

Aicha Fall
Depuis les coups d’État militaires d’août 2020 puis de mai 2021, les finances publiques maliennes évoluent dans un environnement profondément remanié. Les ruptures institutionnelles ont notamment été suivies d’une suspension des appuis budgétaires extérieurs, réduisant l’accès du Trésor à des ressources accordées à des conditions avantageuses. La composition des engagements financiers de l’État s’est modifiée. La dette intérieure est passée de 14,1 % du PIB en 2019 à 25,2 % en 2022, tandis que la composante extérieure évoluait de 26,7 % à 27,3 % du PIB. Or, le coût de ces deux sources de financement diffère sensiblement. Le taux d’intérêt effectif moyen de la dette intérieure, constituée principalement de bons et d’obligations du Trésor émis sur le marché de l’UEMOA, atteignait 6,1 % en 2022, contre 0,6 % pour la dette extérieure, composée en grande partie de prêts concessionnels. Les besoins bruts de financement représentaient alors 10,1 % du PIB, dont 9,4 % étaient couverts par des ressources domestiques, au sens du FMI, qui incluent notamment les émissions sur le marché régional.
Dans le contexte de la transition politique dirigée par le colonel Assimi Goïta, cette contrainte financière s’est accompagnée d’un poids important des dépenses de défense et de sécurité. La tendance était déjà visible en 2020, lorsque les dépenses militaires avaient progressé de 22 % en termes réels en un an, pour atteindre environ 593 millions de dollars, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Le FMI relie notamment le déséquilibre budgétaire observé en 2022 à la progression des dépenses de sécurité, de la masse salariale et de la charge d’intérêts. Le poids de ces postes a ainsi réduit les marges disponibles pour l’investissement et certaines dépenses sociales, tout en maintenant des besoins de financement élevés.
L’évolution du déficit budgétaire complète cette lecture. Après 1,7 % du PIB en 2019, il s’est creusé à 5,4 % en 2020, puis s’est établi à 4,8 % en 2021 et en 2022, avant de revenir à 3,9 % en 2023. Pendant ces quatre années, les dépenses de l’État ont donc été supérieures à ses recettes, et la différence a dû être financée, notamment par l’emprunt. À cela s’ajoutent les anciennes dettes arrivant à échéance, que l’État doit rembourser ou remplacer par de nouveaux emprunts. Ainsi, même lorsque le déficit a diminué en 2023, les besoins de financement sont restés importants.
Cette grille de lecture permet d’éviter un double écueil : réduire l’analyse de la dette malienne à sa part dans la richesse nationale ou, à l’inverse, y voir immédiatement le signe d’une dérive des finances publiques. Les indicateurs du Fonds monétaire international situent l’encours de la dette publique à 50,9 % du PIB en 2025, sous le plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA. Le FMI continuant de qualifier de modéré le risque de surendettement, les indicateurs de soutenabilité ne signalent pas, à ce stade, une situation de surendettement. Ils ne suffisent toutefois pas à rendre compte de l’état des finances publiques ni des contraintes qui pèsent sur leur financement.
Entre 2020 et 2023, les besoins de financement de l’État se sont inscrits dans un enchevêtrement de chocs qui ont affecté les recettes, accru certaines dépenses et perturbé les canaux traditionnels de financement. . La pandémie de Covid-19 a ainsi provoqué un recul de l’activité de 1,2 % en 2020 d’après la Banque mondiale, ce qui a brisé l’élan d’une croissance qui alimentait jusqu’alors les caisses de l’État. En janvier 2022, la CEDEAO a adopté un ensemble de sanctions économiques et financières contre le Mali, tandis que l’UEMOA a pris des mesures qui en ont prolongé les effets dans le cadre financier et monétaire régional. La fermeture des frontières et les restrictions commerciales ont pesé sur l’activité et les recettes fiscales, tandis que le gel des avoirs publics auprès de la BCEAO et la suspension de l’accès au marché régional des titres ont directement restreint les possibilités de financement de l’État. À fin juin 2022, ces perturbations financières avaient contribué à l’accumulation d’arriérés équivalant à près de 3 % du PIB. Si les mesures économiques et financières avaient déjà été levées, leur légalité restait contestée par Bamako. Dans son arrêt n°01/2026 du 28 janvier 2026, la Cour de justice de l’UEMOA a finalement annulé la décision prise par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union le 9 janvier 2022, estimant qu’elle était dépourvue de base légale. Cette décision, sans effet rétroactif, n’efface donc pas les conséquences budgétaires et financières enregistrées durant leur application. Dès 2022, la flambée des cours du pétrole, des céréales et des engrais a exercé une pression supplémentaire sur le budget de l’État. Pour limiter la transmission de cette hausse aux ménages et aux producteurs, les autorités ont renforcé certaines subventions, notamment celles consacrées aux carburants et aux engrais. Les premières ont atteint environ 1,3 % du PIB en 2022 et les secondes 0,8 %, alourdissant les dépenses publiques, tandis que la hausse des prix a renchéri le coût de la vie et rogné le pouvoir d’achat.
Sécurité, sanctions régionales et inflation : la triple contrainte de l’action publique
La crise sanitaire de 2020 a interrompu plusieurs années de croissance économique, avec des répercussions immédiates sur les finances publiques. La contraction de l’activité a pesé sur les recettes publiques alors même que les besoins de dépenses augmentaient. La Banque mondiale indique que cette récession de 1,2 % du PIB a été suivie d’une reprise partielle, mais elle a révélé la sensibilité des finances publiques maliennes aux chocs exogènes. Cette fragilité tient en partie à la structure de l’économie, où le poids de l’informel reste important et où la base fiscale demeure relativement étroite malgré les efforts de l’administration. Ainsi, au-delà du fait d’avoir produit un effet conjoncturel, cette séquence rappelle que la résilience budgétaire dépend non seulement du niveau d’endettement, mais aussi de la capacité de l’État à mobiliser durablement ses ressources internes.
Les sanctions de 2022 ont ensuite introduit une dimension plus institutionnelle dans la trajectoire budgétaire. Les mesures économiques et financières adoptées par la CEDEAO et l’UEMOA en janvier 2022 ont fortement perturbé les conditions de financement de l’État malien. Leur levée en juillet 2022 n’a pas effacé l’enseignement principal de cette séquence. Les finances publiques maliennes sont profondément insérées dans un environnement régional qui conditionne l’accès aux liquidités, aux titres publics et aux mécanismes de règlement. Au-delà de leurs effets immédiats, les sanctions ont mis en évidence le degré d’intégration des finances publiques maliennes aux mécanismes financiers de l’UEMOA. Pour un État membre de l’Union, les conditions de financement dépendent aussi du bon fonctionnement de ces dispositifs régionaux. Toute perturbation de cet environnement est susceptible de restreindre temporairement l’accès aux ressources nécessaires à l’exécution du budget.
La hausse des prix internationaux à partir de 2022 a pesé sur un autre versant du budget. Dans son rapport économique régional d’Octobre 2023, le FMI souligne que les pays importateurs nets d’énergie et de produits alimentaires ont été notablement exposés à la hausse des prix internationaux. Pour le Mali, ce renchérissement a eu une traduction budgétaire concrète. Afin d’en limiter les effets sur les ménages et les producteurs, l’État a notamment renforcé les subventions aux carburants et aux engrais, qui ont atteint respectivement environ 1,3 % et 0,8 % du PIB en 2022. Ces dépenses supplémentaires ont creusé l’écart entre les ressources disponibles et les charges à financer, contribuant ainsi aux besoins de financement de l’État lorsque les recettes ne suffisaient pas à les couvrir. Pour le Mali, cette pression s’est ajoutée à une crise énergétique plus profonde. Le rapport de consultation Article IV publié par le FMI en septembre 2025 évoque les coupures d’électricité prolongées comme l’un des facteurs ayant pesé sur l’activité en 2024, aux côtés des inondations, de l’insécurité alimentaire et de la baisse de la production aurifère. Ces éléments expliquent pourquoi la dette ne peut pas être dissociée de la gestion des charges publiques nées de l’instabilité économique.
Le poids des dépenses liées à la défense et à la sécurité donne à cette trajectoire une dimension plus structurelle. Le projet de loi de finances 2026 fixe les crédits du ministère de la Défense et des Anciens combattants à 516 milliards de FCFA, tandis que l’enveloppe allouée au ministère de la Sécurité et de la Protection civile atteint 376 milliards de FCFA. Cumulées, ces deux enveloppes représentent plus de 892 milliards de FCFA. Au-delà de leur importance comptable, les dépenses de défense et de sécurité s’inscrivent dans un ensemble plus large de charges que l’État peut difficilement réduire à court terme. La masse salariale, les transferts et certaines dépenses obligatoires s’ajoutent ainsi au service de la dette, c’est-à-dire au paiement des intérêts et au remboursement des emprunts arrivant à échéance. La revalorisation et l’harmonisation des rémunérations engagées à partir de 2021 ont notamment renforcé le poids des salaires dans le budget. La rigidité relative de ces différents postes signifie qu’une hausse des recettes ne se traduit pas nécessairement par une augmentation équivalente des ressources disponibles pour de nouveaux investissements. . Face à une telle prédominance des coûts fixes et des dépenses de souveraineté, l’augmentation des recettes fiscales ne dégage pas automatiquement de nouvelles marges de manœuvre pour le financement des infrastructures, du développement social ou des investissements productifs.
Cette dynamique budgétaire n’élude pas pour autant les performances réelles de l’administration, les autorités maliennes étant parvenues à lever l’impôt malgré un climat économique dégradé. Le FMI observe ainsi que le déficit budgétaire s’est réduit à 2,6 % du PIB en 2024, un redressement favorisé par une solide rentrée fiscale, des versements exceptionnels issus des télécommunications et des compagnies minières, ainsi que par une gestion plus stricte des frais de fonctionnement ordinaires face au tarissement des financements. Une telle trajectoire infirme l’image d’un budget totalement hors de contrôle et prouve que les services financiers maintiennent une véritable force de frappe. Cette amélioration du recouvrement ne suffit toutefois pas, à elle seule, à élargir significativement les marges de manœuvre de l’État, compte tenu du niveau des dépenses prioritaires et des contraintes qui continuent de peser sur son financement.
Rendement fiscal en hausse, marges en baisse : la difficile équation des caisses publiques
L’un des principaux enjeux des finances publiques maliennes réside dans l’écart entre la modération apparente du niveau d’endettement et la faiblesse des marges disponibles. Avec une dette publique estimée à 50,9 % du PIB en 2025, le pays demeure en dessous du seuil communautaire de l’UEMOA. Mais cette donnée ne renseigne ni sur la qualité des dépenses financées, ni sur les conditions auxquelles l’État accède aux ressources, ni sur la rapidité avec laquelle les besoins budgétaires progressent. Un pays peut rester en deçà d’un seuil d’endettement tout en voyant sa capacité d’action se réduire si ses recettes supplémentaires sont absorbées par des dépenses devenues incompressibles.
Les recettes fiscales ont pourtant progressé d’après le FMI, passant de 13,2 % du PIB en 2022 à 15,8 % en 2024. Cela représente un redressement notable dans un environnement marqué par l’insécurité, les perturbations énergétiques et les effets de la crise régionale. L’impasse budgétaire malienne ne vient pas d’une défaillance des régies financières dans la collecte des ressources. Sur le terrain, la Direction générale des impôts et la Direction générale des douanes ont poursuivi la modernisation du recouvrement. Après une évaluation de l’administration fiscale menée en 2023, les autorités ont adopté un plan d’action qui prévoit notamment de développer les paiements et procédures numériques, de mieux croiser les informations entre les impôts, les douanes et le Trésor et de renforcer les contrôles. Le FMI recommande parallèlement de réduire certaines exonérations et d’élargir l’assiette fiscale, notamment dans les secteurs minier et foncier.
La hausse des recettes a contribué à améliorer le solde budgétaire. Le déficit s’est réduit à 1,6 % du PIB en 2025 d’après le FMI, faisant suite au taux de 2,6 % enregistré en 2024. Ce redressement comptable a notamment bénéficié de paiements exceptionnels des secteurs minier et des télécommunications. Les compagnies minières ont versé à elles seules 185 milliards de FCFA de recettes fiscales supplémentaires en 2024, notamment au titre d’impôts antérieurs. Le nouveau Code minier agit sur un horizon plus long, portant la participation nationale dans les projets jusqu’à 35 %, dont 30 % peuvent revenir à l’État. Et le FMI estime que sa mise en œuvre devrait soutenir durablement les recettes minières.
Cette trajectoire reflète une réallocation immédiate des ressources plutôt qu’un enrichissement de l’État. Les caisses publiques absorbent en priorité le financement des opérations militaires, les coûts fixes de l’appareil administratif et les enveloppes de reconstruction post-inondations de 2024. Les capitaux collectés sont ainsi consommés par ces charges prioritaires, agissant comme un stabilisateur face à la hausse des dépenses structurelles.
La loi de finances rectificative 2026 rend visible ce mécanisme. Les recettes budgétaires sont portées à 3 372,9 milliards de FCFA, soit une progression de 315,1 milliards de FCFA par rapport à la loi initiale. Les dépenses atteignent de leur côté 3 993,3 milliards de FCFA, en hausse de 415,1 milliards de FCFA, ce qui porte le déficit à 620,4 milliards de FCFA. L’intérêt de ces chiffres réside dans leur relation. Les recettes augmentent, mais les dépenses progressent plus vite. La stagnation budgétaire ne s’explique pas par un manque de recettes fiscales. L’effet de ciseaux provient du volume des dépenses engagées dans les secteurs prioritaires définis par l’État.
Les choix budgétaires du gouvernement reflètent fidèlement cette orientation. La majeure partie des ressources sert à financer les opérations de sécurisation du territoire, à octroyer une subvention exceptionnelle à la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) et à alimenter les comptes spéciaux du Trésor. Ces choix révèlent une politique budgétaire orientée vers la stabilisation de secteurs sensibles. La CMDT, par exemple, n’est pas un poste secondaire dans l’économie malienne. Elle structure la filière coton, soutient des revenus ruraux et intervient dans un secteur qui conserve un rôle capital dans les exportations et l’activité agricole. Lorsque l’État lui apporte un soutien exceptionnel, la dépense vise aussi à éviter qu’une difficulté sectorielle ne se transmette aux revenus agricoles, à la balance commerciale et aux recettes publiques.
Les rapports du Groupe de la Banque mondiale rappellent que l’or concentre plus de 80 % des exportations de biens du pays. Cette forte prévalence expose directement le budget aux fluctuations des cours mondiaux et aux variations de la production locale.
Par ailleurs, les données de cadrage publiées par le FMI confirment que la croissance économique s’est établie à 5 % en 2025. Ce rythme a été soutenu par la performance du secteur agricole et le démarrage de l’exploitation du lithium. Toutefois, cette trajectoire a été limitée par la fermeture temporaire de la plus grande mine d’or du pays, qui a amputé la production annuelle de près de 30 %, ainsi que par la réduction marquée de l’aide extérieure.
Dans ce cadre, le niveau nominal de la dette s’avère insuffisant pour mesurer la solidité financière réelle de l’État. Sa soutenabilité dépend aussi avant tout de l’aptitude des autorités à sécuriser et pérenniser les recettes issues de ces filières de matières premières.
La dette de stabilisation face aux limites de la résilience financière
Depuis 2020, les ressources mobilisées par l’État ont été largement absorbées par les besoins successifs liés aux crises énergétiques de l’EDM (Énergie du Mali), aux sanctions régionales et au maintien des dépenses publiques prioritaires. Dans cet environnement, l’emprunt a permis d’assurer la continuité de l’action publique et d’absorber une partie des effets budgétaires des chocs successifs.
Cette lecture n’implique pas que l’endettement soit sans risque. Une dette qui sert à stabiliser devient plus difficile à porter si les conditions de financement deviennent moins favorables. Le Rapport n° 25/256 du FMI rappelle que la viabilité des finances publiques repose sur la capacité des États à élargir leur assiette d’imposition face à la faiblesse persistante de l’accès au crédit. Pour le Mali, cette question est d’autant plus capitale que le secteur informel représente encore une part élevée de l’activité économique nationale, ce qui limite le rendement de la fiscalité directe sur les entreprises.
L’étude thématique de La Note sur la situation économique du Mali, réalisée par la Banque mondiale confirme que cette vulnérabilité structurelle est accentuée par les chocs climatiques, notamment les sécheresses récurrentes qui frappent la filière céréalière.
Ces perturbations agricoles peuvent affecter l’activité et les revenus des ménages ruraux, sans que leur incidence sur les recettes fiscales puisse être isolée avec précision. Elles rappellent surtout la vulnérabilité d’une économie où une large part de l’activité agricole demeure en dehors des circuits déclaratifs, ce qui limite les possibilités de mobilisation fiscale.
L’un des acquis de la période reste la capacité de l’État à éviter un défaut de paiement malgré l’accumulation des chocs. Le Rapport des services du FMI au titre de l’article IV stipule que la gestion comptable n’a pas basculé dans une dynamique incontrôlée, le pays s’efforçant de contenir son déficit budgétaire proche des critères communautaires. Jusqu’à présent, le Mali a évité une crise de liquidité conduisant à une restructuration de sa dette. Toutefois, cette configuration s’est déjà traduite par des arbitrages dans l’exécution du budget. Au premier semestre 2022, les autorités ont privilégié le paiement des salaires, des loyers, des bourses et des dépenses de sécurité, tout en réduisant les dépenses d’investissement et en reportant celles jugées non prioritaires, d’après le FMI.
La trajectoire malienne dessine ainsi une transformation des fonctions assignées à l’emprunt, qui devient avant tout un instrument de continuité budgétaire. Au-delà du strict respect du plafond de 70 % du PIB imposé par l’UEMOA, l’un des principaux défis sera de diversifier les sources de financement, notamment en mobilisant davantage l’épargne intérieure, dans une conjoncture marquée par la réduction de l’aide extérieure.
Crédit photo : sikafinance.com
Aicha Fall a rejoint l’équipe de WATHI en novembre 2025 en tant que chargée de recherche en économie, statistiques et finance. Son travail porte principalement sur l’analyse des politiques économiques et des dynamiques financières, avec une attention particulière portée aux données et à leur interprétation dans le débat public. Journaliste économique et financière, elle a notamment collaboré avec Polytechnique Insights, Parlons Finance, Certifive, Seneweb, Afrique XXI, Décideurs Magazine et Le Parisien Matin, où elle a développé une expertise dans le décryptage des enjeux macroéconomiques et financiers.

