

Aicha Fall
En 2025, le Mali a émis 1 035 milliards de FCFA d’obligations régionales et contracté 100 milliards de prêts syndiqués, selon le FMI. Le calendrier de remboursement de 2026 comporte, pour ces deux catégories de financement, 1 285 milliards de FCFA d’échéances issues d’emprunts contractés à différentes dates. Pour l’ensemble de la dette publique, intérieure et extérieure, le FMI prévoit 1 500 milliards de FCFA d’amortissements en 2026, contre 868 milliards estimés en 2025. Ces échéances exigent de nouvelles liquidités au cours de l’année, indépendamment des dépenses inscrites au budget de 2026.
Le Trésor peut lever une partie de ces fonds en émettant de nouveaux titres, dont le montant, la durée et le prix dépendent des offres reçues. Lors de l’adjudication du 16 septembre 2026, une procédure par laquelle l’État propose des titres de dette aux investisseurs et sélectionne les offres reçues selon leurs conditions financières, le Mali a accepté 43,65 milliards de FCFA de soumissions pour 46,67 milliards proposés. L’essentiel des montants retenus concernait l’obligation à trois ans, avec un rendement supérieur à son taux de coupon. Le placement a donc répondu au besoin affiché de 40 milliards pour cette opération, tout en faisant apparaître des conditions différentes selon les titres proposés.
Les comptes publiés par la Direction générale du budget pour le premier semestre 2026 apportent un autre point de repère. Ils recensent 724,23 milliards de FCFA d’émissions de titres pendant que les remboursements de principal, toutes catégories de dette confondues, atteignaient 792,99 milliards. Le rapprochement entre ces flux, les prévisions du FMI et les prix de l’adjudication éclaire la fonction des nouveaux emprunts. Leur contribution à la continuité des paiements dépend des montants effectivement placés au fil des échéances et du coût accepté par le Trésor.
Lors de l’adjudication du 26 septembre 2026, une procédure par laquelle l’État propose des titres de dette aux investisseurs et sélectionne les offres reçues selon leurs conditions financières, le Mali a accepté 43,65 milliards de FCFA de soumissions pour 46,67 milliards proposés
Les besoins de 2026 : le remboursement des échéances dans le financement du Trésor
Le tableau du FMI consacré aux besoins bruts de financement porte ceux de l’État malien à 1 954 milliards de FCFA pour 2026, contre 1 146 milliards estimés pour 2025. Les amortissements représentent 1 500 milliards du total attendu en 2026, soit environ 77 %, après 868 milliards et 76 % en 2025. Leur poids relatif change peu, mais leur montant augmente de 632 milliards de FCFA et explique près de quatre cinquièmes de la hausse de 808 milliards des besoins bruts. Une grande partie des fonds que l’État malien doit mobiliser en 2026 servira donc à rembourser des emprunts arrivant à échéance, avant de financer les dépenses de l’année que ses recettes ne permettent pas de couvrir.
L’objectif de levée en 2026 par obligations régionales et prêts syndiqués atteint 1 450 milliards de FCFA selon le FMI, pour 1 285 milliards d’échéances prévues sur ces mêmes catégories. Le volume à mobiliser suppose plusieurs placements successifs sur le marché régional. Chaque emprunt utilisé pour régler une échéance reporte une partie du besoin de liquidité à la date de remboursement du nouveau titre. La durée des nouveaux emprunts et les taux d’intérêt auxquels le Mali parvient à emprunter détermineront donc à quel moment il devra rembourser ces sommes et combien elles lui coûteront.
Au premier semestre 2026, la Direction générale du budget comptabilise 724,23 milliards de FCFA d’émissions de titres et 792,99 milliards de remboursements de principal sur l’ensemble de la dette, dont 693,28 milliards au titre de la dette intérieure. Le volume des émissions équivaut à environ 91 % de celui des remboursements totaux pendant ces six mois.
Ce rapport entre flux de financement et échéances effectivement payées aide à comprendre pourquoi la capacité d’émettre reste importante, alors même que le budget général affiche un excédent au premier semestre. Celui-ci relève des recettes et dépenses du budget général, tandis que les émissions et amortissements figurent dans le tableau de financement du Trésor.
L’État malien a donc reçu des offres d’achat de titres de dette provenant d’investisseurs établis dans plusieurs pays du marché régional. Avec 42 % des montants acceptés déposés hors du Mali, la continuité des émissions dépend aussi de l’appétit d’intermédiaires qui opèrent depuis ces autres places
L’adjudication de septembre : maturité, prix et origine des soumissions
Le compte rendu officiel du 16 septembre 2026 détaille 2,26 milliards de FCFA de bons à douze mois retenus, 36,39 milliards d’obligations, des titres émis par l’État pour emprunter de l’argent auprès d’investisseurs, à trois ans et 5,00 milliards d’obligations à cinq ans. Sur les 46,67 milliards offerts par les investisseurs, 43,65 milliards ont été acceptés. Les bons, des titres de dette à court terme émis par l’État pour emprunter de l’argent, avaient reçu 5,28 milliards de propositions, dont 3,02 milliards ont été écartés. Les obligations à trois ans représentent environ 83 % des montants retenus, alors que le taux global de couverture de l’opération atteint 116,68 %. L’accès aux ressources, dans cette adjudication, s’est donc appuyé surtout sur une échéance de trois ans.
Les obligations à trois ans portaient un coupon de 6 %, c’est-à-dire un taux d’intérêt annuel calculé sur leur valeur nominale, et ont été adjugées à un prix moyen inférieur à leur valeur nominale. Leur rendement moyen pondéré atteignait 7,73 %, car l’acheteur versait moins que le montant remboursable à l’échéance, en plus de percevoir le coupon. Pour les obligations à cinq ans, retenues à hauteur de 5 milliards de FCFA, le rendement moyen pondéré était de 7,59 %. Les montants et les échéances des deux séries étant différents, chacune de ces valeurs décrit les conditions propres au titre effectivement placé lors de cette opération.
Le même compte rendu répartit les soumissions retenues selon leur lieu de dépôt. Celles déposées au Mali totalisent 25,50 milliards de FCFA, soit environ 58 % des 43,65 milliards retenus. Les 18,15 milliards restants ont été déposés dans d’autres États de l’UEMOA, surtout en Côte d’Ivoire. L’État malien a donc reçu des offres d’achat de titres de dette provenant d’investisseurs établis dans plusieurs pays du marché régional. Avec 42 % des montants acceptés déposés hors du Mali, la continuité des émissions dépend aussi de l’appétit d’intermédiaires qui opèrent depuis ces autres places.
Titres souverains et bilans bancaires : la transmission des conditions de financement
Les banques et autres établissements de crédit peuvent acheter directement les titres de dette émis par l’État, puis utiliser certains de ces titres comme garantie pour emprunter temporairement de l’argent auprès de la BCEAO. Cette possibilité entre dans leur gestion de trésorerie et contribue à leur demande d’obligations publiques. Les conditions auxquelles la banque centrale accepte les garanties, celles auxquelles les banques trouvent elles-mêmes des liquidités et le rendement des obligations interviennent dans leurs décisions de souscription.
L’analyse du FMI publiée en 2025 sur les rapports entre banques et État situe les expositions des banques installées au Mali au secteur public autour de 25 % de leurs actifs dans ses données allant jusqu’au début de 2025. La revue du FMI publiée en juillet 2026 signale une nouvelle augmentation de leurs créances sur l’État au cours de 2025. La première mesure englobe des créances publiques de plusieurs catégories et concerne les bilans bancaires maliens. Son niveau donne néanmoins une idée de la place prise par l’État dans ces bilans, tandis que l’évolution constatée en 2025 signale la poursuite de cette exposition.
Les taux d’intérêt et les modalités de remboursement des titres de dette émis par l’État influencent à la fois le montant que le Trésor devra payer et la valeur des titres détenus par les banques. Un rendement plus élevé sur les nouveaux titres renchérit les ressources levées par l’État, alors que la valorisation des titres déjà détenus par les banques peut varier avec leurs prix de marché selon leur classement comptable. La durée des obligations influe également sur le temps pendant lequel les fonds restent placés ou doivent être libérés par une vente ou une opération de garantie. Lors de l’adjudication du 16 septembre, l’obligation à trois ans a concentré 36,39 milliards de FCFA d’allocations à un rendement moyen de 7,73 %.
La continuité des paiements : des indices à interpréter avec leurs limites
L’État malien doit gérer l’argent dont il dispose pour rembourser ses emprunts, mais aussi pour payer ses fournisseurs et les créanciers étrangers auxquels il doit de l’argent. Les nouveaux emprunts qu’il contracte contribuent à couvrir ces différents paiements. D’après le FMI, les arriérés envers les fournisseurs privés sont passés de 282,8 milliards de FCFA fin 2024 à 158,3 milliards fin 2025, tandis que les arriérés extérieurs atteignaient 102,8 milliards à cette dernière date et avaient augmenté pendant le quatrième trimestre. L’amélioration constatée pour les fournisseurs privés coexiste donc avec des retards de paiement aux créanciers extérieurs. La qualité de la continuité budgétaire se lit dans ces deux séries autant que dans la capacité à placer de nouveaux titres.
Les ressources extérieures reçues au premier semestre 2026 permettent de situer le poids des émissions de titres dans les flux de financement présentés par le Trésor. Au 30 juin, la Direction générale du budget comptabilise 27,27 milliards de FCFA de tirages sur emprunts projets et aucun tirage sur emprunts programmes, contre 724,23 milliards de titres émis pendant ces six mois. La différence d’ordre de grandeur explique la place prise par les souscriptions sur le marché régional dans la gestion des échéances de 2026.
Le bilan d’exécution du premier semestre 2026 fait état d’un excédent de 306,74 milliards de FCFA pour le budget général, fonds de soutien compris. À côté de ce résultat, son tableau de financement présente 724,23 milliards d’émissions de titres et 792,99 milliards de remboursements de principal. Le premier solde concerne les recettes et les dépenses exécutées sur le périmètre du budget général, tandis que les montants du tableau de financement retracent les opérations liées aux emprunts. Des échéances de remboursement importantes persistent donc pendant un semestre budgétairement excédentaire.
En 2026, la capacité du Trésor malien à refinancer ses échéances s’appuie sur des placements répétés au sein de l’UEMOA. L’adjudication de septembre associe une demande suffisante pour l’opération à une concentration des souscriptions sur le titre à trois ans et à un rendement de 7,73 % pour cette série
La résilience à l’épreuve des échéances restantes
Les résultats du 16 septembre 2026 publiés par UMOA Titres attestent la capacité du Mali à placer 43,65 milliards de FCFA lors de cette adjudication, dont 36,39 milliards en obligations à trois ans. Le pays avait déjà émis 724,23 milliards de titres et remboursé 792,99 milliards de principal sur l’ensemble de sa dette au premier semestre 2026. Cette continuité du financement intervient alors que le FMI prévoit 1 500 milliards d’amortissements sur l’année. La succession des échéances rend le coût et la durée des nouvelles émissions aussi importants que leur volume.
En 2026, la capacité du Trésor malien à refinancer ses échéances s’appuie sur des placements répétés au sein de l’UEMOA. L’adjudication de septembre associe une demande suffisante pour l’opération à une concentration des souscriptions sur le titre à trois ans et à un rendement de 7,73 % pour cette série. Dans le même temps, l’exposition des banques maliennes au secteur public observée par le FMI relie les conditions de financement du Trésor à leurs bilans, et les arriérés extérieurs relevés fin 2025 rappellent que la régularité des paiements s’apprécie aussi hors du marché des obligations. La suite de l’exercice dépendra de l’enchaînement des remboursements et des émissions, ainsi que du prix obtenu pour les titres placés.
Crédit photo : sikafinance.com
Aicha Fall a rejoint l’équipe de WATHI en novembre 2025 en tant que chargée de recherche en économie, statistiques et finance. Son travail porte principalement sur l’analyse des politiques économiques et des dynamiques financières, avec une attention particulière portée aux données et à leur interprétation dans le débat public. Journaliste économique et financière, elle a notamment collaboré avec Polytechnique Insights, Parlons Finance, Certifive, Seneweb, Afrique XXI, Décideurs Magazine et Le Parisien Matin, où elle a développé une expertise dans le décryptage des enjeux macroéconomiques et financiers.

