
Le domaine de recherche et son importance Mon domaine de recherche est l’entomologie médicale, la science qui étudie les vecteurs des maladies vectorielles telles que le paludisme, la fièvre jaune, la dengue, le zika ou le chikungunya. Je travaille de façon globale en entomologie médicale, et plus précisément sur les arboviroses, c’est-à-dire les maladies virales transmises par les arthropodes, en l’occurrence les moustiques. Plus particulièrement, je m’intéresse à la dengue et à son vecteur, responsable de plusieurs arboviroses en Afrique de l’Ouest et centrale. Ce domaine revêt une importance majeure dans nos pays tropicaux, où les maladies vectorielles constituent un problème de santé publique majeur. Le paludisme, à lui seul, tue plus de 900 000 personnes par an, dont plus de 90 % en Afrique, selon les données épidémiologiques. L’entomologie médicale joue donc un rôle essentiel dans la lutte contre cette maladie, à travers la lutte antivectorielle, dont l’objectif principal est de rompre le contact entre le vecteur et l’homme, notamment par les moustiquaires imprégnées d’insecticides et la pulvérisation intra domiciliaire. Cette lutte antivectorielle repose donc sur les moustiquaires imprégnées et la PID (pulvérisation intra domiciliaire), dont le but est de rompre ce contact. Nos activités de recherche s’articulent autour de plusieurs volets : des études de terrain, d’abord, consistant à collecter des moustiques pour étudier leur sensibilité aux insecticides, ce qui permet de déterminer à quels insecticides ils sont sensibles ou résistants, et d’orienter ainsi les programmes nationaux de lutte vers l’insecticide le plus adapté à chaque localité, afin de maximiser l’efficacité des interventions. Nous évaluons également les mécanismes impliqués dans la résistance des moustiques aux insecticides, qu’ils soient d’origine génétique ou métabolique. Les résultats de la recherche et leur vulgarisation Une étude publiée en 2015 dans la revue Nature, portant sur l’ensemble des zones endémiques du paludisme dans le monde, Afrique subsaharienne et Asie du Sud-Est, a montré que la lutte antivectorielle a permis d’éviter plus de 500 millions de cas de paludisme à l’échelle mondiale, illustrant l’impact de ces interventions. Plus localement, au Niger, le programme national de lutte contre le paludisme montre également des résultats positifs, à travers la lutte antivectorielle, la chimioprévention saisonnière, un traitement administré aux enfants pour les protéger pendant la saison des pluies, période de forte incidence du paludisme et le traitement préventif intermittent administré aux femmes enceintes. Toutes ces stratégies ont un impact réel sur l’incidence du paludisme. Il reste cependant de nombreux défis qui doivent continuer à orienter la recherche : la résistance des moustiques aux insecticides, en particulier ceux utilisés pour imprégner les moustiquaires, ainsi que la résistance des parasites aux médicaments antipaludiques. Lorsque j’étais au CERMES, au sein de l’unité d’entomologie médicale, avant de rejoindre les essais cliniques, j’ai manipulé des moustiques et évalué les mécanismes moléculaires de résistance. J’ai présenté mes résultats à Dakar, lors d’une conférence internationale sur le paludisme appelée MIM (Multilateral Initiative on Malaria). Les principales difficultés Les difficultés ne manquent jamais, surtout en contexte africain, mais elles restent surmontables. Les difficultés financières, réelles, ne sont pas à négliger et peuvent affecter la qualité de la recherche. Mais un chercheur sait tirer le meilleur parti du minimum de moyens dont il dispose pour obtenir des résultats. Ces difficultés sont donc essentiellement d’ordre financier ; en revanche, sur le terrain, nous avons toujours bénéficié de l’adhésion des populations, notamment lors des collectes en milieu habité, où nous devons souvent entrer dans les maisons pour recueillir des œufs et des moustiques. Message aux décideurs et à la population À l’endroit de l’État, mon message est de plaider pour une plus grande promotion de la recherche et pour qu’elle soit davantage priorisée. Je sais qu’il existe des portefeuilles ministériels dédiés à la recherche, qui font de leur mieux, mais face aux réalités actuelles, notamment le changement climatique, qui a un impact significatif sur l’émergence et la réémergence des maladies vectorielles, il est essentiel que l’État soutienne davantage les jeunes chercheurs, en renforçant le capital humain, l’allocation de ressources et la promotion des résultats de recherche. À l’endroit des populations, mon message est de s’approprier les sensibilisations menées par les chercheurs sur le terrain, en particulier les entomologistes, et d’adopter les méthodes de lutte qu’elles peuvent elles-mêmes mettre en œuvre en tant que citoyens, comme la lutte physique et l’assainissement. C’est leur rôle. Le reste, évaluer le statut de résistance des moustiques, comprendre les mécanismes impliqués et proposer des stratégies de contrôle et d’innovation relève du rôle des chercheurs. L’État, de son côté, a aussi un rôle essentiel à jouer : nous plaidons vivement pour son implication dans le financement de la recherche, sa promotion, et la reconnaissance des résultats d’excellence obtenus par les chercheurs. Cela contribuerait à susciter et à renforcer l’engouement des chercheurs pour une recherche de qualité, capable d’aboutir à des résultats qui permettent aux autorités sanitaires de mieux prévenir et contrôler ces maladies vectorielles.
Abdoul Aziz Maiga est chercheur en entomologiste médical.

