Plusieurs dizaines de chefs d’État, chefs de gouvernement ou leurs représentants, se retrouvent à New York, comme chaque année en septembre, pour l’Assemblée générale des Nations unies. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres a prononcé ce mardi 22 septembre son dixième et dernier discours devant l’Assemblée générale qui en est à sa 81ème session. Guterres avait une dernière occasion de dire ce qu’il pense sans aucune pression.
Il l’a fait dans une large mesure : défense du droit international, de la charte des Nations unies, d’un monde régi par des règles pour éviter les tentations hégémoniques. Il a rappelé que le pouvoir militaire seul, le pouvoir économique seul, le pouvoir technologique seul, ne peuvent garantir la paix, la sécurité et la stabilité. Allons-nous agir pour nous assurer que le pouvoir sera gouverné par la loi et non par la force ? Par la coopération et non par la coercition, s’est-il interrogé. Il a dénoncé sans équivoque l’absence de membre permanent du continent africain au Conseil de sécurité, une absence « injuste et indéfendable ». Cela doit changer, a-t-il clamé.
Le président des Etats-Unis, Donald Trump, était à la tribune peu de temps après le secrétaire général sortant. Avec un discours moins décousu et hostile aux Nations unies que l’an dernier mais tout aussi inélégant et brutal, niant autant les menaces climatiques que celles liées à l’intelligence artificielle, et sans la moindre mention du droit international. Extraits choisis : « Soit nous trouvons un accord, soit nous anéantirons l’Iran » ; « Celui qui gagne la course de l’IA – renommée Super intelligence – gagnera tout, et nous menons devant la Chine et toutes les nations du monde. Nous maintiendrons notre avance». Il n’a pas manqué de s’en prendre à nouveau à la Cour pénale internationale, appelant tous les pays membres à se retirer de cette instance qu’il a accusé d’être «hors de contrôle» et dont les juges font l’objet de sanctions individuelles états-uniennes. Donald Trump a rappelé à tous qu’il a encore deux ans et demi de mandat. Il faut s’y faire et surtout anticiper ce qui viendra après lui, sans aucun optimisme excessif. Il est loin d’être seul à nourrir aux Etats-Unis et ailleurs une vision nombriliste du monde.
L’International Crisis Group a publié le 14 septembre dernier un rapport très utile sur les défis les plus immédiats. Intitulé « Ten Challenges for the UN in 2026-2027 », « Dix défis pour les Nations unies en 2026-2027 », le rapport fait un constant sévère : une diplomatie onusienne paralysée sur les guerres les plus meurtrières, des finances exsangues sous l’effet du désengagement américain, et une organisation qui attend son prochain Secrétaire général comme on attend une éclaircie après une longue saison des pluies.
Pour l’International Crisis Group, l’ONU conserve une capacité de négociation entre grandes puissances sur des dossiers secondaires mais elle demeure structurellement incapable de peser sur les conflits les plus déterminants pour l’ordre international : la guerre américano-israélienne contre l’Iran, l’Ukraine et le Soudan. Sur ces trois dossiers, le Conseil de sécurité s’est révélé être avant tout, selon les mots du rapport, un forum où l’on « acte son impuissance » plutôt qu’un espace de résolution.
Les dix priorités proposées par le rapport incluent la poursuite de l’engagement de l’ONU dans le sud du Liban, l’adaptation de la stratégie politique de l’ONU pour le Soudan, le renforcement du soutien en matière de sécurité et de justice à Haïti, la préservation des opérations de l’ONU en République centrafricaine, l’affirmation d’un soutien fort à la Cour pénale internationale attaquée de toutes parts avec en tête les Etats-Unis et Israël, la protection de l’action de l’ONU en matière d’égalité des sexes dans les situations de conflit…
Malgré ses failles, rappellent les analystes de Crisis Group, l’ONU demeure la seule enceinte universelle où les principes du droit international — interdiction du recours à la force, protection des civils, liberté de navigation — continuent d’être invoqués, y compris par les puissances qui les bafouent le plus ouvertement. C’est cette fonction de rappel des normes, plus que sa capacité opérationnelle réduite, que le prochain secrétaire général des Nations unies devra s’employer à restaurer. On ne connaît pas encore le successeur du Portugais António Guterres qui prendra fonction en janvier 2027.
À l’issue du troisième vote indicatif secret du Conseil de sécurité le 18 septembre, Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica, apparaît comme la mieux placée. Elle est la seule à avoir recueilli neuf votes «d’encouragement » lors de ce vote indicatif, mais elle a également recueilli cinq votes «défavorables » et une abstention de la part des membres. Ce n’est donc pas gagné si un des cinq membres permanents lui est hostile. Elle est suivie par Carolyn Rodrigues Birkett, ancienne ministre des Affaires étrangères de Guyana, avec huit votes d’encouragement.
Les autres candidats sont mal partis, y compris les deux Africains, le Sénégalais Macky Sall et l’Ougandais Olara Otunnu, qui ont recueilli respectivement sept et neuf votes défavorables. Mais un ou une candidate de dernière minute peut toujours apparaître et remporter la mise. Ce sera cependant un coup porté aux initiatives de la société civile internationale pour que le processus menant aux choix du secrétaire général soit plus transparent, et inclue des auditions publiques et des engagements sur des principes éthiques. Ce travail continue d’être porté par la coalition 1 for 8 Billion dont WATHI est partenaire à travers le réseau des think tanks du Sud, Southern Voice.
Le message du rapport de Crisis Group est clair : « L’avenir de l’ONU au cours des douze prochains mois dépendra en grande partie de la personne que ses membres choisiront comme prochain secrétaire général. Cette personne sera soumise à une pression considérable pour se mettre immédiatement au travail et obtenir des résultats rapides au sein d’une organisation dont la crédibilité s’est affaiblie. Pour y parvenir, il faudra mobiliser un capital politique limité sur toute une série de priorités… Le nouveau secrétaire général aura également pour mission de stabiliser les finances chancelantes de l’organisation et de mener un programme de réformes ».
Pour le continent africain, il faut peut-être rappeler que c’est dans le cadre des Nations unies que les injustices et les manifestations les plus spectaculaires du cynisme des plus puissants sont parfois largement exposées et condamnées, même lorsqu’il n’y a pas de conséquences concrètes à court terme. C’est le cadre des Nations unies qui a permis en mars 2026 le vote historique pour reconnaître la traite transatlantique des Africains comme « plus grand crime contre l’humanité » et le 4 septembre dernier le vote en faveur de la correction de la carte du monde qui donnait à voir une représentation extrêmement tronquée de la taille du continent africain.
Dans un monde où des personnages influents dans les cercles politiques, économiques, technologiques, assument de plus en plus des positions rétrogrades et indignes, et parfois ouvertement racistes, le continent a plus que jamais intérêt à défendre les principes de la Charte des Nations unies, de la déclaration universelle des droits de l’homme, du droit international et la coopération multilatérale. Tout en n’oubliant pas de faire notre homework, nos devoirs de maison, pour être moins faible individuellement et collectivement.

