

Comment les projets de société des candidats à l’élection présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin se distinguent-ils dans leur manière de concevoir un État véritablement tourné vers le numérique ? Peut-on parler d’une vision cohérente et partagée, ou observe-t-on des approches très différenciées ?
Le programme du duo Wadagni-Talata présente une architecture programmatique plus élaborée que la plupart des projets de société précédents dans la mesure où la question de la technologie est traitée comme un levier transversal : une section lui est d’ailleurs entièrement consacrée sous l’intitulé « Bénin, Nation Intelligente ». On y retrouve les fondations revendiquées : couverture 4G à 90 % du territoire, 3 500 km de fibre optique, code du numérique, Stratégie nationale de l’IA et Mégadonnées, et Sèmè City. Cette structuration autour de quatre leviers (infrastructures, talents, cadre réglementaire, adoption et usages) témoigne d’une réflexion systémique absente des programmes précédents.
Cela dit, la vision d’un « État véritablement numérique » suppose plus que la sommation de mesures sectorielles. Elle exige une cohérence normative. Or le programme annonce une « loi sur la localisation de la donnée » et une « loi-cadre sur l’innovation industrielle », sans préciser leur articulation avec les textes existants, notamment le Code du numérique dont l’application reste partielle.
Justement, le duo Hounkpè-Hounwanou propose, une fois élu, une relecture du Code du numérique et du Code de l’information. Que vous inspirent ces propositions au regard des débats récurrents sur la révision du Code du numérique ? Quelles en sont aujourd’hui, selon vous, les principales limites ?
Proposer la relecture du Code du numérique et du Code de l’information, c’est reconnaître implicitement deux choses : premièrement, ces textes accusent des décalages avec les réalités technologiques et sociales actuelles, et deuxièmement, leur application effective n’a pas été à la hauteur de leur ambition normative. Sur ce diagnostic, Paul Hounkpè a raison. Mais la relecture d’un code n’est pas une fin en soi : tout dépend de ce qu’on entend y mettre.
La question de la relecture du Code du numérique béninois n’est pas nouvelle. Depuis son adoption, deux camps s’affrontent de manière récurrente. D’un côté, ceux qui estiment que le texte qui a été pensé dans un contexte technologique antérieur à la généralisation des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et de l’économie des plateformes, doit être substantiellement modernisé. De l’autre côté, ceux qui souhaitent que toute relecture serve de prétexte à une restriction des libertés numériques limitées au nom de la lutte contre les fausses informations ou la cybercriminalité.
Sur le fond, plusieurs insuffisances méritent d’être posées :
Premièrement, le Code du numérique est muet ou presque sur les questions qui structurent aujourd’hui le droit du numérique mondial : le régime de responsabilité des plateformes intermédiaires, l’encadrement des systèmes d’intelligence artificielle, la protection des données des mineurs en ligne, le statut juridique des travailleurs des plateformes. Ce sont pourtant des enjeux déjà tangibles dans la réalité béninoise.
Proposer la relecture du Code du numérique et du Code de l’information, c’est reconnaître implicitement deux choses : premièrement, ces textes accusent des décalages avec les réalités technologiques et sociales actuelles, et deuxièmement, leur application effective n’a pas été à la hauteur de leur ambition normative
Deuxièmement, le Code de l’information souffre d’un problème de convergence non résolu. À l’ère de l’information numérique, la frontière entre un journaliste, un blogueur, un créateur de contenu sur YouTube et un diffuseur de fausses informations est devenue une question juridique fondamentale. Le Code de l’information a été conçu pour un écosystème médiatique analogique. Sa relecture doit intégrer les logiques de l’environnement numérique sans sacrifier la liberté de la presse sur l’autel de la régulation des contenus.
Troisièmement, la question de la cybercriminalité mérite une attention particulière. Le droit béninois punit les infractions numériques, mais le cadre procédural (compétence des juridictions, coopération internationale en matière d’enquête numérique, statut des preuves électroniques) reste fragile. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), compétente en matière d’infractions économiques et de cybercriminalité, ne dispose pas toujours des outils techniques et juridiques adaptés à des affaires impliquant des acteurs domiciliés hors du territoire béninois.
Une révision véritablement ambitieuse du Code du numérique devrait au minimum : intégrer un régime de gouvernance de l’IA applicable aux services publics ; clarifier le régime de responsabilité des plateformes opérant au Bénin ; et poser les bases d’un droit du numérique adapté au contexte moderne avec la sauvegarde des libertés numériques (liberté d’expression en ligne, droit à l’anonymat, protection des lanceurs d’alerte).
La relecture du Code de l’information, quant à elle, devrait distinguer clairement la régulation de la presse professionnelle, la régulation des services de communication audiovisuelle numérique, et le régime applicable aux contenus générés sur les réseaux sociaux : trois réalités que la loi actuelle traite de manière insuffisamment différenciée.
Quelle que soit la nature de la révision envisagée, sa légitimité repose sur un impératif méthodologique : le processus de relecture doit être ouvert, inclusif et documenté. Il doit associer les acteurs de la société civile numérique, les professionnels des médias, les opérateurs de services numériques, et les juristes spécialisés. Une révision conduite en vase clos, ou pilotée exclusivement par l’exécutif, produira un texte techniquement amélioré mais politiquement contesté. Ce n’est pas ce dont le Bénin a besoin.
Une révision véritablement ambitieuse du Code du numérique devrait au minimum : intégrer un régime de gouvernance de l’IA applicable aux services publics ; clarifier le régime de responsabilité des plateformes opérant au Bénin ; et poser les bases d’un droit du numérique adapté au contexte moderne avec la sauvegarde des libertés numériques (liberté d’expression en ligne, droit à l’anonymat, protection des lanceurs d’alerte)
Quelles conditions institutionnelles, techniques et juridiques doivent être réunies pour que la digitalisation des services publics produise un impact mesurable sur l’efficacité de l’État et l’accès des citoyens aux services ?
Le programme du candidat Wadagni identifie partiellement ces conditions. Sur le plan juridique, il annonce une loi sur la localisation de la donnée et une loi-cadre sur l’innovation industrielle, s’appuyant sur le Code des investissements et des Zones économiques spéciales, introduisant des exonérations fiscales ciblées et un régime de propriété intellectuelle. Sur le plan technique, les fondations infrastructurelles sont réelles : 90 % du territoire couvert en 4G et 3 500 km de fibre optique reliant prochainement les 77 communes. Sur le plan institutionnel, le programme annonce des relais digitaux communautaires dans chaque localité pour accompagner les populations : une réponse pertinente au problème d’appropriation.
Toutefois, les conditions les plus critiques restent en retrait : le renforcement de l’interopérabilité des systèmes d’information ministériels, l’articulation claire entre l’Autorité de Protection des données à caractère personnel (APDP) et les projets numériques publics ainsi que la cohérence du cadre de confiance numérique pour les transactions de l’État. La formation des agents publics au numérique, mentionnée en filigrane dans la section administration, n’est pas érigée en priorité stratégique explicite.
Dans ce contexte, quelles réformes structurantes le candidat Romuald Wadagni devrait-il proposer pour poursuivre la transformation numérique de l’État ?
Le programme capitalise sur un acquis réel : la digitalisation de plus de 250 services publics réalisée sous l’impulsion du gouvernement béninois. Plusieurs réformes ambitieuses sont annoncées pour la prochaine période. Sur le plan de l’administration, la généralisation complète de la dématérialisation des services publics à l’horizon 2033, accessibles en cinq langues et réalisables en trois minutes, est une promesse forte. Le « Choc de simplification administrative » repose sur le principe du « dites-le-nous une fois » grâce à l’interconnexion des bases de données (identité, fiscalité, registre de commerce, foncier, etc.). C’est exactement le type de réforme structurante qui conditionne l’impact réel de la digitalisation.
Sur le plan sanitaire, la mise en place d’un carnet de santé digital (dossier patient électronique) pour chaque Béninois adossé à un Système d’information hospitalier généralisé à toutes les structures sanitaires représente un chantier décisif. Sur le plan des finances publiques, l’automatisation de la délivrance de l’identifiant fiscal dès la création du Numéro personnel d’identification (NPI) constitue une avancée concrète. Ce qui reste à formuler avec plus de précision : le renforcement des moyens de l’Autorité de protection des données personnelles (APDP) et la consolidation opérationnelle de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN) qui sont deux piliers déjà institutionnellement existants mais dont la capacité effective demeure en construction.
Les projets de société prennent-ils suffisamment en compte la protection des données personnelles et la cybersécurité ?
En matière de numérique, l’analyse des programmes des candidats met en lumière une tension entre les ambitions affichées et les capacités institutionnelles mobilisées. La cybersécurité est mentionnée dans le programme Wadagni-Talata, qui revendique l’existence d’un « code du numérique établissant un cadre légal en matière de cybersécurité, protection des données et commerce électronique », et s’engage à consolider la gouvernance numérique en garantissant un équilibre entre sécurité et libertés.
Le programme capitalise sur un acquis réel : la digitalisation de plus de 250 services publics réalisée sous l’impulsion du gouvernement béninois. Plusieurs réformes ambitieuses sont annoncées pour la prochaine période. Sur le plan de l’administration, la généralisation complète de la dématérialisation des services publics à l’horizon 2033, accessibles en cinq langues et réalisables en trois minutes, est une promesse forte
Cependant, il convient ici d’apporter deux précisions factuelles importantes : le Bénin dispose d’une Autorité de protection des données personnelles (APDP) dotée d’un pouvoir de sanction effectif, et une Stratégie nationale de cybersécurité a été adoptée avec un Centre d’études et de recherche des télécommunications (CERT) gouvernemental opérationnel. Ces deux acquis institutionnels constituent des avancées significatives que le programme aurait intérêt à valoriser davantage, et surtout à consolider.
La question pertinente n’est donc plus de savoir si ces institutions existent, mais de s’assurer de leur montée en puissance effective : budget autonome et suffisant pour l’APDP, capacités humaines et techniques du Benin Computer Security Incident Response Team (bjCSIRT) , intégration systématique d’études d’impact sur la vie privée (EIVP) dans tout projet de service numérique public, et articulation de ces institutions avec les projets numériques massifs annoncés : carnet de santé digital, registre national des ménages, identification biométrique pour les aides sociales, plateforme de crédit digital. L’existence d’un cadre institutionnel est nécessaire mais sa capacité à réguler effectivement un État massivement numérisé est la vraie mesure de sa valeur.
Les orientations sur l’économie numérique favorisent-elles l’émergence d’un écosystème compétitif et créateur d’emplois ?
Sur ce volet, le programme Wadagni-Talata est le plus développé et le plus ambitieux. Il annonce la création d’un pôle de production de solutions IA (IA Factory) qui formera des jeunes sans condition de diplôme par la pratique, des fabriques d’entreprises (venture builders) sectoriels qui financeront l’amorçage et co-construiront chaque projet jusqu’à sa maturité ainsi que la création d’un fonds national d’amorçage public-privé dédié aux startups et petites et moyennes entreprises à forte intensité technologique. À cela s’ajoute un label national officiel dédié aux solutions technologiques, ouvrant l’accès à la commande publique prioritaire et à la visibilité internationale : une idée pertinente de préférence nationale numérique.
La question du cadre juridique pour ces nouveaux acteurs reste ouverte : statut des startups, encadrement des travailleurs des plateformes numériques, protection des créateurs de contenu local, ou encore fiscalité applicable aux grandes plateformes étrangères opérant au Bénin. Sans ces fondements normatifs, l’écosystème risque de créer de la valeur sans qu’elle bénéficie pleinement à l’économie nationale.
Que vous inspirent les propositions qui sont faites en matière de réduction de la fracture numérique entre zones urbaines et rurales ?
Le programme Wadagni-Talata fournit un effort notable sur ce point, en prévoyant notamment les Sèmè City Hubs (SCHUB) offrant des formations d’excellence en ligne accessibles quel que soit le lieu de résidence des apprenants, et des relais digitaux communautaires dans chaque localité. Sur l’inclusion financière numérique, le programme annonce une plateforme nationale de paiements électroniques interopérable ainsi que la digitalisation complète de la chaîne de valeur de la microfinance pour faciliter l’accès au financement pour les femmes, les jeunes et les PME.
Ces mesures adressent la fracture d’accès. Mais la fracture de compétences (capacité à utiliser les services, à se protéger en ligne, à faire valoir ses droits numériques) n’est pas traitée avec la même profondeur. De même, l’accessibilité des interfaces en langues nationales, pourtant mentionnée pour les services publics, n’est pas érigée en standard transversal. La fracture numérique entre zones urbaines et rurales est une réalité multidimensionnelle que le programme aborde encore de façon trop infrastructurelle.
Le duo Hounkpè-Hounwanou évoque dans son projet de société une couverture insuffisante du territoire par les réseaux de communication. Quel état des lieux peut-on dresser aujourd’hui en la matière ?
Le candidat du parti Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE) évoque une couverture insuffisante du territoire par les réseaux de communication. C’est une affirmation qui circule fréquemment dans le débat public, et qui mérite d’être confrontée aux données disponibles pour distinguer ce qui relève du constat fondé de ce qui relève du discours politique.
Le programme Wadagni-Talata revendique une couverture 4G à 90 % du territoire et 3 500 km de fibre optique reliant prochainement les 77 communes. Ces chiffres correspondent à des investissements documentés notamment le déploiement de la fibre optique à travers le programme national et les interventions de l’ASIN. L’indicateur de 90 % de couverture 4G est techniquement plausible pour la couverture de la population, c’est-à-dire la proportion de la population vivant dans une zone couverte. Il ne signifie pas que 90 % du territoire géographique est couvert.
La fracture numérique entre zones urbaines et rurales est une réalité multidimensionnelle que le programme aborde encore de façon trop infrastructurelle
Cela est une distinction fondamentale que le débat public efface trop souvent. La couverture de la population peut être élevée même lorsque de vastes étendues géographiques restent sans réseau parce que l’essentiel de la population est concentré dans quelques zones urbaines et périurbaines. Le Borgou, l’Alibori, l’Atacora et la Donga, qui représentent plus de la moitié de la superficie du pays, demeurent des zones de sous-couverture réelle, particulièrement sur les axes ruraux et dans les localités éloignées.
Plusieurs réalités coexistent et méritent d’être distinguées :
La couverture 2G/3G reste le plancher minimal pour l’accès aux services numériques de base : téléphonie vocale, SMS, transferts monétaires mobiles. Cette couverture est relativement large mais présente encore des zones blanches dans les communes frontalières du nord.
La couverture 4G, en revanche, reste inégalement distribuée. Elle est bonne dans les grandes agglomérations (Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Abomey-Calavi), acceptable dans les villes secondaires, mais reste faible dans les localités rurales et les axes routiers interurbains. Un citoyen d’Aplahoué, de Kétou ou de Banikoara ne dispose pas de la même qualité de connexion qu’un habitant de Cotonou. Cette inégalité est directement structurante pour l’accès aux services numériques publics que les programmes promettent.
La fibre optique, quant à elle, couvre principalement les grands axes routiers et les centres urbains. Sa pénétration dans les zones rurales reste très limitée. Le déploiement de 3 500 km de fibre optique est une avancée réelle sur le backbone national c’est-à-dire le réseau de transport entre les nœuds principaux mais le dernier kilomètre qui connecte les ménages et les entreprises locales à ce réseau, reste le maillon faible.
La qualité de service est une troisième dimension souvent absente du débat. Une zone peut être techniquement couverte en 4G mais offrir une qualité de connexion insuffisante pour les usages intensifs (télémédecine, téléenseignement, services administratifs en ligne) en raison de la saturation des réseaux ou de la faible densité des antennes. Les étudiants de l’Université Abomey Calavi connaissent bien ce problème lors des sessions d’enseignement à distance.
Le candidat de la FCBE soulève un vrai problème, mais l’énonce de manière trop globale pour être opératoire. La couverture réseau au Bénin n’est pas uniformément insuffisante : elle est inégalement distribuée, avec des zones urbaines bien couvertes et des zones rurales structurellement désavantagées. Le problème n’est pas seulement infrastructurel : il est aussi économique (le coût des données mobiles reste élevé par rapport au revenu médian), compétentiel (l’usage des services numériques suppose des compétences que beaucoup ne possèdent pas), et institutionnel (la régulation du secteur des télécommunications mérite d’être renforcée en matière d’obligations de couverture des zones non rentables).
Une politique sérieuse de couverture universelle devrait imposer aux opérateurs des obligations de service universel avec des indicateurs précis et vérifiables, financer le déploiement dans les zones non rentables par un mécanisme de péréquation, et traiter la qualité de service comme un indicateur aussi important que la couverture géographique.
Quelles attentes prioritaires ne semblent pas suffisamment prises en compte dans les projets de société des candidats ?
Trois angles morts majeurs méritent d’être signalés, en tenant compte des acquis institutionnels existants.
Premièrement, le renforcement effectif des capacités de l’APDP et de l’ASIN. L’existence de ces institutions est un acquis précieux. Mais leur impact réel dépend de leur dotation budgétaire, de leur indépendance opérationnelle, et de leur intégration systématique dans les projets numériques de l’État. L’obligation d’études d’impact sur la vie privée (EIVP) préalables à tout projet de service numérique public devrait figurer explicitement dans le programme.
Le problème n’est pas seulement infrastructurel : il est aussi économique (le coût des données mobiles reste élevé par rapport au revenu médian), compétentiel (l’usage des services numériques suppose des compétences que beaucoup ne possèdent pas), et institutionnel (la régulation du secteur des télécommunications mérite d’être renforcée en matière d’obligations de couverture des zones non rentables)
Deuxièmement, la régulation des plateformes numériques étrangères. Le programme projette des accords avec les plateformes de distribution pour les créateurs de contenu, et évoque un label « Bénin Originals ». C’est une amorce positive. Mais la question de la responsabilité des grandes plateformes (Meta, Google, TikTok) pour les contenus circulant au Bénin, leur contribution fiscale et leur soumission aux décisions de la justice béninoise, reste totalement absente.
Troisièmement, le cadre normatif de l’intelligence artificielle. Le programme déploie abondamment l’IA dans la santé, l’éducation, l’agriculture, la défense et la Super App gouvernementale, sans mentionner un seul mécanisme de gouvernance algorithmique : pas d’obligation de transparence, pas d’encadrement du scoring algorithmique, pas de droit au recours contre les décisions automatisées. Déployer l’IA sans la réguler crée une vulnérabilité structurelle, même lorsque des institutions de protection des données existent.
Selon vous, dans cette campagne électorale, le numérique est-il perçu comme un simple outil de modernisation ou comme un levier stratégique de souveraineté et de transformation structurelle ?
Le programme Wadagni-Talata franchit un cap réel en affirmant que le Bénin a choisi d’être une nation apprenante, innovante et connectée, avec l’ambition de devenir un hub technologique de référence pour les économies émergentes. La phrase la plus emblématique du programme « Le Bénin va devenir un exportateur de solutions technologiques. Ce n’est pas un rêve, c’est un plan » signale une rupture de posture : le Bénin ne serait plus seulement importateur de technologies, mais producteur.
Cette ambition est légitime et stimulante. La souveraineté numérique réelle ne se mesure pas seulement à l’ambition exportatrice ; elle se mesure à la capacité d’un pays à gouverner ses infrastructures critiques, à protéger les données de ses citoyens et à réguler ses marchés numériques selon ses propres intérêts. Sur ces trois dimensions, le Bénin a posé des jalons institutionnels réels. Le défi du prochain septennat n’est plus de créer des institutions, mais de les rendre pleinement opérationnelles, articulées et capables de réguler un État massivement numérique.
