

Aziz Boughourbal
Le petit pélagique, composé principalement de poissons tels que les sardinelles, les sardines, les anchois et les maquereaux, joue un rôle central dans le secteur de la pêche en Mauritanie. Ces espèces, bien que de petite taille, représentent une ressource halieutique cruciale pour la sécurité alimentaire, les exportations et l’économie nationale.
Dans ce contexte, la mise en place de politiques de gestion durable des produits issus de la mer constitue un enjeu majeur pour préserver les stocks de poissons — une préoccupation à laquelle le Fishery Improvement Project (FIP) tente de répondre.
Le poids économique de la pêche et du petit pélagique dans le pays au million de poètes
Le secteur de la pêche joue un rôle primordial dans l’économie de la Mauritanie. Ainsi, selon les estimations de l’Agence internationale des énergies renouvelables, ce pays a produit, en 2023, plus de 845 000 tonnes de poissons, faisant de lui le deuxième producteur et exportateur de produits de la mer en Afrique, avec près de 10,7 % des exportations africaines de poissons. Au niveau du travail, il génère d’importants effets en matière d’emplois directs et indirects, estimés à plus de 65 000 emplois directs et plus de 226 000 indirects et pèsent pour presque 10% du Produit intérieur brut (PIB) national.
Dans ce contexte, les petits pélagiques représentent une part importante de la production halieutique mauritanienne. Ces poissons sont à la fois une source alimentaire cruciale pour les populations locales et un produit d’exportation majeur. En 2020, la pêche de petits pélagiques a constitué près de 56 % des captures totales de la flotte mauritanienne et 12 % de la valeur, avec une valeur significative en termes de revenus pour les pêcheurs et les industries de transformation. Ces poissons sont également essentiels pour l’écosystème marin, servant de nourriture à de nombreuses espèces prédatrices, notamment les grands poissons et les oiseaux marins.
La pêche des petits pélagiques est principalement pratiquée par les pêcheurs industriels et artisanaux. Tandis que les pêcheurs artisanaux se concentrent sur des quantités plus petites destinées à la consommation locale, les bateaux industriels, souvent étrangers, capturent de grandes quantités pour l’exportation, en particulier vers l’Europe et l’Asie. Cette pêche industrielle est une source de revenus non négligeable pour l’État mauritanien, grâce aux licences accordées aux flottes étrangères.
Cependant, la surexploitation des petits pélagiques représente une menace majeure pour l’équilibre écologique et la pérennité de cette ressource. Une gestion inadéquate des stocks de poissons peut entraîner une réduction des captures, affectant ainsi l’économie du pays et la sécurité alimentaire des populations locales.
Dans ce contexte, les petits pélagiques représentent une part importante de la production halieutique mauritanienne. Ces poissons sont à la fois une source alimentaire cruciale pour les populations locales et un produit d’exportation majeur. En 2020, la pêche de petits pélagiques a constitué près de 56 % des captures totales de la flotte mauritanienne et 12 % de la valeur, avec une valeur significative en termes de revenus pour les pêcheurs et les industries de transformation
Les défis du secteur
Le principal défi lié à la pêche des petits pélagiques en Mauritanie est la surpêche. Les stocks de poissons de petite taille sont particulièrement vulnérables à une exploitation excessive en raison de leur cycle de vie court et de leur rôle clé dans la chaîne alimentaire marine. La demande croissante de poissons pour l’exportation, couplée à la pêche non réglementée, a conduit à un épuisement des stocks dans certaines zones. La pêche artisanale très côtières cible le moment et les zones où le pélagique vient près des côtes pour la reproduction.
Les pratiques de pêche industrielle sont également préoccupantes en raison de leur impact sur l’écosystème marin. L’utilisation de techniques de pêche à grande échelle, comme les chaluts pélagiques, peut entraîner des prises accessoires, telles que des espèces protégées ou des poissons non ciblés, affectant ainsi la biodiversité marine. De plus, les conditions de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) demeurent un problème majeur dans certaines zones ouest-africaines, où des navires étrangers opèrent souvent sans respecter les quotas de pêche fixés par les autorités locales.
Une autre difficulté est le manque de données précises sur les stocks de petits pélagiques. La gestion durable de la pêche nécessite des informations fiables sur les populations de poissons, leur évolution et leur dynamique. Cependant, le manque de ressources et de technologies adéquates pour effectuer des évaluations scientifiques précises limite les efforts de gestion des stocks.
Le FIP, la réponse adéquate aux challenges du secteur
Face à ces défis, le Fishery Improvement Project (FIP) a été mis sur pied en Mauritanie dans le but de promouvoir la durabilité de la pêche des petits pélagiques. Lancé en 2010 au niveau international et né de la collaboration entre ONG, scientifiques et entreprises privées, avec le World Wildlife Fund (WWF) comme moteur principal, il est une initiative visant à améliorer les pratiques de pêche. Il se concentre sur l’adoption de pratiques de pêche responsables et sur la mise en place de mécanismes de gouvernance pour garantir la durabilité des stocks en se concentrant sur 4 actions clés comme :
- Renforcer des réglementations : Le FIP soutient les efforts du gouvernement mauritanien pour renforcer la réglementation de la pêche, notamment en matière de quotas, de zones de pêche protégées et de surveillance des activités de pêche. Cela inclut la mise en place de systèmes de suivi pour détecter et sanctionner la pêche illégale.
- Adopter des méthodes de pêche durables : Le FIP encourage les pêcheurs à adopter des techniques de pêche plus durables, comme l’utilisation de dispositifs sélectifs qui permettent de réduire la capture d’espèces non ciblées. Cela permet de préserver la biodiversité marine et de garantir que les petits pélagiques sont capturés de manière à minimiser les impacts environnementaux.
Le FIP a permis d’obtenir des résultats positifs dans plusieurs domaines. D’abord, il a contribué à une amélioration de la gestion des ressources halieutiques en Mauritanie. Le gouvernement, en partenariat avec des organisations internationales et des entreprises privées, a renforcé les mesures de réglementation et de surveillance de la pêche
- Collaborer avec les entreprises de transformation : Le projet collabore avec les entreprises locales de transformation du poisson pour les aider à obtenir des certifications de durabilité, telles que le label MSC (Marine Stewardship Council). Cela permet non seulement de garantir que les produits répondent à des critères environnementaux stricts, mais aussi de valoriser les produits de la pêche durable sur les marchés internationaux.
- Renforcer la recherche scientifique : Le FIP soutient également des projets de recherche sur les stocks de petits pélagiques, afin d’obtenir des données plus précises sur leur évolution et de développer des stratégies de gestion plus efficaces.
Une initiative qui produit des résultats
Le FIP a permis d’obtenir des résultats positifs dans plusieurs domaines. D’abord, il a contribué à une amélioration de la gestion des ressources halieutiques en Mauritanie. Le gouvernement, en partenariat avec des organisations internationales et des entreprises privées, a renforcé les mesures de réglementation et de surveillance de la pêche. Les efforts pour lutter contre la pêche illégale ont commencé à porter leurs fruits, bien que des défis demeurent.
Ensuite, le FIP a également facilité la transition vers des pratiques de pêche plus durables. Les pêcheurs ont été formés à des techniques plus sélectives et les entreprises de transformation se sont engagées dans des démarches de certification durable, ce qui a permis d’améliorer la réputation des produits de la mer mauritaniens sur les marchés internationaux.
Cependant, bien que des progrès notables aient été réalisés, le suivi continu reste essentiel pour maintenir les résultats à long terme. La durabilité des stocks de petits pélagiques dépend de la persistance des efforts de gestion, de la coopération des différents acteurs et de l’adaptation aux évolutions des écosystèmes marins. Cette collaboration constante entre le gouvernement, les entreprises tels que la nôtre, les pêcheurs et les organisations internationales est essentielle pour relever ces défis et assurer un avenir durable pour le secteur de la pêche, tant en Mauritanie, qu’en Afrique de l’Ouest.
Crédit photo : agritorch.tg
Aziz Boughourbal est le Président directeur général (PDG) de l’Africa Ocean Group, une entreprise qui intervient principalement dans la pêche et les services maritimes et pionnière en Mauritanie dans l’implantation d’usines de traitement de poissons pélagiques à terre.
