Auteur : Ministère de l’économie et des finances, République du Bénin
Site de publication : dge.finances.bj
Type de publication : Rapport économique et financier
Date de publication : Décembre 2024
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L’année 2023 a enregistré une croissance robuste malgré un contexte sous-régional incertain. Le taux de croissance s’est affiché à 6,4 % contre une estimation de 6,3% en 2022, porté par une production agricole dynamique, l’intensification de la production industrielle en lien avec l’activité de la GDIZ et la poursuite de la construction des grands chantiers inscrits au PAG. Cette croissance a été réalisée en dépit de nombreuses incertitudes, notamment celles en provenance du Nigéria (suppressions des subventions à l’essence, dépréciation du Naira, etc.) et la fermeture des frontières avec le Niger, à la suite des sanctions de la CEDEAO.
Dans le secteur primaire, la croissance est portée par la production vivrière et les produits d’exportation. La valeur ajoutée est en hausse de 5,1% en 2023 contre 4,8% en 2022. Cette tendance est favorisée par l’amélioration de la production vivrière, en lien notamment avec une pluviométrie satisfaisante ; la mise à l’échelle de plusieurs projets de promotion de la production vivrière dont les Programmes Nationaux de Développement des Filières Conventionnelles (riz, maïs, manioc) et le Projet d’Appui au Développement du Maraîchage; la bonne progression des cultures d’exportation, portée par l’ananas, l’anacarde et le palmier à huile.
La production cotonnière devrait connaître une légère hausse en affichant un niveau soutenu de 600 065,5′ tonnes en 2023. Cette amélioration est soutenue par : la facilitation de l’accès aux intrants avec la mise en place à temps des intrants de qualité et en quantité suffisante ainsi qu’une meilleure distribution des engrais au sein des coopératives villageoises des producteurs de coton; la maîtrise de la nouvelle espèce de Jasside (Amrasca biguttula) avec l’utilisation de l’insecticide Jacobia ; la mise en œuvre de nouveaux dispositifs d’encadrement; la sensibilisation sur la protection phytosanitaire et le suivi du parasitisme; les émissions radio et la diffusion des messages relatifs aux techniques culturales ; etc.
L’activité dans le secteur secondaire a été vigoureuse en 2023. Elle a enregistré une progression de 7,3% contre 7,9% en 2022 et 9,1% en 2021, favorisée par le démarrage d’installation d’unités industrielles dans la GDIZ, l’intensification des travaux de construction des infrastructures socio-économiques et l’offre soutenue d’énergie pour soutenir l’activité économique.
Plus particulièrement, la branche de l’agro-industrie a bénéficié de la mise en route de la GDIZ. La valeur ajoutée a enregistré une progression de 6,7% en 2023, largement au-dessus de la moyenne des trois dernières années (+5,8%). Elle est portée par l’activité des unités industrielles créées en 2022 et qui ont eu une pleine année de fonctionnement en 2023 et par celles mises en service en 2023. Par exemple, les noix de cajou et le soja sont transformés sur place et exportés dans la région et au Moyen-Orient. L’activité dans la branche de l’agro-industrie est également favorisée par le dynamisme de la transformation artisanale des produits agricoles, en lien avec la bonne campagne agricole.
L’activité dans la branche des autres industries manufacturières a également été affectée par l’expansion des activités de la GDIZ. Le Bénin a par exemple exporté ses premiers produits textiles vers les USA en 2023. D’autres unités industrielles comme celles de fabrication de cartons ondulés ont également été mises en service. En définitive, la valeur ajoutée de la branche s’est affichée à 7,6% en 2023 contre 7,3% en 2022 et 8,1% en 2021 soit une moyenne de 7,7% sur les trois dernières années.
L’activité dans les branches de la construction et de l’extraction est soutenue par une bonne progression de la mise en œuvre du PAG 2021-2026. Les principaux projets en cours de mise en œuvre sont : 1) le projet Asphaltage phase B ; i1) le projet de Construction de la cité administrative à Abomey-Calavi ; le projet de reconstruction du stade Charles de Gaulle de Porto-Novo; le programme d’assainissement pluvial des villes secondaires; les travaux d’aménagement de la plage de Fidjrossè; etc. Ainsi, cette branche a affiché une progression de sa valeur ajoutée de 7,8% en 2023 contre 9,1% en 2022. La bonne dynamique de la branche BTP affecterait les industries extractives. Ces dernières sont essentiellement dominées par l’exploitation des carrières.
L’activité dans la branche de l’énergie a été favorisée en 2023 par l’extension des capacités de production et de distribution de l’énergie électrique. Ainsi, la mise en service de la centrale DEFISOL en 2022 d’une capacité de 25 MW, l’électrification et le raccordement de 17 localités rurales en cours depuis 2020, le projet de restructuration et d’extension du réseau dans la commune d’Abomey-Calavi (PRERA), etc., ont permis de soutenir l’activité de la branche. La valeur ajoutée de la branche a progressé de 6,9% en 2023 contre 8,0% en 2022.
Le dynamisme de l’activité des secteurs primaire et secondaire a soutenu les activités de service. Ainsi, malgré la baisse du trafic de transit et de transbordement, la hausse du trafic d’importation destiné au Bénin (+13,6%) a soutenu l’activité commerciale. De même, le secteur a bénéficié de l’augmentation des productions agricoles et industrielles et de la vigueur des activités dans la branche communication et celles relatives aux services touristiques tels que les hôtels et restaurants. En définitive, la valeur ajoutée du secteur tertiaire s’est établie en hausse de 6,6% en 2023 contre 6,0% en 2022 (confère Graphique 12).
Du côté de la demande, l’activité économique en 2023 a été principalement portée par l’investissement. Le rôle majeur de l’investissement privé, notamment en 2023, est en lien, entre autres, avec l’expansion continue de la GDIZ qui a contribué à une progression des exportations, les projets admis au code des investissements, et l’amélioration de l’environnement des affaires. Ainsi, les exportations affichent en 2023, une hausse de 6,2% contre 19,1% en 2022.
L’inflation reste contenue en 2023, grâce notamment à la disponibilité de produits agricoles. Elle s’est affichée à 2,7% malgré la flambée des prix du carburant sur le marché informel du fait de la suppression des subventions à l’essence au Nigeria. Le niveau contenu de la hausse globale des prix est principalement lié à la bonne campagne vivrière qui a favorablement agi sur les prix des produits alimentaires. Ces derniers représentent plus de 40% du panier de la ménagère. Avec ce niveau d’inflation, le Bénin enregistre l’un des plus faibles taux d’inflation dans l’UEMOA.
En ce qui concerne les finances publiques, les opérations de l’État ont affiché de bonnes performances en 2023, aussi bien dans la mobilisation des ressources que dans l’exécution des dépenses. En effet, les recettes totales des régies financières se sont établies à 1 701,3 milliards FCFA contre 1 295,7 milliards FCFA en 2021, réalisant ainsi une augmentation de 31,1%. Cette performance des régies est notamment en lien avec l’amélioration continue des dispositifs de collecte à travers la politique d’élargissement de l’assiette fiscale et le renforcement de la qualité du management au niveau des régies financières. Les recettes nettes de l’administration des Impôts sont ressorties à 1 020,9 milliards FCFA en 2023 contre 890,9 milliards FCFA en 2022, enregistrant ainsi une augmentation de 14,6%.
Les réformes mises en œuvre aux Impôts sont principalement orientées vers la digitalisation des procédures et l’élargissement de la base imposable. Au nombre de ces réformes, on peut citer : l’instauration des machines électroniques de facturation de la TVA et leur généralisation; la réforme de la déclaration unique DGI/CNSS; la refonte du Code Général des Impôts ; le paiement de certains impôts par la téléphonie mobile ; l’extension du SIGIBE à l’ensemble des Centres des impôts des petites entreprises; etc. Grâce à ces réformes, la DGI a augmenté de près de 50% la mobilisation des recettes intérieures entre 2021 et 2023, en dépassant la barre des 1000 milliards de recettes en 2023 (1020,0 milliards) pour la première fois.
A l’instar des Impôts, la dématérialisation des procédures et la lutte contre la fraude ont significativement contribué à rehausser les recettes de la Douane. En effet, les recettes nettes de la Douane, se sont évaluées à 517,0 milliards FCFA en 2023 après 429,8 milliards FCFA en 2022, soit une progression de 20,3%. Les principales réformes ont porté sur : la mise en œuvre de la plateforme du Guichet Unique du Commerce Extérieur (GUCE) pour toutes les opérations du commerce extérieur (dématérialisation progressive de toutes les procédures et sécurisation des recettes de l’Etat grâce au paiement électronique) ; la régularisation des admissions temporaires non apurées; l’application des valeurs transactionnelles ; la mise en place d’un Programme d’Opérateur Économique Agréé (OEA) pour le renforcement du partenariat douane-entreprise ; la migration de l’ensemble des unités douanières sur SYDONIA WORLD ; etc.
Les recettes non fiscales affichent un niveau de mobilisation soutenu. Elles affichent un taux de réalisation par rapport aux prévisions de plus de 100% et sont portées par le niveau élevé de mobilisation des recettes au niveau de plusieurs postes de recettes, notamment les revenus de l’entreprise et du domaine, les droits et frais administratifs, les produits financiers, les amendes et condamnations pécuniaires et les autres recettes non fiscales.
Les dépenses totales, bien qu’en hausse en termes nominaux, sont en baisse tendancielle. En effet, les dépenses et les prêts nets de l’Etat sont estimés à 2289,80 milliards FCFA en 2023 contre 2 149,50 milliards FCFA en 2022. Elles ont connu ainsi une augmentation de 6,5%, tirée par la hausse des dépenses de transfert et en raison des progrès réalisés dans la mise en œuvre du PAG 2021-2026.
Le Bénin poursuit sa trajectoire de consolidation budgétaire. Le déficit budgétaire ressort à 4,1% du PIB en 2023 contre 5,7% du PIB en 2021. Le principal moteur de cette consolidation budgétaire est l’accélération rapide de la mobilisation des recettes. A travers ce résultat qui témoigne de la rigueur qui caractérise la gestion des dépenses publiques depuis 2016, l’Etat montre une fois encore sa détermination à revenir rapidement à un niveau de déficit compatible avec le critère de convergence de l’UEMOA qui est de 3%.
Le niveau d’endettement reste maîtrisé et en deçà du plafond sous régional des 70%. Le taux d’endettement s’affiche à 54,5% du PIB en 2023, en dépit des chocs extérieurs récents. La marge d’endettement par rapport communautaire permet au Bénin de disposer d’un espace d’endettement pour le financement des projets structurants de développement et faire face à d’éventuels chocs exogène sans compromettre la viabilité de sa dette. La dette extérieure et la dette intérieure représentent respectivement 36,8% et 17,7% du PIB.
Le solde courant de la balance des paiements ressort relativement stable en 2023. Le déficit courant s’est affiché à 6,0% du PIB en 2023 comme en 2022 contre 4,1% du PIB en 2021. Contrairement aux années 2021 et 2022, ce déficit n’est pas entièrement financé par l’afflux de capitaux extérieurs en 2023. Ainsi, le solde global de la balance des paiements ressort déficitaire de 3,5% du PIB en 2023, contre des excédents de 0,1% du PIB en 2022, et 6,1% du PIB en 2021.
La masse monétaire affiche une expansion en 2023 portée principalement par les créances intérieures. Elle s’établit à 3 613,9 milliards FCFA contre 3 210,5 milliards FCFA en 2021, soit une progression de 12,6%. La hausse des crédits intérieurs est principalement imputable au crédit à l’économie qui affiche une amélioration de 43,6%.
Conclusion
Après un léger ralentissement anticipé pour 2024, la croissance économique mondiale devrait rester stable en 2025. Le taux de croissance de l’économie mondiale devrait s’établir à 3,2% en 2025 comme en 2024, après 3,3% en 2023, selon les PEM du FMI d’octobre 2024.
Au plan national, la croissance resterait soutenue en 2024. Au regard de l’évolution de l’environnement économique aux plans international et sous-régional, de la résilience développée par l’économie béninoise ces dernières années et en tenant compte des tendances conjoncturelles au plan national au premier semestre 2024, telles que traduites par les comptes trimestriels, la croissance économique devrait s’établir à 6,7% en 2024 contre une estimation de 6,4% en 2023. Cette performance serait principalement portée par la bonne tenue de la production agricole et ii) l’intensification de la production des unités industrielles installées dans la GDIZ et la résilience des activités de service.
Cette croissance ressortirait encore plus forte en 2025. En se basant sur les orientations de politique économique pour l’année 2025, le taux de croissance s’afficherait à 6,8% en 2025, contre 6,7% en 2024. Cette amélioration serait rendue possible grâce à : la poursuite des bonnes performances du secteur agricole, la dynamique du secteur secondaire marquée par la poursuite des activités de construction de grands projets d’infrastructures inscrits au PAG 2021-2026 dont le Quartier Culturel et Créatif de Cotonou (QCC) et la cité financière, la vigueur du secteur de l’énergie soutenue par la poursuite de l’extension des capacités de production et de distribution de l’énergie électrique, l’expansion de la GDIZ pour booster le secteur industriel, l’amélioration des services tirée par la poursuite du plan de développement et d’investissement du Port Autonome de Cotonou.
L’année 2025 serait également marquée par la poursuite de la consolidation budgétaire et une hausse modérée des prix. Ces perspectives de croissance se réaliserait dans un environnement non inflationniste et de maîtrise du déficit budgétaire, dans le souci de respect des critères clés de convergence de l’UEMOA.
Le budget 2025 est attendu en hausse par rapport à la LF, gestion 2024.
Somme toute, le projet de loi de finances, gestion 2025, s’équilibre en ressources et en charges à la somme de 3 551,0 milliards FCFA, en hausse de 11,0% en comparaison à 2024.
