

Ines Filippa Capellier
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump à la Maison Blanche a marqué un tournant radical pour le multilatéralisme et la coopération internationale. Entre d le système international de 1945 est mis à mal. L’Organisation des Nations unies (ONU), pierre angulaire de ce système, n’échappe pas à ce tournant. Depuis quelques années, l’organisation connaît une crise de légitimité et d’efficacité. La prise de distance opérée par Washington et la création du Conseil pour la Paix par Donald Trump en janvier 2026 ont accéléré cette rupture. Afin de mieux comprendre les enjeux derrière ces évolutions et ce que représente l’apparition de cette nouvelle organisation, il convient de revenir aux origines de la création de l’ONU.
Le projet d’une organisation internationale d’une telle ampleur apparaît au sortir de la Première guerre mondiale à travers la Société des Nations (SDN), fondée en 1919 par le Traité de Versailles. L’organisation est active de 1920 à 1946 et connaît de nombreuses faiblesses, notamment son échec à prévenir la Seconde Guerre Mondiale. Elle est tout de même considérée comme le précurseur direct de l’ONU. Rapidement après le début de la Seconde Guerre Mondiale, opposant les pays de l’axe aux alliés, la nécessité d’une nouvelle collaboration internationale pour le maintien de la paix émerge chez les pays alliés, notamment le Royaume-Uni, l’Union Soviétique, les États-Unis et la France.
Ces derniers s’engagent dans un premier temps le 12 juin 1941 à Londres, par la Déclaration de Saint-James à « œuvrer en commun avec les autres peuples libres, en temps de guerre comme en temps de paix ». La coopération est renforcée quelques mois plus tard par la signature de la Charte de l’Atlantique le 14 août 1941, définissant plusieurs principes destinés à organiser l’ordre international d’après-guerre. La Déclaration des Nations Unies est adoptée le 1er janvier 1942, par 26 pays opposés à l’Axe et la création d’une organisation internationale est préconisée lors des conférences de Moscou et de Téhéran entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’URSS à la fin de l’année 1943. Cette volonté est confirmée à la Conférence de Yalta le 11 février 1945. Ainsi, la Charte des Nations Unies est élaborée lors de la conférence de San Francisco le 25 avril 1945. Elle comporte 111 articles et est adoptée à l’unanimité par une cinquantaine de pays le 25 juin suivant.
Une organisation structurée et hiérarchisée
L’organisation était composée au départ de six organes principaux. L’Assemblée générale regroupait 50 membres contre 193 aujourd’hui. C’est le principal organe de délibération. Chaque pays dispose d’une voix. Elle ne formule que des recommandations, qui ne sont pas contraignantes pour les États membres mais elle est à l’origine de plusieurs textes emblématiques tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 ou encore les Objectifs de développement durable en 2015. Enfin, elle approuve le budget annuel de l’ONU.
Le projet d’une organisation internationale d’une telle ampleur apparaît au sortir de la Première guerre mondiale à travers la Société des Nations (SDN), fondée en 1919 par le Traité de Versailles. L’organisation est active de 1920 à 1946 et connaît de nombreuses faiblesses, notamment son échec à prévenir la Seconde Guerre Mondiale
Le Conseil de sécurité est l’organe chargé du maintien de la paix. Il est composé de 5 membres permanents – les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie – et 10 élus pour deux ans par l’Assemblée Générale. Les cinq membres permanents sont dotés d’un droit de veto, signifiant que « les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents ». Les résolutions adoptées par le Conseil sont contraignantes. Le principal organe de coordination est le Conseil économique et social (ECOSOC), il formule et examine des recommandations dans les domaines économique, social et environnemental. Il est composé de 54 membres élus pour trois ans. Le Secrétariat est chargé des tâches quotidiennes de l’organisation et est dirigé par le Secrétaire général des Nations Unies, actuellement António Guterres.
L’ONU est aussi composée de la Cour internationale de Justice, siégeant à La Haye. Elle règle les différends juridiques entre les États et formule des avis. Elle ne peut ni contraindre les États ni les sanctionner si ces derniers ne respectent pas les décisions. Elle ne rend pas de jugements pénaux. Enfin, il existait un Conseil de Tutelle chargé de superviser les territoires sous tutelle qui a été actif pendant 49 ans.
Les fondements de l’action onusienne : paix, sécurité et équité
Créée pour instaurer une paix durable après la Seconde Guerre Mondiale, l’ONU a pour objectif de maintenir la paix et la sécurité dans le monde. L’article premier de la Charte énonce que les États membres doivent « réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère international susceptibles de mener à une rupture de la paix ». L’organisation s’est aussi donné pour objectif de promouvoir et défendre les droits de l’homme et de développer la coopération internationale.
Elle repose en outre sur plusieurs principes fondamentaux et valeurs. La Charte établit notamment le principe d’égalité souveraine entre les États et aucune disposition de la Charte n’autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État. Les États membres doivent s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre tout État afin que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger. Elle prône la coopération, le respect de la diversité, les idées nouvelles et les solutions novatrices et le respect de la dignité de chacun.
L’égalité entre les nations remise en cause par le droit de veto ?
Si l’égalité entre les États est le mot d’ordre des Nations Unies, la problématique du droit de veto accordé à cinq États seulement – la France, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis – soulève plusieurs interrogations à cet égard. Ce dernier est conféré par l’article 27 de la Charte. Son accord a été justifié et jugé nécessaire par les circonstances ayant entouré la création de l’institution. En effet, ils sont considérés comme les grandes puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale.
Selon les rédacteurs de la Charte, aucune décision coercitive de l’ONU ne pouvait réussir sans l’unanimité des puissances militaires et économiques mondiales de l’époque. Si une résolution portait directement atteinte aux intérêts d’une de ces puissances, cette dernière n’accepterait pas de l’appliquer. L’objectif premier était donc d’assurer une réelle effectivité des résolutions adoptées et de maintenir un équilibre afin que les grandes puissances de l’époque n’entravent pas l’activité de l’organisation. Ce principe repose donc sur une conjoncture vieille de quatre-vingts ans. Depuis, il est régulièrement remis en cause et des propositions de réformes sont souvent évoquées. En effet, peut-on encore réellement considérer les cinq membres permanents comme les seules grandes puissances de notre époque ? Que faire du manque de représentativité de la population mondiale ? Comment éviter un usage injuste et paralysant du veto, à l’image de celui qu’en fit l’Union soviétique sur les questions relatives à l’Europe de l’Est au début de la Guerre froide ou encore des États Unis entre 1970 et 1990 ? À cette fin, l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) a adopté en 2022 une résolution demandant aux cinq membres de justifier leur recours au véto mais cette dernière n’est pas contraignante.
La Charte établit notamment le principe d’égalité souveraine entre les États et aucune disposition de la Charte n’autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État
Un avenir incertain pour l’organisation
Si les limites posées par le droit de veto servent à justifier certaines critiques de la légitimité globale de l’ONU en tant qu’organisme multilatéral et égalitaire pour le maintien de la paix et la protection des droits humains, d’autres arguments sont mis en avant, tant pour plaider en faveur d’une réforme interne que pour justifier la création d’entités concurrentes. Dans son article The Crisis Of Peacekeeping, Why The UN Can’t End Wars, Séverine Autesserre expose les difficultés rencontrées par les Nations unies lors des missions de maintien de la paix et les limites de l’approche adoptée.
Selon elle, l’organisme peine à instaurer une paix durable en zone de conflit car il repose sur une approche dite « top down », par le haut. Celle-ci se concentre sur la coopération entre les élites nationales et la mise en place d’élections rapides. Or, cette approche est basée sur des postulats erronés et ne prend pas en compte les réalités locales. Elle applique un cadre universel qui n’existe pas sur le terrain. Selon elle, pour assurer une paix durable et stable, il est essentiel d’adopter une approche « bottom up », du bas vers le haut, en concertation avec les populations et les ONG locales.
L’heure est donc à la réforme pour l’Organisation mais cette dernière est confrontée à de nombreuses difficultés financières, accentuées par la crise économique actuelle. Dès lors, instrumentalisées par Washington et le Président des États-Unis, les limites des Nations unies que nous avons exposées ont servi à justifier la création du Conseil pour la Paix en ce début d’année 2026. Présidé par Donald Trump et composé d’une vingtaine de pays, le Conseil remet en question l’existence même de l’ONU et du multilatéralisme dans son ensemble.
Fondées sur l’objectif de créer et de maintenir une paix mondiale durable, les Nations Unies affichent un bilan contrasté. Emblème de ce que le politologue Francis Fukuyama a qualifié de « fin de l’Histoire » après la chute de l’Union soviétique et l’apogée de l’ordre international fondé sur le capitalisme et le libéralisme politique, l’ONU se heurte désormais aux réalités géopolitiques mondiales et son avenir est de plus en plus remis en question.
Crédit photo : Danita Delmont/Imago
Ines Filippa Capellier est étudiante à Sciences Po Lille en Master Multilateralism and Transnational Governance. Actuellement en stage au sein de WATHI, elle développe une connaissance en droit public, politiques publiques et enjeux internationaux. Forte d’expériences en milieu parlementaire et juridique, elle s’intéresse particulièrement aux questions de gouvernance globale, de droits humains et de sécurité régionale.

