Auteur : Gouvernement de la République du Bénin
Site de publication : UNICEF
Type de publication : Document de politique sectorielle
Date de publication : Juillet 2024
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Au Bénin, l’éducation des filles est devenue une problématique complexe qui se place au centre des préoccupations majeures du Gouvernement.
Néanmoins, des obstacles persistent et empêchent encore de nombreuses filles d’accéder à une éducation de qualité. C’est ainsi que le Bénin a organisé le forum national pour l’accélération de l’éducation des filles, tenu les jeudi 10 et vendredi 11 mars 2022 à Cotonou.
À l’issue de l’analyse diagnostique, les problèmes majeurs qui se posent à l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles au Bénin sont ceux relatifs au faible accès et à la faible rétention des filles dans le système éducatif.
Ainsi, les défis majeurs sont liés au développement d’une offre éducative inclusive adaptée aux besoins spécifiques des filles et à la création d’un environnement sécurisé favorable à la fréquentation des écoles par les filles.
Il est attendu au terme de sa mise en œuvre que « les filles, surtout les plus vulnérables, soient autonomes et participent au développement du pays ».
Le coût total du programme sur les cinq années s’élève à quatre-vingt-trois milliards six cent soixante onze millions six cent vingt-neuf mille cent quatre-vingt quinze (83 671 629 195) francs CFA.
Le Comité de Pilotage comprendra tous les Ministères de l’équipe technique et sera présidé par le Ministère du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale.
Environnement régional et international
Selon les données les plus récentes de l’UNICEF, 244 millions d’enfants âgés de 6 à 18 ans dans le monde sont hors de l’école dont 118,5 millions de filles.
L’éducation alternative
L’Afrique subsaharienne représente la zone la plus touchée dans le monde.
Se basant sur plusieurs expériences en éducation réalisées sur le continent, l’éducation non formelle apparaît comme une alternative éducative pour intégrer les enfants hors de l’école, en particulier les filles, dans la société.
Le coût total du programme sur les cinq années s’élève à quatre-vingt-trois milliards six cent soixante onze millions six cent vingt-neuf mille cent quatre-vingt quinze (83 671 629 195) francs CFA
Qualité de l’éducation
Une éducation de qualité est la voie d’accès au plein épanouissement de l’être humain. Les données de l’UNESCO (2019) montrent que si tous les adultes achevaient leur cycle d’études secondaires, le nombre de personnes touchées par la pauvreté dans le monde pourrait être divisé par deux, sinon plus. Elle réduirait les inégalités dont sont victimes les filles et les femmes.
Éducation à la santé sexuelle reproductive
La santé et le bien-être des adolescents sont des moteurs du changement vers des sociétés plus durables et en meilleure santé. Ainsi, il ne serait pas possible d’atteindre l’ODD3 sans le plein épanouissement sanitaire des adolescents en général et des filles en particulier.
Transition école-emploi
L’accès à un emploi décent reste une préoccupation majeure pour une grande partie de la population africaine notamment les jeunes et les femmes. En 2019, le taux d’activité pour toute l’Afrique (63,1%) dépassait la moyenne mondiale (60,1%). Cependant les disparités de genre restent marquées, bien qu’elles aient reculé au fil du temps et soient meilleures que la moyenne mondiale. En 2019, cet écart est de 17,3 points de pourcentage en faveur des hommes.
En 2019, le taux des NEET s’élevait à 21,5% signifiant qu’un jeune africain sur cinq n’a pas d’emploi, et ne suit ni études, ni formation et impliquant une forte corrélation entre l’emploi et les études/formation.
Environnement socio-économique national
À travers le Plan sectoriel de l’éducation (2018-2030) dont la vision est d’« assurer à tous les apprenants, sans distinction aucune, l’accès aux compétences, à l’esprit d’entrepreneuriat et d’innovation qui en font des citoyens épanouis, compétents et compétitifs, capables d’assurer la croissance économique, le développement durable et la cohésion nationale » , des efforts ont été́ accomplis au cours de ces dernières années pour rendre les services éducatifs accessibles à toutes et à tous.
Par exemple, le taux brut de scolarisation du primaire, au plan national, est passé de 110,76% en 2017 à 117,43% en 2022 et de 47,00% en 2017 à 50,5% en 2022 dans le premier cycle du secondaire. En revanche, au niveau du secondaire, ce taux a connu une régression passant de 44,5% à 26,4% pour la même période.
Chez les filles, la détérioration est plus prononcée passant de 40,5% à 25,2% pour la période indiquée. Malgré ces efforts et les progrès notés, des disparités persistent entre départements et communes d’une part, et entre les filles et les garçons dans les mêmes départements d’autre part, de même qu’entre milieux urbain et rural.
Les autres indicateurs notamment le taux d’achèvement traduisent avec acuité́ les mêmes réalités de disparité́ régionale et de genre.
En effet, les efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires pour assurer l’éducation de qualité́ pour tous, et en particulier pour les filles doivent être renforcés et aussi s’inscrire dans une approche multisectorielle, et holistique au regard des multiples dimensions des obstacles à l’éducation en général et celle des filles en particulier.
Problématique de l’éducation et du bien-être des filles au Bénin
La littérature soutient largement que l’éducation des filles est une condition préalable à l’éradication de la pauvreté. L’éducation des filles permet de briser le cycle de l’exclusion qui les maintient au foyer et les éloigne de la prise de décision.
Il faut reconnaître les nombreuses actions que le gouvernement béninois a entrepris depuis presque deux décennies (gratuité de l’école, programme des cantines scolaires, etc.), pour renverser la tendance et parvenir aux mêmes niveaux de chance tant pour les garçons que pour les filles.
Au niveau de l’achèvement du premier cycle secondaire par exemple, en 2020, le Bénin affichait encore un faible score de 30% ce qui est en deçà de la moyenne de 41,6% pour des pays partenaires du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) tels que la Côte d’Ivoire, le Mali, etc. dans la sous région.
En examinant le problème de plus près, un certain nombre de facteurs font barrage à l’atteinte des objectifs fixés par le Plan Sectoriel de l’Éducation 2O18-2030.
Ainsi, les stéréotypes de genre prédominants dans la société béninoise attribuent souvent des rôles reproductifs aux filles, les reléguant aux travaux domestiques et soins en limitant leurs perspectives professionnelles.
De plus, dans de nombreux foyers béninois, les ressources financières limitées poussent les familles à faire des choix difficiles quant à l’éducation de leurs enfants. En dépit des nombreuses sensibilisations faites par le gouvernement, les ONG, les OSC, les PTF et les organismes déconcentrés, les filles sont souvent considérées comme moins prioritaires que les garçons, ce qui entraîne leur désavantage éducatif.
Ainsi, pour soutenir la transformation structurelle de l’économie, il s’avère nécessaire de renforcer l’éducation des filles afin d’exploiter pleinement plus tard leurs potentialités productives non seulement pour les filles elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants, leurs familles, leurs communautés et leurs pays.
Situation des filles hors du système scolaire
L’estimation de la population scolarisable (enfants de 9 à 15 ans), en 2019 est de 1 928 043 dont 944 163 filles et de 2 065 368 dont 1 011 411 filles en 2021. Malgré les efforts du gouvernement et des partenaires en faveur des jeunes non scolarisés et déscolarisés, d’énormes problèmes continuent d’entraver l’atteinte de l’objectif zéro fille hors du système éducatif formel. Il s’agit notamment :
- de l’accès limité des filles hors de l’école à une offre diversifiée d’éducation alternative y compris un faible maintien se traduisant entre autres par : l’éloignement des infrastructures, l’insuffisance des enseignants,les pesanteurs socio-culturelles, les aspects socio économiques, l’ignorance des parents quant aux offres d’AENF et d’EFTP, etc.
- de la dégradation de la situation sécuritaire dans les communes frontalières engendrée par une propagation des groupes armés non étatiques vers le sud du Sahel et de l’autre côté des frontières ;
- la mise en apprentissage précoce, le travail des enfants sous toutes ses formes ainsi que l’âge d’apprentissage car la loi ne prévoit pas des sanctions pour les parents des enfants qui sont hors de l’école
Le pays a adhéré à plusieurs initiatives internationales et régionales (l’Agenda 2030 sur les Objectifs de Développement Durable notamment l’ODD4) et adopté plusieurs textes législatifs et réglementaires ainsi que des documents de politiques nationales et sectorielles notamment le Plan Sectoriel de l’Education (PSE).
Par ailleurs, une attention particulière a été accordée à l’éducation des filles à travers une série de mesures prises (exonération des frais de scolarisation des filles du premier cycle du secondaire, gratuité des frais de scolarité à la maternelle et au primaire, mise en œuvre du Programme National d’Alimentation Scolaire Intégré, réduction des coûts de scolarisation des filles des ménages vulnérables dans les départements défavorisés à travers notamment la distribution des kits scolaires et des transferts monétaires soutenus par le Programme Cash Plus Care et le projet SWEDD).
De même, une forte proportion des filles reste hors du système scolaire. En 2020, plus de 46% des filles en âge de fréquenter le premier cycle du secondaire n’y sont pas contre 38% pour les garçons. Ce taux est légèrement en baisse pour les filles avec 45,7% contre 39% pour les garçons en 2021.
Au secondaire général, plus de 8% des établissements sont sans latrines et seulement 77,5% des établissements disposent de latrines séparées pour les filles en 2022.
Seulement 21,4% et 24% des établissements disposent respectivement de laboratoires et bibliothèques équipés loin de la cible du PSE de 35,5% et 35,2% respectivement en 2021.
Des défis à relever également en termes de disponibilité des manuels scolaires, des matériels didactiques et pédagogiques. Au niveau national, le ratio manuels/élève est de 0,82 en 2022.
En 2022, 73,4% des enseignants ont les qualifications nécessaires pour enseigner au primaire. Le taux de couverture des cours exécutés par les enseignants qualifiés est inférieur à 50% pour les deux cycles du secondaire général.
Le taux d’achèvement au premier cycle du secondaire est globalement faible, en particulier celui des filles. Il est passé de 40,7% en 2018 à 26,5% en 2022 et pour les mêmes années, de 37,4% à 25,2% et de 43,8% à 27,7% respectivement pour les filles et pour les garçons. Cette situation montre que le maintien des enfants surtout les filles à l’école demeure un défi à relever pour le Bénin.
Cadre stratégique des interventions en matière de santé sexuelle et reproductive
La violence basée sur le genre en milieu scolaire (VGMS) touche des millions d’enfants, de familles et de communautés. Ce type de violence a un impact négatif sur la scolarisation des filles et a de réelles conséquences sur leurs résultats scolaires. De nombreux élèves choisissent de s’absenter ou d’abandonner complètement l’école.
Les violences physiques sont les plus fréquentes au Bénin. 27,3% des femmes déclarent avoir subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans.
Le taux d’achèvement au premier cycle du secondaire est globalement faible, en particulier celui des filles. Il est passé de 40,7% en 2018 à 26,5% en 2022 et pour les mêmes années, de 37,4% à 25,2% et de 43,8% à 27,7% respectivement pour les filles et pour les garçons. Cette situation montre que le maintien des enfants surtout les filles à l’école demeure un défi à relever pour le Bénin
En outre, les violences sexuelles sont non négligeables. 6,3% des filles âgées de 15-19 ans déclarent avoir subi des violences sexuelles et 2,4% des filles de la même tranche déclarent avoir subi ce type de violence durant la grossesse.
L’âge à la première union est encore précoce au Bénin. Selon les résultats de l’Enquête MICS 2021-2022, 27,5% des femmes âgées de 20-24 ans, 29,3% des femmes de 25-29 ans, 29,3% des femmes âgées de 30-34 ans ont été mariées avant d’atteindre l’âge de 18 ans.
Connaissance et demande de services de santé reproductive des adolescentes et jeunes filles
Le département de l’Alibori affiche le fort taux d’adolescentes qui sont enceintes ou qui ont des enfants avec plus de 38% des filles de 15-19 ans. Les départements du Littoral et de l’Ouémé enregistrent les plus faibles cas des adolescentes enceintes ou ayant des enfants avec 8% des cas.
Plus de 93% des adolescentes n’utilisent pas une méthode contraceptive et plus de 80% des jeunes filles n’en utilisent pas non plus.
Transition école-emploi, autonomisation économique et leadership des filles
Cependant, l’analyse diagnostique du secteur révèle des insuffisances. Au nombre de ces insuffisances, on peut citer : (i) la rigidité du marché du travail au Bénin, la très faible accessibilité aux crédits, la forte proportion d’entreprises individuelles formelles et le manque de professionnalisme des leaders du secteur, (ii) le faible développement du capital humain des jeunes, (iii) le sous-emploi, la situation des déscolarisés, la valorisation des métiers, le chômage des jeunes et la précarité des emplois et (iv) l’insuffisance de ressources financières pour financer le secteur.
Concernant la situation des filles au Bénin en matière de transition école-emploi, sécurité et autonomisation économique, malgré la prise de conscience des jeunes filles de l’importance de leur autonomie, on note des insuffisances que sont : (i) l’inadéquation entre l’éducation et les besoins du marché du travail au Bénin, (ii) la persistance des cas de violences, d’abus et d’exploitations (VAE) des enfants notamment des filles, (iii) la proportion très élevée des emplois vulnérables chez les femmes, (iv) le faible accès à la terre pour les femmes et surtout les jeunes filles au Bénin et (v) le manque de moyens pour appuyer efficacement les filles du fait de la pauvreté et de l’analphabétisme de certains parents.
Pour apporter des solutions durables aux contraintes identifiées dans la transition école-emploi, autonomisation économique et leadership des adolescentes et des jeunes filles, le Bénin doit : (i) saisir la disponibilité des partenaires techniques et financiers, (ii) investir dans les secteurs porteurs de l’économie et (iii) valoriser la potentialité du pays dans l’entreprenariat.
Défis et enjeux de l’éducation et du bien être des filles
- La satisfaction des besoins économiques spécifiques des filles ;
- La mise en œuvre des lois et des textes réglementaires régissant la protection des filles contre le mariage et les grossesses précoces, les violences, l’exploitation et les abus sexuels, etc. ;
- Le développement d’une offre éducative inclusive adaptée aux besoins spécifiques des filles ;
- La création d’un environnement sécurisé favorable à la fréquentation des écoles par les filles;
- La réduction du chômage des jeunes diplômés.
