Impact socio-économique du microcrédit sur les conditions de vie des femmes au Mali

Ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, 2011

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Analyse de l’impact du microcrédit sur les femmes bénéficiaires

Au regard des constats et perceptions des femmes de l’impact du microcrédit des SFD (systèmes financiers décentralisés) sur leurs activités économiques et leurs conditions de vie, il est permis de faire les affirmations suivantes :
– Les microcrédits concernent la production agricole (achat d’intrants, commercialisation de produits, embouche), l’achat-vente ou petit commerce, la transformation de produits agricoles, la consommation, etc.
– En général, les conditions d‟accès aux crédits varient d‟une institution à une autre et d’un type de crédit à un autre.
– Dans la plupart des cas, le microcrédit est basé sur le principe de constitution d’épargne préalable des bénéficiaires ou la capacité à faire des opérations courantes avec l’institution partenaire.
– Les conditions d‟accès aux produits financiers nécessitent souvent des garanties financières notamment dans le cas des crédits mutualistes. Dans le système solidaire la caution morale matérialisée par l’engagement solidaire des bénéficiaires remplace la garantie financière.
– Dans le système financier, en général (réseaux de caisses et société anonymes), les crédits sont uniquement financiers et visent le développement des affaires des femmes. Au niveau des projets, ces produits s‟offrent avec un accompagnement pour permettre aux femmes d’avoir accès aux services de base comme le cas des programmes de nutrition et de santé maternelle.
Les acquis

En comparaison avec le système financier classique que représentaient les banques antérieurement aux années 80, il est indéniable que la grande majorité des femmes était purement et simplement exclue du marché financier. Elles n’avaient aucune chance d’accéder à un quelconque financement de leurs activités en dehors des réseaux sociaux (emprunts individuels) qui n’existent pas pour tout le monde et dont le volume de crédit et le fonctionnement ne sont pas de nature à développer une activité économique. De l’analyse des impacts du microcrédit, il apparaît des acquis des rapports des SFD et des femmes, de leurs activités et de leurs conditions de vie.
D’une manière générale les femmes apprécient les services des SFD. Elles croient qu’ils ont apporté un appui considérable à leurs accès aux ressources, au développement de leurs activités économiques, à la génération de revenus et, par conséquent, ils ont contribué à leur donner un statut leur permettant de se faire valoir dans la société. Les revenus générés ont permis aux femmes d’avoir accès aux services sociaux de base. Ces institutions ont eu donc, par ricochet, un impact positif sur la société de manière générale.
Les femmes ont une implication active dans la définition du mode d’accès au microcrédit. En tant que bénéficiaires directes ou étant responsables d‟instances de prises de décisions, elles participent à la définition des montants, à la qualification des bénéficiaires et assurent le recouvrement.

Dans tous les cas, les systèmes de microcrédit privilégient les secteurs d’activité des femmes dans le financement et permettent de véhiculer des messages pour le développement de leurs affaires et l‟amélioration de leurs conditions de vie. Il est permis d’espérer avec le renforcement des capacités que les femmes soient à même de gérer des volumes de financement plus importants et de faire évoluer les entreprises individuelles.

vers des sociétés à plus grande dimension. Cependant, tout ne semble pas aller bien pour le meilleur des mondes dans le microcosme du microcrédit des SFD pour les femmes. Pour de nombreux observateurs avertis, les résultats du microcrédit sur l’amélioration des activités des femmes sont mitigés.
Les insuffisances et les faiblesses
Nonobstant les acquis ci-dessus énumérés, dans leurs rapports avec les institutions de microfinance, les femmes connaissent de nombreuses difficultés. Elles se plaignent de la durée trop courte des prêts, des niveaux montants octroyés souvent peu élevés, des conditions de remboursement très contraignantes (échéances courtes, pénalités de retard appliquées) et des taux d‟intérêts élevés.
Pour beaucoup de nos interlocuteurs, les institutions de microfinance ne constituent pas le « bon outil de développement pour les femmes ». Elles sont devenues, au fil des années, « grâce à la participation physique et la contribution financière, surtout, des femmes » un outil plus
financier que social. Or c’est justement, cet aspect social, à la différence des banques classiques qui avait permis de sceller un lien solide entre les deux : IMF et femmes.
Le renchérissement des coûts du crédit, les institutions de microfinance sont victimes actuellement des coûts liés à l’évolution spectaculaire de leurs dépenses de fonctionnement au détriment des opérations de crédit au profit des membres. Ainsi les charges d’exploitation de l’ensemble des SFD sont passées de 11.583.981.000 FCFA en 2006 à 14.369.512.000 FCFA en 2007 soit une croissance de 24%.
Le manque de viabilité financière des SFD, l’environnement actuel des SFD se caractérise par une gestion non efficace en termes de respect des normes et ratios prudentiels. Cela se traduit par des cessations de paiement constatées au niveau de plusieurs d’entre elles. La qualité de portefeuille des crédits se dégrade considérablement ainsi le montant de crédit en souffrance qui, entre 2000 et 2005 s’est accru en passant de 1,1 milliard à 2,301 milliards soit une hausse de 107,7%.
Le taux de dégradation (le rapport du crédit en souffrance / encours de crédit) est de 5,1% en 2005. Cette situation s’explique par l’inadaptation du crédit aux besoins des bénéficiaires et un manque d’encadrement des bénéficiaires.
L’apport limité du crédit dans le développement des activités des femmes : les SFD, en permettant aux femmes d’avoir accès aux services financiers, étaient sensées combler les contraintes liées au financement des banques. Les actions des SFD étaient destinées à fournir aux femmes des sommes plus ou moins importantes leur permettant d’entreprendre et de développer des activités génératrices de revenu.
Mais actuellement plusieurs interrogations subsistent quant à l’efficacité de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté des femmes. Si des exemples de réussite existent, plusieurs observateurs s’accordent sur le fait que le pari de la réduction de la pauvreté reste à gagner. Les caractéristiques du microcrédit ne répondent plus au fondement de son esprit : le montant de crédit est généralement peu significatif, les modalités de remboursement de crédit sont très contraignantes et les coûts de crédit de plus en plus élevés.
La déconcentration et la proximité d’institutions de financement enthousiasmants au départ, a vite laissé la place à la concurrence et la recherche effrénée de bénéfice. Ainsi, le microcrédit est plutôt devenu un moyen de survie quotidienne des femmes et non un instrument destiné à lutter contre la pauvreté des femmes.
De l’avis des femmes, les crédits sont chers et contraignants. Les frais afférents aux crédits sont nombreux et ne se justifient pas toujours. L’assurance et le fonds de suivi ou de formation restent compliqués pour des femmes dont la compréhension va difficilement au-delà de la nécessité de payer un intérêt. Ces frais financiers mis bout à bout diminuent la marge de rentabilité des activités qui n‟en ont pas assez initialement. Les crédits dans leurs modalités de remboursement ne sont pas adaptés aux besoins financiers des femmes. On constate de façon générale que les mensualités de remboursement ne sont pas compatibles avec le type d’activités. Cela découle du fait que les dossiers de crédit ne sont pas suffisamment étudiés pour déterminer avec précision le besoin financier des bénéficiaires.
Le faible niveau du volume de crédit que perçoivent les femmes, à cause de la nature et de la taille de leurs activités, ne leur permet pas de générer des bénéfices suffisants permettant de franchir durablement le seuil de la pauvreté. Et, même si leurs revenus augmentaient très nettement au cours de leur première année d’activité, ils plafonnent ensuite très vite, voire s’essoufflent.
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