Auteur : Groupe de la banque africaine de développement
Site de publication : afdb.org
Type de publication : Rapport pays
Date de publication : 2024
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Position du Bénin sur la nécessité de réformer l’architecture financière internationale
Le Bénin a fourni des efforts considérables ces dernières années pour accéder aux marchés des capitaux internationaux. La première émission d’Euro-obligations conventionnelles, remonte à mars 2019, pour un montant de 500 millions d’Euros, avec une échéance de 7 ans. D’autres émissions d’Euro-obligations conventionnelles en deux tranches, sont intervenues en janvier 2021, pour un montant cumulé de 1 milliards d’euros. Le pays a ensuite eu recours aux instruments innovants de la finance durable, grâce à des garanties partielles de crédit (GPC) de banques multilatérales. Pour y arriver, le pays s’est d’abord doté d’un cadre national pour l’émission des obligations durables (Eurobond ODD) en 2021. Ce dispositif national a permis, par la suite, d’enregistrer, à ce jour, deux (2) prêts et obligations durables sur le marché international des obligations durables.
La première en 2021, d’un montant de 500 millions d’euros, a bénéficié d’une garantie partielle de crédit de la Banque mondiale. Cette opération avait bénéficié d’une échéance de 14 ans et d’un taux d’intérêt de 4,85%. La deuxième opération, réalisée en 2023, a porté sur un financement de 350 millions d’euros, pour une échéance de 12 ans et un taux d’intérêt de 5,87%. Cette deuxième opération a bénéficié d’une garantie partielle de crédit du Fonds africain de développement (FAD) de 195 millions d’euros. Au total, un montant de 3,3 milliards USD a été déjà levé sur les marchés internationaux de capitaux entre 2019 et 2024. Une partie de ce montant levé a servi à du refinancement de dette dans le cadre de la gestion de passifs.
Le pays reste surtout confronté à des coûts de financement élevés sur le marché international des capitaux par rapport aux pays avancés et aux économies émergentes, en raison d’une mauvaise évaluation de sa dette souveraine, probablement due à une perception du risque par les investisseurs internationaux. Les 750 millions USD d’Euro-obligations souveraines émises par le Bénin en 2024 sur le marché international, qui n’avaient pas bénéficié de garantie de banques multilatérales, l’ont été avec un rendement en USD de 7,96% (soit 6,39% en Euro. Les pays émetteurs d’obligations souveraines en Afrique paient en général des intérêts plus élevés, lorsqu’ils empruntent sur les marchés de capitaux internationaux, par rapport aux économies avancées qui obtiennent 1,1% comme rendement moyen de leurs obligations souveraines, et les économies émergentes 4,9 % en moyenne.
La réforme de l’architecture financière mondiale est primordiale, pour permettre au Bénin d’avoir accès à des instruments adaptés et de mobiliser des ressources sur les marchés internationaux des capitaux à des conditions favorables, en vue de financer la transformation structurelle et d’assurer la transition verte. Selon le Gouverneur de la BAD pour le Bénin, dans la revue des Gouverneurs de 2024 pour les Assemblées annuelles de la BAD, les solutions de financement innovantes contribuent à atténuer les effets des opérations de marchés sur le service de la dette, tout en favorisant le renforcement de la confiance des investisseurs internationaux. Elles permettent aussi de disposer du volume de financement nécessaire pour mettre en œuvre rapidement des projets alignés sur les objectifs de développement durable, tout en limitant les contraintes de capacités d’absorption. Les attentes du Bénin sont importantes au niveau de la réforme de l’architecture financière internationale, afin que les institutions financières internationales renforcent leur rôle de conseils et de fourniture d’instruments de garantie pour la mobilisation de solutions financières innovantes de la finance durable (obligations ODD, vertes, bleues et sociales).
Faire face à la dette
Le Bénin a accompli des progrès significatifs ces dernières années en matière de gestion de la dette publique. Le pays a réussi à améliorer, de manière considérable, la notation financière de sa dette souveraine, grâce aux réformes mises en œuvre au cours des dernières années. Depuis 2016, les pouvoirs publics mettent en œuvre une politique de gestion active de la dette en vue d’optimiser le profil coût-risque, notamment en remplaçant la dette onéreuse par une dette moins chère, en allongeant la durée, en empruntant à un taux d’intérêt fixe, et en privilégiant les financements en euro.
La stratégie du pays en matière de gestion de dette met également l’accent sur la réalisation d’opérations de gestion de passifs, afin d’atténuer le risque de financements. Pour préserver sa notation souveraine, le Bénin n’avait pas adhéré à l’Initiative du G20 de suspension du service de la dette en 2020, durant la crise de Covid-19. À la fin de 2023, le stock total de la dette publique du Bénin était estimé à 6508,5 milliards de FCFA (10,66 milliards d’USD), soit 54,5% du PIB, contre 41,2% en 2019. Cette progression rapide de la dette publique s’explique surtout par l’impact des Euro-obligations sur le stock total, soit 16,9% de la dette totale en 2023.
Le risque de surendettement demeure globalement modéré selon le FMI. L’agence de notation Standard & Poor’s a rehaussé, en avril 2024, la notation de crédit du Bénin de (B+) à (BB-) avec perspective stable.
Financer l’action climatique
Les progrès du Bénin en matière de transformation structurelle sont menacés par le changement climatique. Comme indiqué plus haut, le Bénin est exposé à un risque élevé de crue et d’inondation urbaine, de pénurie d’eau, de chaleur extrême, etc. Selon le rapport PEA 2024 de la BAD, les effets néfastes de la hausse des températures sont nombreux, notamment une mortalité et une morbidité accrues, une perte de PIB par habitant, des pertes de productivité du travail, une dépression commerciale, des conflits et des inégalités sociales, accentués par l’accès inégal au capital humain tel que l’éducation à l’emploi et le revenu (Archibong et Annan, 2023 ; Carleton et Hsiang, 2016). Une modélisation de la Banque Mondiale, 2023, indiquait que les pertes annuelles moyennes de PIB devrait croître au fil du temps et pourraient atteindre 19 % du PIB à l’horizon 2050, en l’absence d’efforts d’adaptation supplémentaires. Pour faire face aux défis du changement climatique, le Bénin devrait débloquer plus de 1,2 milliard d’USD par an jusqu’en 2030 pour répondre aux besoins de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) et pour assurer sa transition vers la croissance verte, selon le Rapport pays 2023 de la BAD. La mobilisation des financements nécessaires à l’action climatique est donc impor-tante. Ce financement climatique devrait s’ajouter au financement des ODD et de la transformation structurelle. Il ne devrait pas y avoir de substitution de ressources, ce qui signifie que les ressources nécessaires au développement devraient s’ajouter à celles destinées au financement de l’action climatique. L’adaptation devrait être considérée comme un bien public national, tandis que l’atténuation se révèle être un bien public mondial.
La lutte contre la crise climatique nécessitera des investissements importants dans les infrastructures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique dans de multiples secteurs, notamment l’énergie et l’agriculture, ainsi que dans l’adaptation en matière d’eau, de santé, de prévention et de préparation aux catastrophes dans les infrastructures.
L’accès à l’électricité au niveau national est encore limité. En 2023, le taux d’accès, qui était de 39,86%, était assurée à 44,74% par de l’énergie importée, 41,1% par l’énergie produite par des centrales thermiques, 11,63% par l’autoproduction, tandis que le solaire et l’hydroélectricité représentaient respectivement 1,81% et 0,71%.
Le capital naturel riche pourrait être mis à profit pour assurer la transition verte. Le potentiel important d’énergies renouvelables au Bénin, notamment l’énergie éolienne, solaire, hydroélectrique et géothermique, constitue une opportunité pour attirer les investissements du secteur privé.
Selon le Rapport pays 2023 de la BAD, il manque encore au Bénin différents types de financements durables à lever, tels que les obligations vertes, bleues ou sociales, qui peuvent attirer des investisseurs préoccupés par des investissements sur des thématiques ou secteurs spécifiques, tels que la gestion des déchets plastiques, la biodiversité, la protection des océans, l’aquaculture et les pêches, les mangroves, l’énergie propre, la mobilité verte, les déchets solides, les forêts, les logements écologiques, l’eau, etc. En matière d’économie bleue, le pays dispose d’un potentiel de développement encore sous-exploité. Le pays est bordé par l’océan Atlantique avec une côte de 125 km de long, et une zone économique exclusive (ZEE) équivalent à environ 40% de la superficie terrestre du pays. Le pays dispose aussi de grandes étendues d’eaux continentales (lacs, lagunes, fleuves et cours d’eau). Deux (02) communes du pays sont entièrement lacustres (Sô-Ava et Aguégués).
Pour accélérer la mobilisation des financements le pays devrait se doter d’une nouvelle stratégie à long terme pour le climat ainsi que d’une réserve de projets verts, afin de faciliter la conception de produits financiers diversifiés à émettre sous forme d’obligations thématiques. La révision du Document-cadre de financement ODD de 2021, afin de l’élargir aux obligations thématiques (obligations vertes, bleues et sociales), est également importante. Dans cette perspective, la BAD accompagne le pays pour renforcer les capacités de diversification des produits innovants des marchés de capitaux et pour la création d’une Banque verte à la Caisse de dépôts et de consignations du Bénin (CDCB). La BAD va également aider le pays à tirer parti de ses mécanismes domestiques de mobilisation de la finance durable (Fonds national pour l’environnement et le climat « FNEC », Banque Verte de la CDCB, etc.). Ainsi, la banque verte de la CDCB, appelée à être un instrument de financement mixte, pourrait par exemple se spécialiser comme une facilité de financement vert pour les projets bancables des secteurs public et privé d’intérêt public. Le rôle du FNEC pourra être repensé en tant que facilité de préparation des projets verts du pays.
L’assistance technique de la BAD couvre aussi l’appui à la conception des instruments de planification à long terme pour le climat (stratégie à long terme pour le climat, identification d’une réserve de projets verts). Il existe également un potentiel d’expansion du marché du carbone dans le pays, à la fois pour financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique et pour stimuler le développement économique. Le pays a déjà procédé à la création d’une Autorité d’enregistrement des projets carbone en 2022 qui mérite d’être opérationnalisée. Cette Autorité devrait aider à promouvoir un marché carbone au Bénin, et à mettre en place un registre national des projets carbone développés sur le territoire national.
