

Auteurs : Edouard Faye, Baba Dièye Diagne
Site de publication : HAL Open Science
Type de publication : Article
Date de publication : Mars 2025
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L’éducation est considérée comme un levier stratégique essentiel pour le développement socio-économique d’un pays. À cet égard, de nombreux États se sont engagés dans des réformes éducatives pour améliorer la qualité de l’enseignement dans le but d’adapter les pratiques pédagogiques aux exigences changeantes des sociétés et du marché du travail. L’évolution vers une approche basée sur les compétences est une réponse à ce besoin de modernisation qui nécessite une évaluation approfondie des compétences pédagogiques des enseignants pour identifier clairement les lacunes en matière de formation. L’analyse des besoins en formation est une démarche évaluative essentielle qui permet de diagnostiquer les écarts entre les compétences existantes des enseignants et celles requises par les nouvelles réformes éducatives. Cette démarche, considérée comme un préalable à toute action formative, aide à aligner les programmes de formation avec les besoins réels de l’organisation et des individus.
Selon F. Renard & A. Derobertmasure, l’analyse des besoins se concentre sur trois aspects principaux : la situation désirable, la situation actuelle et l’écart entre les deux qui définissent ainsi le besoin de formation. Au Sénégal, l’introduction de l’Approche Par Compétences dans le système éducatif vise à moderniser les méthodes d’enseignement et à améliorer l’efficacité de l’apprentissage. Cependant, l’application de l’APC a rencontré des obstacles, principalement dus à un déficit de formation des enseignants dans cette nouvelle approche. La pertinence de cette étude réside dans la nécessité de comprendre et d’aligner les compétences des enseignants du niveau moyen avec les exigences de l’APC, en particulier dans l’Inspection de l’Éducation et de la Formation de Fatick au Sénégal.
L’objectif est de mettre en lumière les écarts entre les compétences actuelles des enseignants et celles requises par l’APC, pour orienter le développement de programmes de formation adéquats. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large d’améliorer la qualité de l’éducation et de soutenir l’efficacité pédagogique dans le contexte sénégalais.
Cadre théorique
Dans le contexte sénégalais, la quête d’un système éducatif performant capable de répondre aux exigences du marché du travail a conduit à l’intégration de l’Approche Par Compétences comme pilier des réformes pédagogiques. Cette orientation, soulignée par les travaux de Roegiers, repose sur la conviction que l’éducation doit évoluer pour suivre les transformations sociétales en faisant de l’APC un vecteur de développement des capacités à mobiliser des ressources diverses face à des situations-problèmes complexes, comme le précisent De Ketele & Gérard. La mise en œuvre effective de l’APC implique un diagnostic précis des compétences actuelles des enseignants pour établir les écarts avec les compétences visées par cette approche. Lapointe met en avant l’importance d’une telle analyse pour déterminer les besoins de formation, une démarche qui doit précéder toute intervention formative afin de garantir l’adéquation des programmes avec les besoins réels, une idée également renforcée par Brahimi et al.
Ce processus d’évaluation est crucial pour la réalisation des objectifs éducatifs et pour assurer que les pratiques pédagogiques soient en harmonie avec les standards de l’APC. Malgré ces préconisations, l’adoption de l’APC au Sénégal fait face à d’importantes difficultés qui sont notamment liées, non seulement au manque de formation adéquate des enseignants dans cette nouvelle approche, mais aussi d’une incohérence remarquable au niveau institutionnel et structurel car, comme le soulignent Thiam & Chnane-Davin, « une approche est difficilement compatible avec un nombre pléthorique d’élèves et avec des supports souvent inexistants ». A cela s’ajoute le constat de certains auteurs qui affirment que la réforme n’a pas été basée sur un diagnostic approfondi mais sur un diagnostic d’opinions, d’une part ; d’autre part, l’APC s’est construite sur le rejet de la pédagogie par objectif et autour de l’objectif de résolution du problème cuisant de l’échec scolaire.
Okito met en lumière que, sans une formation suffisante, les enseignants peinent à intégrer pleinement les principes de l’APC dans leur pratique quotidienne. Ce qui dénote un fossé entre les compétences acquises et celles requises. La recherche se penche alors sur les pratiques pédagogiques actuelles des enseignants en les confrontant aux exigences de l’APC pour identifier les besoins spécifiques de formation. Cet angle d’analyse permet de déceler les déficits de compétences et d’orienter les efforts de formation pour aligner les pratiques enseignantes avec les objectifs de l’APC. En définitive, cette étude s’inscrit dans une démarche qui vise à améliorer la qualité de l’enseignement au Sénégal, en s’assurant que les enseignants possèdent les compétences nécessaires pour mettre en œuvre efficacement l’APC dans leurs classes.
Le processus d’intégration de l’Approche Par Compétences (APC) dans le système éducatif sénégalais révèle ainsi une dynamique complexe entre la théorie et la pratique. L’APC, en tant que paradigme éducatif, encourage l’adoption de méthodes pédagogiques qui favorisent l’engagement actif des élèves dans leur apprentissage, en les mettant face à des situations concrètes qui nécessitent l’application de leurs compétences de manière intégrée et significative. Cela implique une transformation profonde des pratiques pédagogiques, qui doivent évoluer pour devenir plus interactives, collaboratives et centrées sur l’élève.
Néanmoins, la transition vers ces nouvelles pratiques pédagogiques n’est pas sans défis. Les enseignants doivent non seulement acquérir une compréhension approfondie des principes de l’APC mais aussi développer la capacité de les mettre en œuvre dans le contexte spécifique de leurs salles de classe. Cela nécessite une formation ciblée, continue et adaptée aux besoins réels des enseignants, comme le suggèrent les résultats de l’analyse des besoins de formation. La réussite de cette intégration repose donc sur la capacité du système éducatif à fournir les ressources nécessaires, tant en termes de formation professionnelle que de soutien matériel et organisationnel. En conclusion, le cadre théorique de cette étude met en exergue l’importance cruciale de l’analyse des besoins en formation comme fondement pour améliorer l’efficacité des pratiques pédagogiques selon l’APC. En identifiant précisément où et comment les compétences des enseignants doivent être renforcées, il est possible d’orienter les efforts de formation vers les domaines les plus critiques ; ce qui peut assurer ainsi une mise en œuvre réussie de l’APC qui est alignée avec les aspirations éducatives du Sénégal.
Le bilan individuel
Pour évaluer les besoins en formation des enseignants en fonction des douze compétences requises, il a été constaté que sur les 40 enseignants interrogés, 10 parmi eux présentent des besoins minimes. En d’autres termes, ces dix enseignants ne manifestent ni besoin effectif ni besoin prioritaire de formation dans les douze compétences évaluées. Cela équivaut à dire que 25% de l’ensemble des enseignants n’ont pas de besoins de formation identifiés pour ces compétences. Le bilan individuel de notre étude sur les besoins en formation des enseignants du niveau moyen dans l’IEF de Fatick révèle une variabilité significative dans le nombre de compétences où un besoin de formation est identifié par enseignant. Cette variabilité reflète la diversité des profils, des expériences et des lacunes spécifiques en matière de compétences pédagogiques requises pour l’APC.
D’après nos observations, certains enseignants présentent un besoin de formation dans un large éventail de compétences. Par exemple, un enseignant a été identifié avec un besoin de formation dans huit compétences différentes, tandis qu’un autre en a nécessité dans neuf compétences. Cette situation indique un besoin critique de formation complète pour ces enseignants afin de couvrir de manière exhaustive les différentes facettes de l’APC. En contraste, d’autres enseignants ont montré des besoins de formation dans un nombre plus restreint de compétences, avec par exemple six enseignants ayant un besoin identifié dans une seule compétence. Cela peut indiquer que ces enseignants possèdent déjà une certaine maîtrise de l’APC mais nécessitent un renforcement ciblé pour optimiser leur pratique pédagogique.
De manière générale, le bilan individuel indique que 75% des enseignants ont exprimé un besoin de formation dans au moins une des compétences liées à l’APC, mettant en lumière une exigence prédominante pour une formation professionnelle approfondie. Cette diversité dans les besoins de formation souligne l’importance d’adopter une approche personnalisée et différenciée dans la conception des programmes de formation continue, afin de répondre de manière adéquate aux spécificités de chaque enseignant. Ces résultats individuels, qui montrent une répartition inégale des besoins de formation à travers le spectre des compétences APC, appellent à une réflexion stratégique sur les méthodes et les contenus de formation, pour assurer une montée en compétence effective et globale des enseignants dans l’IEF de Fatick.
Discussion
La discussion des résultats de notre étude sur les besoins en formation des enseignants du moyen à Fatick met en exergue des correspondances significatives avec les travaux d’autres chercheurs dans le domaine de l’Approche Par Compétences. Tagne et al. ont observé que l’APC n’améliorait pas de manière significative la qualité de l’éducation dans les pays d’Afrique subsaharienne, un constat qui résonne avec nos découvertes montrant un écart considérable entre les compétences actuelles des enseignants et celles requises par l’APC, ce qui nécessite une formation approfondie. La transition vers une discussion plus globale sur la formation des enseignants trouve un écho dans les travaux de Guillemette à l’Université de l’Ontario français, où l’APC a été adaptée pour encourager un apprentissage expérientiel. Cette adaptation illustre le besoin d’un alignement des pratiques pédagogiques avec les exigences de l’APC, un thème qui se reflète clairement dans notre étude où les enseignants de Fatick expriment un besoin urgent de formation pour intégrer efficacement l’APC dans leur enseignement.
En outre, l’importance d’une évaluation intégrative, mise en avant par Dierendonck & Fagnant suggère des parallèles avec nos résultats. Ce qui montre que la combinaison des évaluations standardisées et des approches basées sur les compétences pourrait enrichir la compréhension des besoins de formation des enseignants. Cette perspective d’évaluation intégrative soutient la nécessité d’une approche holistique dans la formation des enseignants, comme le démontre notre étude à Fatick. Par ailleurs, la recherche de Beaulieu sur la formation des personnels de santé révèle des lacunes similaires à celles que nous avons identifiées dans la préparation des enseignants à l’APC. Cette concordance souligne un défi plus large dans la formation des enseignants : le besoin d’aligner les programmes de formation avec les exigences pratiques et pédagogiques contemporaines.
Enfin, la discussion sur la complexité de la compétence professionnelle, comme l’ont exposé Kahn & Rey, renforce l’idée que la formation en APC doit transcender la simple acquisition de savoir-faire pour inclure une compréhension plus riche des compétences cognitives, affectives et sociales. Cela reflète la nécessité, mise en lumière par notre étude, d’une formation en APC qui soit complète et qui tient compte des divers aspects de la compétence professionnelle dans des contextes éducatifs spécifiques. En résumé, la comparaison de nos résultats, avec ceux d’autres études, renforce l’argument en faveur d’une formation en APC plus nuancée et ciblée qui met en évidence la nécessité d’approches pédagogiques innovantes et adaptées pour répondre efficacement aux besoins en formation des enseignants du moyen à Fatick.

