Présidentielle Tchad : une campagne électorale marquée par des contestations et des arrestations

Présidentielle Tchad : une campagne électorale marquée par des contestations et des arrestations

Prévue le 10 avril 2016, l’élection présidentielle au Tchad opposera le président sortant Idriss Déby Itno, candidat pour un cinquième mandat, à 13 personnalités de l’opposition. Parmi ces 14 candidatures validées par le Conseil constitutionnel, figurent celles de Saleh Kebzabo. A la tête de la formation politique Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), il a occupé plusieurs postes ministériels de 1993 à 2001 (ministère des Affaires Etrangères, ministère des Travaux Publics et des Transports, ministère des Mines, de l’Energie et du Pétrole). Il participe à sa troisième élection présidentielle après celles de 1996 et de 2001.

Des anciens alliés du président Déby sont également en lice dans ce scrutin présidentiel. Il s’agit notamment de l’ancien Premier ministre Joseph Djimrangar Danadji (du 21 janvier 2013 au 21 novembre 2013) qui a quitté au début de l’année 2015 le parti présidentiel, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), pour créer son propre parti, le Cadre d’action populaire pour la solidarité et l’unité de la République (CAP-SUR).

L’ancien Premier ministre Nouredine Delwa Kassiré Coumakoye (de 1993 à 1995, puis de février 2007 à avril 2008) et l’ancien ministre Laoukein Kourayo Médard, maire de Moundou, deuxième plus grande ville et capitale économique du Tchad, défieront dans les urnes le président Déby. La jeunesse sera représentée dans cette élection avec le jeune député Djimet Clément Bagaou, candidat du Parti Démocratique du Peuple Tchadien (PDPT).

La campagne électorale se déroule dans un climat marqué par de véhémentes protestations et des arrestations. Depuis le viol, le 8 février 2016, de la jeune Zouhoura âgée de 15 ans dont les suspects sont des fils de généraux proches de Déby, les Tchadiens multiplient les manifestations contre le pouvoir sur le territoire national et à l’étranger (particulièrement en France).

Le samedi 6 février 2016, dix-sept personnes ont été arrêtées alors qu’elles venaient d’entamer une marche à N’Djamena pour protester contre la suspension des intégrations dans la fonction publique. Parmi elles, les responsables du Collectif des associations et mouvements de la jeunesse du Tchad (Camojet) à l’origine de la marche, des leaders d’organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’homme et Mahamat Barh Béchir, président du Rassemblement patriotique du renouveau, un parti politique. Mahamat Nour Ibedou et Mahamat Taher Adjirdjir, deux responsables d’organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme venus assister les manifestants arrêtés, ont été eux-mêmes brièvement interpellés avant d’être relâchés. Selon les autorités, la marche a troublé l’ordre public.

Les 22 et 23 mars 2016, trois leaders de la société civile ont été arrêtés. Il s’agit du porte-parole de la coalition d’organisations de la société civile dénommée « Ça suffit », Mahamat Nour Ahmed Ibedou, arrêté pour avoir distribué des tracts appelant à une marche pacifique le 5 avril,  du secrétaire général de l’Union des syndicats du Tchad (UST) Younous Mahadjir, ainsi que du porte-parole du mouvement « Iyina » (On est fatigué, en arabe local), Nadjo Kaina Palmer.

Suite au maintien en détention de ces trois leaders, le retrait des représentants de la société civile de différentes institutions étatiques a été annoncé. Ils se retirent notamment de la Commission électorale nationale indépendante (CENI),  du Cadre national de dialogue politique (CNDP), du Conseil économique et social, du Collège de contrôle des revenus pétroliers et de l’Initiative de transparence pour les industries extractives (ITIE).

Un mois après l’opération « ville morte » qui, le 24 février 2016, avait été massivement suivie, la coalition « Ça suffit » avait appelé la population à marcher pacifiquement dans toutes les villes du pays pour protester contre le régime du président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 26 ans. En guise de riposte, le gouvernement par l’intermédiaire du ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ahmat Mahamat Bachir a pris une mesure le 19 mars 2016. « Seules les manifestations des candidats à l’élection présidentielle sont désormais autorisées » déclarait-il.

Malgré cette interdiction, la marche du 5 avril a été maintenue. Plusieurs organisations de la société civile ont appelé les citoyens à descendre dans la rue, une initiative lancée par l’Union des syndicats du Tchad (UST) et soutenue par les mouvements « Trop c’est trop », « Iyina » et « Ça suffit ». Des militaires ont été déployés en nombre dans la ville de N’Djamena pour cette marche qui n’a finalement mobilisé que peu de personnes comparée aux manifestations précédentes. Les forces de l’ordre ont rapidement dispersé les manifestants à coup de gaz lacrymogènes. Un blessé et quelques cas d’arrestations ont été signalés.

Malgré le climat tendu et les troubles que connait le pays, la date du scrutin est maintenue au 10 avril 2016.

Crédit photo: Radio France Internationale

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