Auteur : Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS) Bénin
Site de publication :WHO African Region
Type de publication : Rapport
Date de publication : 2023
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Messages Clés
Croissance démographique rapide, jeunesse à encadrer
La population béninoise est passée de 10,5 à 12,3 millions entre 2015 et 2022. Elle atteindra environ 15 millions en 2030. Cette explosion démographique est une opportunité en matière de dividende démographique, mais représente un défi en matière de planification sanitaire, d’infrastructures et de ressources humaines.
Le profil démographique du Bénin est très jeune (45,7 % de la population a moins de 15 ans), ce qui appelle à un renforcement des services pédiatriques, éducatifs, nutritionnels et de santé sexuelle et reproductive.
Croissance économique insuffisante pour réduire les inégalités
Malgré une croissance économique de 6,3 % en 2022, 36,2 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, avec de fortes disparités régionales et sociales.
L’accès inégal à l’électricité (57 % en moyenne) et à l’eau potable, ainsi que le taux élevé d’analphabétisme, freinent l’amélioration des déterminants sociaux de la santé
Gouvernance du système de santé en réforme, les résultats perceptibles
Le gouvernement béninois a entrepris d’importantes réformes structurelles, y compris la mise en place de mécanismes de contrôle (CCI-SPSM, CMAI, CMMR) et l’intégration progressive du secteur privé (libéral, confessionnel et communautaire) dans la stratégie nationale.
Le fonctionnement du système de santé repose sur une structure pyramidale cohérente, mais qui souffre d’une faiblesse de coordination, d’une insuffisance de supervision et de financement à tous les niveaux.
Couverture sanitaire universelle encore inaccessible
La couverture sanitaire universelle au Bénin progresse, même si, les ménages supportent encore une part importante des dépenses de santé. La progression de la couverture sanitaire universelle est facilitée par l’amélioration de l’offre d’une part et la généralisation du volet assurance maladie du projet « Assurance pour le Renforcement du Capital Humain » en abrégé « ARCH », d’autre part. L’accélération de la couverture sanitaire universelle sera observée avec la mise en œuvre attendue de l’assurance maladie obligatoire.
Résultats contrastés en matière de santé publique
Baisse de la mortalité maternelle et infantile, amélioration de la couverture vaccinale et de l’assistance à l’accouchement ; mais persistance des maladies transmissibles (paludisme, tuberculose, VIH).
La mortalité des enfants de moins de 5 ans, bien qu’en baisse, reste élevée et montre l’insuffisance des services de santé communautaire et préventifs.
Système de santé sous pression et peu résilient
La COVID-19 a exposé la vulnérabilité du système, notamment en ressources humaines et en réponse rapide aux crises. La résilience reste faible, tant au niveau des infrastructures que de la capacité de surveillance épidémiologique et de réponse rapide.
Transition épidémiologique non maîtrisée
À côté des maladies infectieuses, les maladies non transmissibles (hypertension, diabète, cancers) prennent une ampleur préoccupante. Le système reste mal préparé à faire face à cette double charge épidémiologique.
Environnement et climat : menaces sanitaires croissantes
L’exposition élevée à la pollution atmosphérique (PM2,5), la dépendance aux combustibles solides pour la cuisson, l’insécurité hydrique et la vulnérabilité climatique ont un impact sanitaire considérable.
Nécessité d’une transformation systémique et multisectorielle
Pour atteindre l’ODD 3, le système de santé doit ralentir sa démarche curative pour s’investir et s’ancrer dans une approche préventive, communautaire, équitable et technologiquement avancée.
Bonne santé et bien-être
L’ODD 3 vise à garantir une vie saine et promouvoir le bien-être de tous à tout âge. Il comprend 13 cibles et 26 indicateurs couvrant divers aspects de la santé, tels que la mortalité maternelle et infantile, les maladies transmissibles et non transmissibles, la santé mentale, la couverture sanitaire universelle, les systèmes de santé, etc.
Au Bénin, la situation de l’ODD 3 présente des progrès mais aussi des défis importants. Le ratio de mortalité maternelle est passé de 397 à 391 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2006 (EDSB-III) et 2017-2018 (EDSB-V), soit une légère baisse de 1,5 %. Le Bénin se situe ainsi en dessous de la moyenne régionale de l’Afrique, qui est de 531 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020.
Toutefois, le Bénin reste loin de l’atteinte de la cible 3.1 de l’ODD 3 qui est de réduire le ratio de mortalité maternelle en dessous de 70 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030 au niveau global. Le pays doit faire davantage d’efforts pour réduire le ratio de mortalité maternelle. Dans le document de priorisation des ODD au Bénin, le niveau fixé pour cet indicateur à l’horizon 2030 est de 214 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes.,
Il est donc important et urgent de renforcer la disponibilité et la qualité des soins, améliorer la gouvernance, assurer un financement stable et pérenne. De plus, ces interventions au niveau du secteur doivent être soutenues par des activités génératrices de la recherche appropriée des soins de santé primaires, notamment dans les zones rurales et les zones défavorisées.
Analyse de la mise en œuvre de la CSU au Bénin
La stratégie nationale de CSU du Bénin a pour objectif d’améliorer l’offre, la demande, le financement et la gouvernance des services de santé de qualité. Elle se base sur six axes stratégiques :
- Accroître la quantité, la qualité et l’accessibilité des formations sanitaires publiques et privées ;
- Définir et appliquer des paquets de services essentiels adaptés aux besoins de santé prioritaires ;
- Renforcer les ressources humaines, techniques et logistiques du système de santé, en optimisant le personnel, les médicaments et les équipements ;
- Diversifier et augmenter les sources de financement de la santé, en réduisant la part des usagers dans le paiement ;
- Améliorer la coordination, le suivi et l’évaluation des interventions de santé, en renforçant la participation, la redevabilité, la transparence, l’information et la recherche en santé ;
- Renforcer le dialogue politique et le plaidoyer pour la CSU, en impliquant tous les acteurs concernés.
La stratégie nationale de CSU au Bénin a fait des progrès remarquables notables, mais a aussi rencontré des difficultés persistantes. Parmi les progrès, on peut mentionner :
- Le démarrage du projet ARCH (Assurance pour le renforcement du capital humain), qui offre une protection santé aux populations vulnérables, notamment les femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans, les personnes âgées et les indigents ;
- Le développement du réseau des formations sanitaires, qui est passé de 1 701 en 2015 à 2 003 en 2019, avec une augmentation du nombre de centres de santé, d’hôpitaux de zone et d’hôpitaux régionaux ;
- Le renforcement du système d’approvisionnement en médicaments essentiels, qui a permis de passer de 75 % à 90 % le taux de disponibilité des médicaments de première nécessité entre 2016 et 2019 ;
- Le développement des systèmes d’information et de recherche en santé, avec la création d’une plateforme nationale de données sanitaires, la réalisation de plusieurs enquêtes et études, et la mise en place d’un observatoire national de la CSU.
Quelques exemples de défis sont :
- le manque de financement public de la santé, qui est inférieur à l’objectif de 15 % du budget national défini par la Déclaration d’Abuja de 2001, et qui conduit à une dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds et à un manque d’investissements dans les infrastructures, les équipements et les ressources humaines ;
- la faible couverture et l’inégalité de la protection sociale en santé, qui privent une grande partie de la population de l’accès aux services de santé, notamment les travailleurs du secteur informel, les ruraux, les pauvres et les marginalisés, et qui exposent les usagers à des dépenses de santé élevées et aléatoires ;
- la mauvaise qualité et la pertinence de certains services de santé, qui réduisent l’efficacité et l’efficience des interventions, et qui provoquent une insatisfaction et une défiance des usagers, notamment concernant la disponibilité et la compétence du personnel de santé, le respect des droits des patients, la prévention et la gestion des infections nosocomiales, et le traitement des plaintes et des réclamations ;
- la faible coordination et la fragmentation des interventions de santé, qui créent des doublons, des vides et des inefficacités dans l’allocation et l’utilisation des ressources, et qui nuisent à la cohérence et à la complémentarité des actions menées par les différents acteurs du secteur de la santé ;
- le faible niveau de sensibilisation et de mobilisation sociale pour la CSU, qui se traduit par une faible appropriation et une faible participation des usagers, des prestataires, des décideurs et des médias aux processus de planification, de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des politiques et des programmes de santé.
Afin de surmonter ces défis, le Bénin devra continuer et renforcer ses efforts pour réaliser sa stratégie nationale de CSU, en se concentrant notamment sur les aspects suivants :
- accroître et pérenniser le financement public de la santé, en utilisant davantage de ressources internes, en optimisant l’efficacité et l’équité de la répartition et de l’usage des ressources, et en mettant en place des mécanismes de financement novateurs et inclusifs, tels que la taxe sur les transactions financières, la taxe sur les produits nocifs pour la santé, ou la contribution sociale généralisée ;
- étendre et équilibrer la couverture et la protection sociale en santé, en déployant le projet ARCH sur tout le territoire national, en améliorant les systèmes de ciblage, d’enregistrement, d’identification et de vérification des bénéficiaires, en augmentant la qualité et la diversité des services proposés, et en encourageant la convergence et l’intégration des différents régimes et mutuelles de santé existants ;
- améliorer la qualité et la pertinence des services de santé, en renforçant le respect des normes et des protocoles, en développant les compétences techniques et managériales du personnel de santé, en garantissant la disponibilité et la maintenance des équipements et des infrastructures, en renforçant la prévention et la lutte contre les infections nosocomiales, et en instaurant un système d’évaluation et d’amélioration continue de la qualité des services de santé ;
- renforcer la coordination et la cohérence des interventions de santé, en créant une plateforme nationale de coordination de la CSU, en harmonisant et en alignant les plans, les programmes et les projets de santé, en élaborant des outils de suivi et d’évaluation communs, et en favorisant le partage d’informations et d’expériences entre les différents acteurs du secteur de la santé ;
- sensibiliser et mobiliser tous les acteurs pour la CSU, en concevant et en diffusant des messages clairs, simples et adaptés aux différentes cibles, en utilisant les médias traditionnels et les réseaux sociaux, en organisant des campagnes, des forums, des ateliers et des conférences sur la CSU, et en créant des espaces de dialogue et de participation des usagers, des prestataires, des décideurs et des médias à la planification, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation de la CSU.
