Auteur : Rodrigue Castro Gbedomon, Sidol Houngbo and Fréjus Thoto
Site de publication : ACED Africa
Type de publication : Rapport
Date de publication : Juin 2024
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Contexte de l’agriculture au Bénin
Au Bénin, le secteur agricole, qui contribue en moyenne à 27% du PIB, a connu une relance grâce à des stratégies de développement et des réformes axées sur la résilience aux changements climatiques et la sécurité alimentaire. Celles-ci ont ciblé certaines filières, visant à améliorer la productivité, la transformation et l’accès au marché. Le secteur privé a vu son rôle renforcé dans le domaine.
Le pays compte environ 926 000 ménages agricoles, avec un revenu agricole relativement bas. Les principales cultures d’exportation sont le coton, suivi des noix de cajou, du karité, du soja et de l’ananas.
Au cours des deux dernières décennies, le Bénin a stimulé et relancé son secteur agricole avec des visions périodiques et des stratégies de développement agricole, atteignant l’autosuffisance pour la plupart des cultures.
Depuis 2016, des réformes ont été instaurées pour rendre l’agriculture dynamique, résiliente aux changements climatiques et pour soutenir la sécurité alimentaire. Les nouvelles orientations agricoles ciblent certaines filières (conventionnelles, émergentes et à haute valeur ajoutée), favorisant l’amélioration de la productivité agricole, la transformation et l’accès au marché pour certaines, tout en visant la souveraineté alimentaire pour d’autres. Ces orientations ont renforcé le rôle du secteur privé dans le secteur agricole.
Le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (PSDSA 2017- 2025) a identifié cinq problèmes majeurs : une faible productivité, un environnement peu propice à la structuration des chaînes de valeur, une faible résilience aux changements climatiques et à la dégradation des terres, un faible niveau de gouvernance et des mécanismes de financement inadaptés et difficilement accessibles.
Défis climatiques et opportunités d’utilisation du numérique pour l’adaptation aux changements climatiques
Le Bénin est confronté à plusieurs risques climatiques perturbant son agriculture, incluant des précipitations tardives, violentes, des sécheresses, la chaleur excessive, les vents violents et l’élévation du niveau de la mer. Le maïs est la culture la plus vulnérable, suivi du coton, du riz, de l’anacarde et de l’élevage bovin. D’ici 2050, une diminution des précipitations de 12% et une hausse des températures moyennes de 20% sont prévues, ce qui risque d’aggraver les conditions dans les régions agricoles, diminuer les rendements et augmenter les maladies animales.
Le numérique peut aider à surmonter ces défis en renforçant l’information agro-climatique et hydrologique, en favorisant l’adoption d’innovations et de pratiques d’agriculture climato-intelligente. Il peut aussi améliorer le suivi des exploitations, faciliter l’accès au financement et à l’information sur les marchés, augmentant ainsi la résilience des agriculteurs face aux chocs climatiques.
Environnement de facilitation de la transformation numérique de l’agriculture et de l’adaptation aux changements climatiques
Au cours des 20 dernières années, le Bénin a lancé sa transformation numérique pour devenir un pôle de référence en Afrique de l’Ouest, utilisant le numérique pour stimuler son développement socio-économique. Ceci comprend des investissements dans les infrastructures numériques, des réformes politiques, l’amélioration du cadre réglementaire, la sécurisation du cyberespace et la promotion de l’entrepreneuriat numérique.
Le Bénin est confronté à plusieurs risques climatiques perturbant son agriculture, incluant des précipitations tardives, violentes, des sécheresses, la chaleur excessive, les vents violents et l’élévation du niveau de la mer. Le maïs est la culture la plus vulnérable, suivi du coton, du riz, de l’anacarde et de l’élevage bovin
Compte tenu de l’importance de l’agriculture, le Bénin a mis en place la Stratégie Nationale d’Agriculture Numérique 2022-2025 pour encourager une transition numérique inclusive et durable dans ce secteur. En parallèle, le pays a adopté une stratégie sur l’intelligence artificielle et les mégadonnées, ciblant notamment l’agriculture.
Le plan de développement agricole 2020-2024 du Bénin intègre l’adaptation aux changements climatiques, avec des actions pour promouvoir l’Agriculture Intelligente face au Climat (AIC), développer des cultures résistantes au climat, soutenir des pratiques agricoles écologiques et diffuser des techniques adaptées aux changements climatiques.
Les solutions numériques pour l’agriculture et l’adaptation aux changements climatiques au Bénin
Au Bénin, il existe 50 solutions numériques agricoles, réparties en quatre catégories : conseil, formation et information pour les producteurs (56%), commercialisation des produits agricoles (16%), facilitation de la mise en relation entre les acteurs de la chaîne de valeur agricole (14%), et des services de suivi des activités culturales et de cartographie des exploitations (32%). Parmi celles-ci, 54% sont sur le marché, 30% sont en phase de test, et 16% sont en cours de création.
Parmi ces solutions, 24 ont le potentiel d’aborder les problèmes liés à l’adaptation aux changements climatiques. Elles ciblent principalement le sous-secteur végétal. Seulement 25% (6 sur 24) de ces solutions sont spécifiquement conçues pour l’adaptation aux changements climatiques, les autres ayant le potentiel de contribuer à la résolution des défis climatiques.
Le plan de développement agricole 2020-2024 du Bénin intègre l’adaptation aux changements climatiques, avec des actions pour promouvoir l’Agriculture Intelligente face au Climat (AIC), développer des cultures résistantes au climat, soutenir des pratiques agricoles écologiques et diffuser des techniques adaptées aux changements climatiques
Les défis pour la transformation numérique de l’agriculture et de l’adaptation aux changements climatiques
Le Bénin est confronté à plusieurs défis dans la transformation numérique de l’agriculture et l’adaptation aux changements climatiques. Les problèmes principaux incluent un accès limité à Internet dans les régions rurales, une infrastructure technologique insuffisante, un taux élevé d’analphabétisme numérique, etc.
De plus, il y a des défis spécifiques à l’écosystème du e-agriculture comme le manque de compétences des innovateurs numériques, le manque de financement pour la R&D, des difficultés de déploiement et d’adoption de nouvelles solutions numériques, une inadéquation des solutions numériques aux conditions et besoins locaux, une viabilité économique dépendante de subventions, un manque de solutions abordant les changements climatiques, une fiabilité incertaine des services numériques climatiques, et une collaboration insuffisante entre les acteurs du numérique dans le secteur agricole.
Les leviers d’actions et d’investissements pour la transformation numérique de l’agriculture et de l’adaptation aux changements climatiques
Pour accélérer la transformation numérique de l’agriculture et l’adaptation aux changements climatiques au Bénin, plusieurs leviers d’action et d’investissement ont été proposés. Ces derniers incluent : l’amélioration de l’accès à Internet et à l’énergie dans les zones rurales, la protection des agriculteurs contre les menaces cybernétiques, le renforcement des compétences numériques par l’éducation et la formation, la création d’un fonds d’investissement pour la R&D de solutions numériques adaptées à l’agriculture et aux changements climatiques, le facilitation du déploiement et de l’adoption de ces solutions, l’alphabétisation fonctionnelle et numérique des agriculteurs, le développement de solutions en fonction des besoins locaux, la formation des entrepreneurs numériques sur les enjeux des changements climatiques, l’amélioration de la qualité des données météorologiques, la mise en place d’une plateforme numérique centralisée fournissant des services climatiques, et enfin, la facilitation de la collaboration entre les acteurs du numérique.
Le contexte agricole au Bénin
La politique agricole au Bénin
Depuis 2016, le pays s’est donné une nouvelle vision, celle de faire du secteur agricole un secteur dynamique, résilient aux changements climatiques, répondant de façon équitable aux besoins de toutes les couches de la population du pays, en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle, et de développement socio-économique.
Cette vision est opérationnalisée par l’élaboration et l’adoption du nouveau Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (PSDSA 2017-2025) et d’un Plan National d’Investissements Agricoles et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNIASAN 2017-2021).
Depuis 2016, le secteur agricole au Bénin a été marqué par des réformes structurelles articulées autour de la restructuration du cadre institutionnel et la promotion des filières agricoles.
Ces réformes ont consacré la séparation du rôle régalien de l’État avec celle de la promotion des filières agricoles, et ont renforcé le rôle du secteur privé dans le secteur agricole. A cet effet, il y a eu (i) la création de sept Pôles de Développement Agricole (PDA) administrés par des Agences Territoriales de Développement Agricole (ATDA) pour promouvoir les filières agricoles, et (ii) la mise en place des Directions Départementales de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP) pour assurer le rôle régalien de l’État dans le secteur agricole.
La nouvelle ambition de la politique agricole du Bénin à l’horizon 2025, est de construire un secteur agricole dynamique, compétitif, attractif, résilient aux changements climatiques et créateur de richesses, d’emplois, répondant de façon équitable aux besoins de sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population béninoise et aux besoins de développement économique et social de toutes les couches de la population du pays. A cet effet, le pays a été subdivisé en sept (07) Pôles de Développement Agricole (PDA), dont chacune destinée à promouvoir des filières agricoles spécifiques.
Risques climatiques dans le secteur agricole au Bénin
Les principaux risques climatiques observés au Bénin comprennent :
- Les pluies tardives et violentes. Elles occasionnent un décalage des périodes des dates de semis des cultures annuelles et perturbent le calendrier agricole ;
- L’arrêt précoce des pluies, le raccourcissement et le rallongement de la durée des saisons. Ils entraînent des séquences sèches de plus en plus longues avec comme conséquence l’assèchement précoce et prolongé des ressources en eau utilisées pour les activités agricoles, la rareté du pâturage, l’intensification de la transhumance, la dégradation des sols et la baisse de la productivité des cultures.
- Les fortes chutes de pluie et les inondations. Elles détruisent les récoltes et les moyens de production et occasionnent la cessation temporaire des activités agricoles des activités économiques dans les zones touchées. Elles sont à l’origine du faible taux de fécondité du pollen, la baisse de la productivité des cultures et de lourdes pertes de récolte.
- Les poches de sécheresse. Elles provoquent un manque d’eau critique pour les cultures et le bétail, compromettant la productivité agricole et exacerbant les problèmes de sécurité alimentaire.
- La chaleur excessive. Elle cause des dommages aux cultures, réduit les rendements et affecte la santé du bétail, perturbant ainsi les activités agricoles.
- Les vents violents. Ils détruisent les cultures, érodent les sols et endommagent les infrastructures agricoles, rendant difficile la réalisation d’activités agricoles de façon efficace et durable.
- Les crues extrêmes. Elles se manifestent par des inondations importantes qui submergent les terres agricoles, détruisent les cultures et provoquent l’érosion des sols, affectant négativement la productivité agricole.
- L’invasion des insectes ravageurs exotiques. Il a été enregistré ces dernières années, l’apparition et la propagation d’insectes nuisibles provenant d’autres pays ou continents (ex. la chenille légionnaire d’automne). Ces insectes dévastent les cultures de grande consommation (ex. le maïs), menaçant ainsi la sécurité alimentaire des populations.
- L’élévation du niveau marin dans les zones côtières. Ce phénomène climatique perturbe les activités de pêche maritime entraînant la destruction des habitats côtiers et la diminution des stocks de poissons.
Dans l’ensemble, les risques climatiques se manifestent par des variations dans le bilan hydrique, de température et d’humidité qui perturbent les cycles de production agricole et ainsi causent d’importantes pertes économiques.
Exposition aux risques climatiques
Les localités du Bénin sont exposées différemment aux aléas climatiques. Les régions agricoles au Sud du Bénin sont sujettes à d’extrêmes précipitations et d’élévation du niveau de la mer, avec une salinité croissante des sols. Ces régions subissent également le raccourcissement des saisons pluvieuses et le rallongement des saisons sèches.
Depuis les années 1990, la 2ème saison des pluies au Sud du Bénin est devenue excédentaire alors que la 1ère saison demeure déficitaire. Entre 1965 et 2010, il est dénombré 26 années excédentaires sur 45 avec divers degrés d’humidité contre environ 21,5 années déficitaires, avec divers degrés de sécheresse.
Les régions agricoles du Nord-Bénin sont exposées à l’augmentation de la température et la diminution des précipitations. Elles sont également confrontées aux effets du raccourcissement des saisons pluvieuses et du rallongement des saisons sèches.
Dans ces régions agricoles du Bénin, il a été noté une alternance d’années déficitaires et excédentaires avec les retards marqués des pluies, suivis d’une diminution de la quantité des précipitations et de l’arrêt précoce des pluies.
