

Aboubakar Alfa Bah
Après trois quinquennats à la tête de la Côte d’Ivoire, la nouvelle candidature du président Alassane Ouattara à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, cristallise encore les débats sur l’alternance démocratique et la limite des mandats en Afrique de l’Ouest. À l’occasion de cette présidentielle, le Conseil constitutionnel avait retenu officiellement cinq candidats, dont Simone Gbagbo, Jean-Louis Billon, Ahoua Don Mello, Henriette Lagou, et le président sortant Alassane Ouattara.
Ce dernier briguait un quatrième mandat, favorisé par une révision controversée de la constitution en 2016, puis amendée en 2020. L’adoption de la nouvelle constitution donnait lieu à des interprétations divergentes tant du camp présidentiel que de l’opposition, qui alertait déjà sur la volonté de Ouattara de solliciter un nouveau bail. Bien qu’il affirmât ne porter aucune intention de concourir à un nouveau mandat, les faits démontrent pourtant le contraire, car en se présentant pour un troisième mandat, le président Ouattara ouvrait la voie à une nouvelle candidature.
Paradoxalement, cette course à la présidence s’est déroulée sans ses principaux challengers. Les candidatures des deux principaux opposants dont l’ancien président Gbagbo du (PPA-CI) et Tidjane Thiam du (PDCI) ont été rejetées. Le premier est radié des listes électorales en raison d’une condamnation, tandis que le second est exclu pour des questions de nationalité.Malgré les raisons évoquées par les juridictions compétentes, ce rejet des candidatures de ces deux opposants est perçu comme une injustice, amplifiant la perception partisane et subordonnée de la commission électorale indépendante ainsi que du Conseil constitutionnel.
Une période pré-électorale sous tension
La Côte d’Ivoire connait des violences lors des échéances électorales. En 2020, les violences liées au scrutin ont entraîné . Du 10 au 23 octobre 2025, les cinq candidats retenus par le Conseil constitutionnel ont intensément déroulé leur campagne.
Lors de l’élection présidentielle d’octobre dernier, des centaines d’arrestations ont été opérées à l’issue d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Au motif de « maintenir l’ordre public », les autorités avaient interdit les manifestations, les marches et les meetings visant à contester le processus électoral. Cette interdiction n’a toutefois pas empêché les manifestants, qui ont maintenu leur mobilisation contre l’exclusion de leurs candidats, provoquant des tensions dans plusieurs localités, dont Agboville (sud-est), Daloa, Bonoua (Est d’Abidjan) et Yamoussoukro, occasionnant la mort de plusieurs personnes.
Paradoxalement, cette course à la présidence s’est déroulée sans ses principaux challengers. Les candidatures des deux principaux opposants dont l’ancien président Gbagbo du (PPA-CI) et Tidjane Thiam du (PDCI) ont été rejetées. Le premier est radié des listes électorales en raison d’une condamnation, tandis que le second est exclu pour des questions de nationalité
La victoire écrasante du candidat du RHDP
Le 25 octobre 2025, date du scrutin, a vu les élections se dérouler globalement dans le calme sur l’ensemble du territoire. Avec un taux de participation relativement faible de 50,10 %, le candidat Alassane Ouattara a été réélu pour un quatrième mandat présidentiel. Il remporte l’élection avec 89,77 % des suffrages exprimés, ses quatre adversaires se partageant 8,63 % des voix.
Ce qui est révélateur de l’armada électorale du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix. Le RHDP a capitalisé sur les progrès économiques et la stabilité sécuritaire du pays, contrastant avec ses voisins du Sahel central. Le parti a également bénéficié de l’exclusion des principaux adversaires dont l’opposant Tidjane Thiam, qui a dénoncé un scrutin non-crédible, appelant à un dialogue politique sincère.
Dans la continuité de l’élection présidentielle, les législatives n’ont guère mobilisé l’électorat ivoirien. Si le RHDP enregistre une victoire triomphale avec 197 sièges sur les 255 que compte l’Assemblée nationale, ce résultat s’accompagne d’une érosion continue de la participation, qui a chuté de 37,9 % en 2021 à 35,05 % en 2025. Cette tendance baissière du taux de participation traduit un désengagement croissant des citoyens et une défiance envers le processus électoral ivoirien.
Les avancées économiques majeures, dont les investissements massifs dans les infrastructures, n’ont pas atténué ces tensions. Lors de cette dernière élection présidentielle, les revendications des partisans portaient principalement sur l’exclusion de leurs candidats, déclenchant des affrontements entre manifestants et forces de sécurité. Cette récurrence de la violence en période électorale soulève la question de la consolidation démocratique dans un contexte de croissance économique.
Avec un taux de participation relativement faible de 50,10 %, le candidat Alassane Ouattara a été réélu pour un quatrième mandat présidentiel. Il remporte l’élection avec 89,77 % des suffrages exprimés, ses quatre adversaires se partageant 8,63 % des voix
Un nouveau gouvernement face aux défis de la succession et de la stabilité
Âgé de 83 ans, le président Alassane Ouattara a procédé à la nomination des membres du nouveau gouvernement. Sous la direction du Premier ministre Robert Beugré Mambé, qui a été reconduit deux jours plus tôt, la nouvelle équipe comprend 34 ministres soit deux de moins comparativement à l’ancien gouvernement qui en comptait trente-six.
La reconduction du Premier ministre suggère une volonté de continuité dans la conduite des affaires du gouvernement. D’ailleurs, après sa nomination, il a annoncé sa détermination à mieux suivre la mise en œuvre des projets ainsi que la garantie de qualité du service public aux citoyens. Cependant, ce nouveau mandat introduit un changement majeur : l’instauration d’un poste de vice-premier ministre, confié à Téné Birahima Ouattara, frère cadet du président. Cette nomination stratégique est un élément politique notable , interrogeant sur la volonté réelle du président ivoirien à créer un tel poste. Il est désormais numéro deux du gouvernement.
Bien qu’Alassane Ouattara et le RHDP aient remporté successivement les échéances électorales de 2025, et malgré la volonté affichée de maintenir une dynamique soutenue du développement de la Côte d’Ivoire, plusieurs défis persistent tant sur le plan national que régional.
Sur le plan national, les questions de cohésion sociale et de stabilité politique demeurent préoccupantes. Ce nouveau quinquennat soulève inévitablement la question de la succession au sein du camp présidentiel. Dès lors, deux priorités s’imposent : premièrement organiser la transmission du pouvoir au sein du RHDP et de sa coalition ; deuxièmement, engager un dialogue inclusif avec l’opposition, afin de définir les modalités d’une paix durable et d’enrayer la régression démocratique que connaît le pays. Sur le plan régional, il s’agira pour la Côte d’Ivoire de conforter sa place de leader économique dans la région et de lutter efficacement contre la menace terroriste, tout en renforçant les relations diplomatiques avec les pays voisins dans un contexte régional marqué par l’instabilité.
Crédit photo: 7info.ci
Aboubakar Alfa Bah est assistant de recherche à WATHI. Il s’intéresse aux questions liées aux inégalités sociales, à la politique et à la sécurité en Afrique de l’Ouest et dans les pays du sud.
