et d’éclairer davantage les plans de développement scolaire. La diffusion en temps utile, la formation des utilisateurs finaux et l’implication élargie de plusieurs directions du ministère sont considérées comme des facteurs de succès essentiels pour l’avenir.

